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Cours de citoyenneté, défaite laïque ?

Le décret créant le cours de citoyenneté a été voté, dans un certain enthousiasme, cette semaine. Comme toujours en matière d’enseignement ce texte est un compromis, et, comme trop souvent, ce compromis sera défavorable aux défenseurs de la laïcité. Ce qui est grave ici c’est l’ampleur de la défaite qui s’annonce.

À cette occasion, Le Centre d’Action laïque a publié le communiqué de presse suivant :

« Le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’apprête à voter ce mercredi un décret « relatif à l’organisation d’un cours et d’une éducation à la philosophie et à la citoyenneté ».

 

La Déclaration de politique communautaire, ciment de la coalition au pouvoir, prévoyait de remplacer une des deux heures de religion ou de morale par un cours de citoyenneté dans l’enseignement officiel. Il n’est donc pas négligeable d’avoir obtenu dans le dernier compromis gouvernemental la mise en place d’un véritable cours de deux heures pour ceux qui demanderont la dispense de l’heure de religion ou de morale.

 

Si ce progrès – pour autant qu’il se réalise – est à saluer, le projet de décret qui sera soumis au vote du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne paraît toujours pas à la hauteur des enjeux.

 

Parmi les nombreux écueils (procédure dérogatoire et délai prévu pour créer ces cours, exonération pour le réseau privé de devoir dispenser-lui- un véritable cours …), relevons-en deux.

 

Primo, l’article 5 du projet énonce qu’« à partir de la rentrée scolaire 2020-2021, les enseignants des cours philosophiques devront obligatoirement avoir un titre pédagogique pour dispenser le cours de philosophie et de citoyenneté ou l’éducation à la philosophie et à la citoyenneté ». Est-ce à dire que des « professeurs » dépourvus de tout titre pédagogique pourront « enseigner » en Fédération Wallonie-Bruxelles? Qu’un professeur de cours philosophique nommé pourra donner le futur cours, à tous les élèves, sans posséder de titre pédagogique? Imaginerait-on un seul instant laisser un élève dans une classe de mathématiques dont le professeur serait dépourvu de tout titre requis? Nous comprenons bien le souci de maintenir l’emploi, mais pas au détriment de l’enseignement et de l’intérêt des enfants.

 

Et, surtout, comment procéderont les professeurs accrédités par les différents cultes pour aborder les questions de philosophie et de citoyenneté en s’émancipant des positions adoptées par ceux-là mêmes qui les ont nommés? Prenons un exemple simple de sujet citoyen: les attaques contre l’IVG en Europe. Un professeur de religion pourrait-il en parler sereinement si le chef du culte qui l’a nommé a clamé haut et fort que l’IVG est un péché mortel? Poser la question, c’est y répondre…

 

C’est, rappelons-le pour cette raison que le CAL n’a jamais souhaité s’impliquer dans la nomination des professeurs de morale et ne le demandera jamais. Le cours de morale n’est pas « un cours de religion parmi les autres » et n’a jamais été organisé comme tel. L’organisation et l’inspection des cours de morale non confessionnelle ont toujours été laissées aux seuls pouvoirs publics: les maîtres de morale sont recrutés et nommés par les pouvoirs organisateurs et les programmes définis par la Communauté française.

 

Second écueil, tous les élèves de l’enseignement officiel bénéficieront d’un cours commun d’une période, mais ils continueront à être séparés pour la seconde heure entre, désormais, 7 options: religion (catholique, islamique, israélite, protestante, orthodoxe), morale non confessionnelle ou « deuxième heure de cours de philosophie et de citoyenneté ». L’objectif de mettre fin à une organisation complexe, coûteuse, séparant les enfants n’est absolument pas rencontré. Le maintien de cette heure de religion ou de morale, avec la possibilité de dispense, vient encore compliquer l’organisation de l’école publique.

 

Différents acteurs du monde enseignant, réunions au sein du Centre d’étude et de défense de l’école publique (CEDEP), avaient formulé une proposition plus simple: instaurer un cours de philosophie et de citoyenneté de 2h obligatoire pour tous les élèves tout en proposant, de manière optionnelle et à la demande, un cours de religion ou de morale non confessionnelle hors grille.

 

La Constitution aurait été parfaitement respectée, l’intérêt supérieur de nos enfants aussi.

 

À l’heure où notre société vit de trop nombreux replis communautaires sur une base confessionnelle, l’école doit être un outil majeur d’émancipation et de citoyenneté qui permette de conjuguer les différences sans les opposer. Puissent nos responsables politiques ne jamais l’oublier. »

 

Ce texte ne peut manquer de surprendre ceux d’entre nous qui connaissent bien les subtilités de l’organisation de l’enseignement et donc des pièges potentiels que recèle toute  initiative législative dans une matière aussi sensible que celle des ‘cours philosophiques’.

 

Manifestement le CAL ne mesure pas l’ampleur du mauvais coup que l’on vient de jouer au cours de morale et, accessoirement à l’enseignement officiel. On ne peut pas dire que le communiqué exprime une grande indignation. Il soulève certes quelques questions pertinentes et tente de mettre en garde par rapport à des dérives. Mais, grosso modo, le communiqué considère malgré tout le compromis comme un progrès par rapport à la situation ancienne, ce qui témoigne soit d’une bonne dose d’optimisme, soit d’un grand aveuglement.

 

À juste titre, le CAL remarque que le nouveau système ne répond pas à l’une des critiques majeures faites à l’organisation actuelle : la séparation des élèves entre  les différents cours, qui est maintenue. À juste titre aussi,  le communiqué pointe du doigt la question du rôle futur des professeurs de religion dans ce nouveau système. Mais c’est dans ce domaine-là que le manque de compétences techniques des rédacteurs limite la pertinence de l’analyse et enlève à ce texte le punch qu’il aurait dû avoir.

 

C’est dans l’enseignement primaire que l’impact négatif du décret se fera le plus sentir. Le CAL fait semblant d’ignorer un élément essentiel : l’exigence de la CSC relative à l’emploi, exigence que la CGSP ne contredira pas (le front commun – comme dans d’autres dossiers – passera avant le positionnement philosophique). Cette exigence est d’ailleurs déjà rencontrée dans le décret puisque les profs de cours de religion pourront donner le cours de citoyenneté, même sans titre pédagogique, au moins jusqu’en 2020.

Bien des gens trouveront que cette solution est raisonnable et sociale. Sauf que … .

Sauf que pour compenser les pertes d’heures que le nouveau système  va générer les profs de religion vont DEVOIR se rabattre sur le cours de citoyenneté, alors que les maîtres de morale, eux, vont POUVOIR le faire, mais disposent de solutions alternatives, d’une sortie de secours qu’ils risquent d’être nombreux à emprunter. En effet, les maîtres de morale sont, en grande majorité, des instituteurs et ils sont nommés dans leur pouvoir organisateur. Aujourd’hui, ils acceptent déjà des conditions de travail difficiles (trois ou quatre écoles pour avoir un horaire complet avec, en zone rurale ou semi-urbaine, la contrainte supplémentaire des déplacements (non indemnisés). J’ai été maître de morale de 1973 à 1989, je n’ai jamais travaillé sur plus de 2 écoles. Je suis un laïque engagé et militant, mais je ne suis pas certain qu’entre un horaire aussi inconfortable et un titulariat mon attachement à la laïcité aurait pris le dessus. Or les maîtres de morale, surtout dans les zones où la pénurie d’instituteurs est endémique (Bruxelles, entre autres) pourront demander un changement de fonction, les jeunes enseignants demander un  titulariat plutôt que d’accepter un emploi  de maître de morale. Par qui les vides ainsi créés seront-ils comblés, par les profs de religion, évidemment. Mettez-vous à la place du prof de religion israélite, protestante ou orthodoxe qui se promène aujourd’hui dans six écoles et à qui on proposera un horaire complet sur 2 ou 3 écoles ?

 

Et pour le cours de morale même, il n’y a aucune raison de rester serein. Je rappelle à cet égard les dispositions de l’article 10 de la loi du 29 mai 1959 qui prévoient que : « Dans l’enseignement primaire officiel, le cours de morale non confessionnelle est confié par priorité à un titulaire d’un diplôme délivré par un établissement d’enseignement officiel, dont le porteur a, si possible, suivi pareil cours de morale. »

On sait donc, depuis longtemps, que rien n’empêche en fait de confier le cours de morale à un professeur diplômé d’une Haute école du réseau libre confessionnel qui aurait, de surcroît, suivi un cours de religion pendant toute sa scolarité primaire et secondaire. On ne voit pas bien que le CAL se préoccupe de ce problème puisque le communiqué a plutôt l’air de se réjouir de ce que  « le CAL n’a jamais souhaité s’impliquer dans la nomination des professeurs de morale et ne le demandera jamais. »  Cette affirmation a au moins un mérite puisqu’elle fait la démonstration de l’amnésie dont souffrent les responsables de la communication de cette institution. Plusieurs documents produits par le CAL dans les années 80 montrent, au contraire, que la question du recrutement des enseignants de morale était au centre des préoccupations à l’époque.

Incontestablement donc la laïcité et les défenseurs de l’enseignement officiel subissent, comme avec le Pacte scolaire, une défaite majeure dont – au contraire de ce qui s’était passé en 1958 – ils n’ont même plus le courage de s’indigner. Et voilà les raisons de la défaite :

-          Même ramené à une heure semaine au lieu de deux, le système des cours philosophiques est maintenu.

-          L’introduction du cours de citoyenneté à raison d’une heure hebdomadaire aggrave la confection des horaires et, par voie de conséquence l’impact, déjà négatif dans l’ancien système, sur l’organisation des horaires.

-          L’enseignement catholique, bien retranché derrière sa spécificité, pourra maintenir ses deux heures de cours de religion  et diluera la citoyenneté dans la grille de ses autres cours.

-          Les concessions accordées à la CSC en matière de période transitoire et de préservation de l’emploi ouvrent la porte à la présence accrue des professeurs de religion pour donner le cours de citoyenneté.

-          La dégradation des conditions de travail des professeurs de cours philosophiques poussera de nombreux maîtres de morale à devenir ou redevenir titulaires de classe.

-          L’effet conjugué de la pénurie et les dispositions législatives (inchangées depuis 1959) renforcera l’attribution des emplois de maître de morale à des diplômés du libre confessionnel.

-          Les pauvres profs de morale qui se croyaient aux avant-postes de la laïcité se retrouvent lâchés par une institution dont le mot d’ordre semble être ‘circulez, y rien à voir’.

-          La généralisation du cours de citoyenneté (deux heures pour tous les élèves dans tous les réseaux) se réalisera … en 2060, peut-être.

Comment n’avoir pas vu que le premier piège consistait à vouloir imposer le cours de citoyenneté à tous les réseaux. Le SEGEC aurait peut-être été moins virulent si on s‘était limité à l’enseignement officiel, mais la stratégie – brillamment mise en place par la ministre – ne  pouvait aboutir qu’à la situation actuelle.

Voilà ce qui arrive quand le pseudo pilier laïque oublie son histoire, accepte les compromis (comme les partis qui le financent) et échange ses idéaux contre un plat de lentilles. La laïcité organisée, qui se rêvait comme un contre-pouvoir, se retrouve – notamment en pratiquant avec beaucoup d’habileté la langue de bois – dans un courant ‘mainstream’  où la consigne semble être ‘pas de vagues’.

Laïcité, mouvance plurielle.

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Cours philosophiques, si le chaos vous dépasse … .

 

L’arrêt de la Cour constitutionnelle autorisant la dispense des cours philosophiques semble avoir plongé les autorités de l’enseignement dans un tourbillon d’incohérences. Certes, il faut être légaliste et tenir compte de cette décision. M. de Pascale a obtenu de la Cour que ces enfants ne soient pas contraints de s’inscrire à l’un des six cours dits « philosophiques », d’autres parents feront sans doute la même demande. Fallait-il pour autant que les décideurs se mettent à courir comme des poules sans têtes en pratiquant ce que d’aucuns appellent le « panic management » et essayer de régler, en deux coups de cuiller à pot, un problème vieux de 50 ans ?

Certains se demanderont peut-être si cette précipitation à remplacer un système inefficace et complexe par un système encore plus bancal ne serait pas – par hasard – un mauvais coup porté en douce à l’enseignement officiel. Je me garderai bien de me livrer, comme ces mauvais esprits, à une analyse caricaturale et j’essayerai donc d’aller un peu plus loin dans la réflexion.

1° se pose-t-on les bonnes questions ?

Le hasard fait que la décision de la cour constitutionnelle tombe quelques semaines après l’attentat contre Charlie hebdo. La conséquence de cette coïncidence c’est que tout le monde plaque sur la réaction à l’arrêt et au débat sur le sort futur des cours philosophiques la question du « vivre ensemble ». Disons tout de suite que je récuse cet argument. La question du « vivre ensemble » n’a rien à voir dans ce débat et ne devrait pas servir d’argument, même à ceux qui, comme moi, envisagent sans trop de regrets la disparition de ces fameux cours. On fait grand cas de l’impact négatif de la séparation des élèves au moment des cours. Peut-on m’expliquer alors pourquoi les Anglais (avec leur cours unique de « religious education » et les Français qui ont totalement exclu cette problématique de leur enseignement public connaissent plus ou moins les problèmes de vivre ensemble que nous ? Les erreurs de diagnostic permettent rarement d’appliquer la bonne thérapie, exit donc la question – tellement sexy médiatiquement – du « vivre ensemble ».

Soulignons aussi que mon expérience, pour subjective qu’elle soit, ne me pousse pas à considérer que l’existence des cours philosophiques générait des tensions entre les élèves et, surtout, que leur disparition ferait disparaître celles qui existent parfois.

 

2° se préoccupe-t-on des problèmes organisationnels ?

Dans ce dossier très complexe, tout le monde s’ingénie à éviter les questions dites de détail qui justifient pourtant une réforme bien nécessaire.

a)      La question du coût. Pour une classe de 25 élèves, on peut avoir simultanément six enseignants, ce qui fait un encadrement moyen d’un enseignant pour 4 élèves. Ce luxe – quel que soit l’intérêt que l’on trouve à ces cours – est-il encore supportable aujourd’hui ? Mme Onkelinx s’était posé la question en son temps. Hélas, la solution qu’elle a proposée a certes réduit les coûts, mais en rendant l’encadrement asymétrique (par des regroupements d’élèves par degré pour les cours minoritaires) elle a surtout compliqué l’organisation des horaires.

b)      On l’oublie très souvent, la question des cours philosophiques est étroitement liée à celle de la reconnaissance des cultes. À l’exception des anglicans, tous les cultes reconnus ont leur cours. Si on reconnaît d’autres cultes demain (ce qui n’a rien d’improbable) combien de cours philosophiques devra-t-on organiser, huit, neuf ?

c)       Parmi tous ceux qui discutent savamment de l’avenir des cours philosophiques, combien sont confrontés à cet exercice redoutable que constitue la confection des horaires dans une école ? Je vais essayer d’être aussi clair que possible pour les profanes. Imaginez une sixième primaire bruxelloise qui a une grille horaire hebdomadaire de 28 périodes. Vous commencez par placer dans la grille toutes les contraintes : le bassin de natation n’est accessible que le jeudi matin, la grande salle de gym que le lundi matin, etc.).  Votre prof de néerlandais se partage entre deux écoles. Votre prof de religion israélite et celui de religion orthodoxe n’ont respectivement que 6 et 10 heures de cours dans votre école, mais ils doivent tous les deux prester en 6è. Après-ça ne vous étonnez pas que le titulaire de cette classe ne verra ses élèves que le lundi à partir de 13h30.

Cette contrainte, qui pèse exclusivement sur l’enseignement officiel (le libre confessionnel n’organise qu’un seul cours qui peut être donné par le titulaire de classe) n’est jamais prise en compte, face aux revendications de l’enseignement libre en matière d’égalité, comme une de ces « différences objectives » pourtant mentionnées dans la constitution.

 

3° Des remèdes pires que le mal ?

Il est incontestable que la Cour constitutionnelle n’a pas rendu la tâche de la ministre plus facile, mais …. .

Mais, dès lors que cette décision tombe en même temps que la réflexion (initiée par l’audition de trois constitutionalistes au parlement de la CFWB) sur l’avenir des cours philosophiques, fallait se précipiter ? Fallait-il perdre son sang-froid au point de dire (et de faire) n’importe quoi ?

Les PO ont, légitimement, posé – dès la publication de la décision « de Pascale » – la question de savoir ce qu’on allait faire des élèves dispensés. La réponse de la Ministre était claire (et la circulaire actuelle ne se démarque pas de cette philosophie) : que les P0 se débrouillent.

On arrive maintenant avec un cours qui de cours « de rien » devient un cours de « n’importe quoi » et tout ça parce qu’un père d’élève (que je trouve par ailleurs très sympa et dont je respecte la démarche) a obtenu une décision juridique importante. Et que nous sort la ministre de son chapeau ? Un cours qui ressemble au cours de morale comme deux gouttes d’eau. Je ne veux pas donner de conseils à M. de Pascale (ou à ses avocats), mais moi je retournerais au CC en argumentant sur le ton de « vous ne vous foutez pas un peu de moi, là ?).

Ce qui est assez clair, c’est que Mme la Ministre propose :

-          De créer un nouveau cours (sans programme et sans définition des titres requis)

-          De demander aux PO de faire preuve “ d’initiative et de créativité ” (il y avait longtemps !).

 

4° Cherchez à qui le crime profite.

-          La suppression complète des cours philosophiques et leur remplacement par un cours unique (une évolution qui s’est – partiellement – mise en place en Angleterre), est un débat compliqué parce qu’il y a des avantages et des inconvénients (je les ai évoqués plus haut) au système actuel. Les cours philosophiques ne font pas que séparer, ils peuvent parfois mettre les identités en dialogue et désamorcer certains radicalismes.

-          J’ai souligné les inconvénients du système actuel au niveau organisationnel. Mais la proposition de la Ministre aggrave ceux-ci au lieu de les résoudre. Ajouter un septième cours, respecte – et encore j’ai des doutes – la décision de la CC, mais va rendre ces problèmes-là encore plus complexes. Sans parler du mépris affiché à l’égard des profs de morale en copiant leur cours alors que le nouveau système va générer des pertes d’emplois.

 

-          Arrêtons aussi de dire n’importe quoi. Les profs de morale disent que le “ cours de rien ” est un clone du cours de morale et ils ont raison. Mais si cela est vrai, quel est encore la justification de la demande de dispense ? je rappelle que la dispense avait déjà été accordée par la chambre flamande du Conseil d’état (arrêt Sluys – 1985) à la demande de parents Témoins de Jéhovah. Mais ici, les parents demandeurs se revendiquent de n’adhérer à aucune religion ou conviction. La Cour a décidé –à tort à mon sens – que le cours de morale était “ engagé ”, quelle garantie avons-nous que le nouveau cours inventé par la Ministre le soit moins ?

 

-          Arrêtons aussi de nous moquer du monde. Certains titulaires de cours de religion défendent leur part de marché en disant “ mais nous aussi nous sensibilisons nos élèves à la citoyenneté ‘et Jésus n’occupe qu’une place marginale dans nos cours’’. Dont acte, mais si cela est vrai, où est encore la spécificité des cours de religion et pour quoi s’opposer à un cours unique ?

 

-          Enfin, je voudrais faire un sort à ce que d’aucuns présentent comme une évidence : l’organisation des cours philosophiques dans l’enseignement officiel. Il est assez interpellant de voir, dans une société aussi sécularisée que la nôtre, que certains trouvent insupportable la disparition des cours de religion dans l’enseignement officiel. L’école publique doit donc, selon ces beaux esprits, continuer à se compliquer la vie en organisant – avec les difficultés évoquées plus haut – des cours philosophiques, alors que les réseaux confessionnels vivent heureux dans leur confort. En effet, on peut s’interroger sur la ségrégation que génèrent, les cours philo, mais qui remettra en cause la ségrégation que génèrent les réseaux ?

 

5° Comment conclure ?

Si le chaos nous dépasse, feignons d’en être les organisateurs devrait sans doute être érigé en devise du politique. La suppression des cours philosophiques et leur remplacement par autre chose (un cours de philo, de citoyenneté, etc.) est en débat depuis 30 et depuis 30 ans le politique oscille entre impuissance et hésitation.

Mais est-il scandaleux de s’interroger sur les raisons qui poussent certains acteurs du système scolaire à défendre le modèle actuel ? Que les profs de religion et de morale défendent leur emploi, quoi de plus normal. Mais que des gens proches de l’enseignement libre confessionnel (ou de l’église) fassent de même ne surprendra que les naïfs ou que ceux qui ne connaissent pas bien l’article 24 de la Constitution. Celui impose à l’enseignement officiel d’offrir aux élèves le choix entre les cours de religion ou de morale, mais il garantit aussi … le subventionnement des cours de religion des réseaux confessionnels ! Si vous réduisez-le volume des cours philosophiques de deux à une heure hebdomadaire dans l’officiel (la deuxième heure étant remplacée par une heure de cours commun de citoyenneté), comment justifier la subvention de deux heures de cours de religion dans les écoles confessionnelles ? Les supporters du réseau confessionnel peuvent bien utiliser toutes les belles idées à propos du vivre ensemble, en fait, ils protègent surtout l’emploi au sein de leur réseau.

Quand je vous disais que le dossier n’est pas simple !

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L’éducation morale et philosophique : soluble dans l’urgence et le consensus ?

 

Le Soir est très content d’avoir provoqué le débat. Et semble encore plus satisfait de voir qu’un consensus se dégage ou de constater, comme Edouard DELRUELLE, que les ‘lignes bougent’. Tout cela est bel et bon, mais je ne suis pas bluffé par le traitement d’un sujet complexe, traité, comme trop souvent avec désinvolture et superficialité. Pour ceux qui en douteraient, je souligne cette affirmation de la page 19 de l’édition du 22 janvier : ‘les cours philosophiques sont un héritage du Pacte scolaire de 1959’ qui fait bon marché du fait que le Pacte date de 1958 !

Mais là n’est pas le principal et ce débat et le dossier qui lui est consacré ont un évident goût de trop peu.

1° Pour des raisons d’agenda, la réflexion sur les cours philosophiques est parasitée aujourd’hui par la question du ‘vivre ensemble’. Mon expérience dans l’enseignement (46 ans de carrière, dont 15 comme maître de morale et 18 comme inspecteur communal), jointe à une longue expérience dans le domaine du dialogue interconvictionnel  m’ont convaincu que les deux n’ont rien à voir l’un avec l’autre. On chercherait d’ailleurs en vain dans la littérature scientifique, une étude qui me démentirait. Certes le système belge fonctionne avec des cours qui ‘séparent’. Mais ce constat implique-t-il une condamnation sans appel ? Au contraire, on constate parfois que la cohabitation des enseignants de ces cours  – qui donnent des cours différents, mais font en fait le même travail – peut être un facteur positif. C’est en tout cas ce que je retiens de la crise de l’après 11 septembre dans les écoles que je gérais. Je ne suis pas certain qu’un professeur chargé d’un cours unique s’en serait mieux tiré.

Les questions du ‘vivre ensemble’, du multiculturel, du pluralisme dépassent largement le cadre de l’école et tous les pays européens y sont confrontés, malgré la diversité de leurs modèles d’organisation dans ce domaine. Ce qui est étonnant c’est que le débat de mercredi soir a ignoré une méthode, pourtant très prisée : le benchmarking. Personne, ni pour le débat télévisé, ni pour le dossier, n’a fait l’effort d’aller regarder au-delà des frontières (même pas la frontière linguistique) pour voir comment nos voisins gèrent cette question complexe.

On aurait pourtant fait quelques constats intéressants.

On aurait constaté, par exemple, que la question posée Carlo de Pascale est résolue – au moins partiellement -  en Flandre depuis l’arrêt Sluys [C.E., 25 326 du 14/05/1985] qui prévoit une dispense de l’obligation de suivre un des cours, suite à une demande de parents Témoins de Jéhovah.

On aurait aussi constaté que le système français, qui exclut la religion de l’enseignement public, ne règle pas vraiment mieux le problème que le système belge qui – rappelons-le – ne concerne que la moitié de la population scolaire francophone puisque l’enseignement catholique fonctionne selon ses propres règles.

On aurait enfin montré que dans chaque pays, cette question est gérée en fonction de paramètres sociologiques, anthropologiques, historiques complexes. Et l’analyse des modèles existants évite difficilement la caricature ou les simplifications.

Entre l’exclusion totale du religieux du champ scolaire (le modèle français) et les enseignements publics dominés par religion (Italie, Espagne, Pologne) où l’opting out pour les minoritaires est théoriquement permise, mais pratiquement stigmatisé, on trouve un peu de tout. Le modèle belge avec ses cultes reconnus, le pluralisme à la hollandaise ou celui qui existe dans certains länder allemands, le cours commun ‘Religious education’ qui inclut, parfois – mais pas systématiquement – des ‘Secular ou Humanist World Views’ démontrent, à qui en douterait, que le problème est loin, très loin d’être simple.

Comprenons-nous bien. Je ne suis pas pour autant un défenseur du statu quo. Et j’applaudirais sans problème à la disparition du système actuel ainsi qu’à son remplacement par un cours commun de philosophie ou d’histoire des ‘croyances et convictions’. Ce qui me sépare de la plupart des acteurs du débat d’hier ce sont les arguments.

1° le principal argument contre le système actuel – curieusement oublié dans ce débat qui volait tellement haut qu’il en ignorait la réalité de terrain – est l’impact très négatif que l’existence même de ces cours a sur l’organisation pratique des écoles officielles (et on comprend alors immédiatement pourquoi le SEGEC regarde cela avec une sérénité un peu suspecte).

Quand le Pacte scolaire a été signé, de quoi parlait-on ? Dans l’écrasante majorité des écoles, d’organiser un cours de morale et de religion catholique. Dans quelques autres, d’y ajouter un cours de religion israélite et/ou de religion protestante. Aujourd’hui, dans nos grandes villes multiculturelles, il faut organiser systématiquement, en parallèle, six cours. Et d’autres frappent à la porte (les bouddhistes, les syriaques, etc.)

Tous mes collègues, tous les chefs d’écoles de l’officiel savent à quel point l’organisation des cours philosophiques complique la confection des horaires. Placez les deux heures de cours philos, une heure de gymnastique et une heure de langues modernes et vous aurez un instituteur qui verra ses élèves pour la première fois à 13h30 ! Chacun sait dans le métier qu’on commence à faire les horaires en plaçant les contraintes : les cours philo et la gymnastique (à cause des locaux). Est-ce acceptable et résoudre cette difficulté-là n’est-elle pas prioritaire par rapport à une hypothétique réduction de certaines formes de radicalisme religieux ?

Je suis d’ailleurs très étonné que les défenseurs de l’enseignement officiel n’insistent pas plus sur le fait que cette réalité constitue la plus évidente des ‘différences objectives’ permettant de nuancer la notion d’égalité que l’enseignement catholique a réussi à faire inscrire dans la constitution.

Pour rester encore un instant sur ce sujet trivial, remarquons que les normes d’encadrement pour les différents cours compliquent (depuis une réforme justifiée pour des raisons budgétaires) la création d’équipes cohérentes, sans parler des soucis occasionnés par les profs qui travaillent pour des pouvoirs organisateurs différents ayant chacun des contraintes d’organisation différentes.

 

2° Tout le monde fait aujourd’hui grand cas de la question du ‘vivre ensemble’. Je suis au regret de dire que plus le temps passe, moins cet argument me convainc et plus il me semble servir d’alibi à des positions anciennes que l’on maquille pour les rendre plus acceptables, à cacher des intérêts catégoriels ou, enfin, parce que l’on croit, naïvement, qu’un petit changement va tout changer.

La position ancienne est bien connue. L’organisation obligatoire des cours de religion dans l’enseignement officiel instaurée par le Pacte scolaire est – on l’a trop oublié – une défaite des laïques. De nombreux pouvoirs organisateurs de l’officiel subventionné n’offraient pas ce choix avant la loi du 29 mai 1959. Les cours de religion se donnaient, dans les locaux, mais hors horaire. Il est aujourd’hui plus facile de demander la suppression des cours en critiquant la division des élèves en sous-groupes que de rappeler que la religion – affaire privée – n’a pas sa place à l’école et certainement pas à l’école publique. Du vieux vin dans outres neuves en somme.

Les revendications catégorielles – ou le lobbying – ont aussi leur place dans le débat. Les diplômés en philosophie trouveraient dans la suppression des cours philosophiques un intéressant gisement d’emploi. Après tout, pourquoi pas ? Le problème c’est qu’aujourd’hui, après plus de vingt ans de lobbying des facultés de philo, on n’a pas vraiment une idée plus claire des contenus à enseigner. Philosophie des enfants en primaire, histoire de la philo, philo morale, épistémologie, va savoir ?

Désolé aussi pour Edouard Delruelle, sa distinction entre Condorcet, partisan de l’enseignement des savoirs et Ferry, favorable à l’enseignement des valeurs est pertinente, mais où place-t-il la philosophie qui n’est ni l’une, ni l’autre, mais une technique ?

Enfin, il y a ceux qui croient qu’un petit changement va tout changer et qu’une heure de citoyenneté par semaine va rendre transformer tous les Belges en citoyens modèles. Ce fameux cours de citoyenneté n’a, aujourd’hui, aucun contenu. Reviendra-t-on au vieux cours de civisme que je suivais en 1964 ? Pourquoi pas ?  Fera-t-il mieux que ce qui pourrait s’enseigner ailleurs ? Qui peut le savoir ?

Aux adversaires de la ghettoïsation des élèves, j’aurais envie de dire allez-y franchement, revendiquez la suppression des réseaux et réactivez le vieux slogan ‘à l’école publique les fonds publics’. Aux réformateurs, ne rendez pas l’organisation pratique des écoles plus compliquée qu’elle ne les déjà. Une heure de cours philosophiques et une heure de cours de citoyenneté par semaine, cela fera des horaires encore moins attractifs pour les profs (six écoles pour un horaire complet au lieu de trois ou quatre, encore plus de kilomètres d’une implantation à l’autre en zone rurale). Un cours au contenu imprécis cela implique une réflexion sur les titres, sur la formation, sur l’inspection. Autant de motifs de blocage dans un système dont la flexibilité n’est pas la vertu première.

Au moment où j’écris, je pense, à cette saillie de Woody Allen arrivant sur scène en disant, j’ai une réponse, quelqu’un a-t-il une question ?

Le débat d’hier, d’où les participants semblent sortis très satisfaits, a dégagé des réponses et un consensus, ce qui est merveilleux, maintenant si quelqu’un peut m’expliquer le problème, je lui en serai éternellement reconnaissant.

 

Charlie hebdo. Ils vaincront (peut-être), mais ils ne convaincront jamais.

 

Face au drame d’hier, les mots manquent et certaines indignations paraissent être très en dessous de ce qui sous-tend cet acte de barbarie.

L’attentat contre les tours jumelles de New York, barbare lui aussi, était un acte ignominieux dirigé contre des personnes et des bâtiments. Il me semble que le massacre de Charlie Hebdo, quoiqu’il fasse moins de victimes, ajoute un degré dans l’horreur, car il assume – sans la moindre ambiguïté – sa volonté d’être un crime contre l’intelligence et la culture.

À défaut de trouver quelque chose de pertinent à dire sur cette actualité, je me suis souvenu d’un épisode de la guerre d’Espagne que je veux apporter à la réflexion sur la barbarie d’aujourd’hui et, accessoirement, sur celle de toujours.

Le 12 octobre 1936, trois mois après le début de la rébellion franquiste, « jour de la race », le général Milan Astray poussa, dans le grand amphithéâtre de l’université de Salamanque, le cri de ralliement de la Légion étrangère espagnole : ‘Viva la muerte’. Salamanque se trouvait déjà à ce moment en zone nationaliste et le cri fut repris avec enthousiasme par les phalangistes présents.

Le philosophe Miguel de Unamuno, recteur de l’université répliqua alors en des termes qui aujourd’hui prennent un sens qui n’a rien perdu de sa pertinence.

« Vous attendez tous ce que je vais dire. Vous me connaissez et savez que je ne peux garder le silence. Il y a des circonstances où se taire, c’est mentir. Car le silence peut être interprété comme un acquiescement. […]

« Je viens d’entendre un cri nécrophile et insensé : vive la Mort ! Et moi, qui ai passé ma vie à façonner des paradoxes qui ont soulevé l’irritation de ceux qui ne les comprenaient pas, je dois vous dire en ma qualité d’expert que ce paradoxe barbare est pour moi répugnant.

Le général Milan Astray est un infirme. Disons-le sans arrière-pensée discourtoise. Il est invalide de guerre. Cervantes l’était aussi. Malheureusement, il y a aujourd’hui en Espagne, beaucoup trop d’infirmes. Et il y en aura bientôt encore plus, si Dieu ne nous vient pas en aide.

Je souffre à la pensée que le général Milan Astray pourrait établir les bases d’une psychologie de masse. Un infirme qui n’a pas la grandeur spirituelle d’un Cervantes recherche habituellement son soulagement dans les mutilations qu’il peut faire subir autour de lui. »

À ces mots Milan Astray n’y tint plus. « Mort aux intellectuels, s’écria-t-il, viva la muerte ! ». Une clameur l’assura du soutien des phalangistes (…). « À bas les intellectuels hypocrites ! Traîtres !  » s’exclama José Maria Perman (…). Unamuno poursuivit :

« Cette université est le temple de l’intelligence. Et je suis son grand prêtre. C’est vous qui profanez cette enceinte sacrée. Vous vaincrez parce que vous possédez plus de force brutale qu’il n’en faut. Mais vous ne convaincrez pas. (Venceréis porque tenéis sobrada fuerza bruta; pero no convenceréis). Car, pour convaincre, il faudrait que vous ayez des arguments. Or, pour cela, il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la Raison et le Droit avec vous. Je considère comme inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne. J’ai terminé. » »

Ce qu’a dit Unamuno ce jour là vaut aussi pour les assassins d’hier. Ce sont des infirmes et des imbéciles. ils ont fait plus que 12 victimes en essayant de tuer l’intelligence, mais ils constateront que celle-ci, ainsi que l’aspiration à penser librement survit, depuis des siècles aux persécutions des fanatiques. Cabu, Wolinski et leurs copains sont morts, c’est aux vivants de préserver la flamme.

 

Hollande, ou la laïcité à genoux.

Nous connaissons tous l’expression  ‘aller à Canossa’. Et, ceux d’entre nous qui ne sont pas tout à fait incultes savent qu’elle fait référence à un épisode moyenâgeux. On peut comprendre qu’à l’époque un empereur du Saint-Empire romain germanique s’humilie devant un successeur de Pierre. Le problème, c’est que nous sommes en 2014, pas en 1077.

On ne peut donc que s’étonner que le ‘capitaine de pédalo’ aille, de son plein gré, se faire remonter les bretelles par ce cher François.

J’ai l’esprit large et je ne souhaite pas stigmatiser le pêcheur repentant. Que le président de la République aille demander l’absolution pour ses frasques sexuelles ne me choque pas. Mais, si je ne m’abuse, le citoyen Hollande ne donne pas l’impression d’être un chrétien fervent. Ni de respecter sans faillir le commandement ‘tu ne commettras pas l’adultère’ ? Par contre, et je ne crois pas m’abuser non plus, l’ex premier secrétaire  du PS est bien devenu  le président d’une  république laïque.

 

Dès lors, les défenseurs de la séparation des Églises et de l’État, de la laïcité me semblent en droit d’attendre de ce président un minimum de cohérence.

On ne doit pas rejeter complètement l’idée du dialogue. En 2014, il ne peut plus être question de diabolisation.  En présidant pendant dix ans l’initiative ‘Une âme pour l’Europe – éthique et spiritualité’, j’ai beaucoup appris dans ce domaine. Faire dialoguer la transcendance et l’immanence ou la liberté de penser et le dogme est compliqué. Mais, en aucun cas, ce dialogue ne saurait être asymétrique.

Nous ne sommes pas d’accord sur des choses fondamentales (la transcendance, le péché originel, le libre arbitre), nous pouvons nous retrouver sur des enjeux importants (la tension entre les choix éthiques et les choix économiques, par ex.), mais, à aucun moment, je ne pourrais accepter d’être traité avec mépris parce que je ne crois pas en un être supérieur ou en un texte sacré. Autrement dit, les fondements de mon éthique sont différents des vôtres, mais ils ne sont en rien inférieurs.

J’en reviens donc à Hollande et à son pèlerinage à Canossa. Quoiqu’il se dise, les médias ont déjà fait leur travail. Hollande  ne va pas rencontrer le Pape et discuter avec lui d’égal à égal, il va rencontrer l’incarnation de quelque chose qui le dépasse (et donc, d’une certaine manière qui dépasse les citoyens qu’il représente).

Il ne va pas dire au Papz que la pertinence de l’opinion de François (ce type sympa qui n’a jamais désavoué les dictateurs de son pays) sur le mariage gay ou l’euthanasie n’a pas plus de pertinence que  l’avis de Nabila sur le boson d’Englert et consorts. Il ne va pas dialoguer, il va s’humilier et boire la bonne parole. Il ne va pas défendre ses choix, il va cirer les mules.

Après avoir renié le socialisme, Hollande renie aujourd’hui la laïcité et ça, c’est impardonnable.

Souvenons-nous donc des paroles du Semeur :

Rome tremble et chancelle devant la vérité

Groupons-nous autour d’elle contre la Papauté.

 

Églises, normes éthiques et légitimité.

Ces jours derniers, la presse est pleine des échos de diverses offensives (concertées ?) lancées contre des libertés décrochées – de haute lutte – ces dernières années. L’éventail est large et bigarré. Il va, comme en Espagne, de modifications radicales de législations récentes à des prises de position paternalistes à propos de l’avortement ou de l’euthanasie (la déclaration des évêques belges sur la fin de vie ou l’interview de Tommy Scholtès de ce 23 janvier à propos de l’avortement). Parfois, les choses dérapent dans le ridicule (le député espagnol condamnant la masturbation masculine assimilée à l’avortement) voire dans l’odieux, les militants de Civitas huant la présidente de l’ADMD lors de ses apparitions publiques.

 

Cette tendance doit interpeller les défenseurs des droits de l’homme qui semblent s’être un peu endormis sur leurs lauriers.

 

Plusieurs questions se posent en effet.

 

S’agit-il d’une initiative concertée ?

Sans craindre de tomber dans le complotisme,on peut répondre par l’affirmative. On assiste ces derniers mois à une résurgence de l’alliance des dogmatismes qui étaient restés un peu en retrait depuis les années nonante, mais qui n’ont jamais vraiment désarmé.

L’Église catholique est incontestablement celle qui a subi les défaites les plus nettes. Elle se trouve aujourd’hui de nouveaux alliés. Au premier rang l’intégrisme musulman, bien entendu. Malheureusement, l’expression de celui-ci occulte trop le rôle des églises orthodoxes des pays de l’ancien bloc soviétique. Il est d’autant plus légitime pour celles-ci de vouloir effacer les erreurs et les horreurs des dictatures communistes qu’on ajoute au combat pour la démocratie, une dose de réhabilitation morale. C’est aussi pour ces églises, une manière de se refaire une légitimité en essayant de faire oublier leur collusion avec les régimes passés. En miroir, on eut d’ailleurs que Poutine fait tout pour faire oublier son passé d’officier du KGB en cassant de l’homosexuel ou de la FEMEN.

 

Qu’est-ce qui motive ces remises en question ?

Pour moi, la réponse est finalement assez simple, il s’agit de la manifestation de la peur – commune à toutes les religions dogmatiques – de la liberté individuelle, de l’autonomie de choix de l’individu.

La thèse de ceux qui disent les hommes et les femmes sont maîtres de leurs choix sexuels et reproductifs, les femmes décident de leur maternité, les gens en fin de vie choisissent le terme de celle-ci est inaudible au camp des religieux. Ils ont – depuis bien longtemps – développé un arsenal d’arguments à mes yeux tous aussi spécieux les uns que les autres.

 

La sortie ridicule du député à propos de la masturbation masculine n’est peut-être pas aussi inutile que l’on pourrait penser. Comme tout argument excessif, il se retourne assez facilement contre celui qui l’utilise. Partons de l’idée que la vie est sacrée et qu’il faut donc, en effet, condamner l’avortement. Dès lors, l’idée de condamner le gaspillage de vie potentielle que constitue une éjaculation consécutive à une masturbation relève d’une certaine logique. L’étape suivante – la condamnation de la pratique ou sa pénalisation – se heurte vite à une impasse : que faire en effet des règles ? Va-t-on mettre les femmes à l’amende pour un avortement mensuel ou risquer des procès pour discrimination en ne condamnant que les hommes qui se branlent ?

 

Quoi qu’apparemment plus respectable et mieux argumentée, la position des évêques à propos de l’euthanasie ne convainc pas plus. Elle occulte, comme de nombreuses autres du même tonneau, le fait que la loi ne contraint personne. Comme pour l’avortement, il s’agit d’une loi de liberté qui permet, mais n’oblige pas. Ici aussi, on pourrait demander aux Évêques d’aller au bout de leur logique et de punir le suicide ! Mais, bien entendu, faire confiance à l’individu et lui permettre de faire des choix, c’est s’exposer à ce que cet individu se mettre à contester le dogme, à critiquer les textes, etc. Triste constat, en 2014, la pensée libre est toujours une menace pour ceux qui prétendent détenir la Vérité.

 

Ceci nous amène au dernier problème, celui de la légitimité. Car enfin tous ceux qui prétendent imposer, à ceux qui ne les partagent pas, leurs normes éthiques d’où tiennent-ils cette autorité ? Sont-ils meilleurs que les 300 salopes du manifeste, sont-ils supérieurs à Hugo Claus, à Christian de Duve ou à mon amie Lily Boeykens ? Qu’attendent-ils de l’interdiction de l’avortement, un meilleur recrutement pour les orphelinats catholiques ? Et de la prolongation à tout prix de la vie souffrante, quelques conversions de dernière minute ?

 

Que prônent ces champions de l’éthique ? Le retour à l’aiguille à tricoter, les suicides brutaux ?

 

Je n’interdis à aucun croyant sincère de vivre conformément à ses convictions. Je souhaite seulement que ceux qui s’arrogent le droit de fixer des normes généralisables balayent devant leur porte. Et pour ne prendre que l’exemple de l’Église catholique, je n’ai aucun scrupule à contester la légitimité d’une institution dominée par des hommes célibataires quand elle veut régenter ce qui se passe dans nos alcôves ou qui veut nous dicter ce qui est bien ou mal tout en étant incapable d’éradiquer les faits de mœurs dont se rendent coupables certains de ses prêtres.

 

Il faut regarder (YouTube, gay marriage  NZ) ce député néo-zélandais qui – dans un discours aussi drôle qu’intelligent – plaidait en faveur du mariage gay. Si vous votez cette loi cela ne bouleversera pas fondamentalement l’équilibre social. Tout ce que vous aurez fait, c’est accorder une liberté supplémentaire à ceux qui souhaitent en profiter. Et il concluait, en citant le Deutéronome : « n’ayez pas peur ».

 

La peur est mauvaise conseillère, c’est donc le devoir des amis de la liberté de se mobiliser contre le retour de ceux qui agitent les épouvantails.

Droits des femmes – les forces cléricales marquent un point en obtenant le rejet du rapport Estrella.

 

Edite Estrela est une députée portugaise du  Groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen et Vice-présidente de la commission des Droits de la femme .

 

Le rapport Estrela (voir ci-dessous) vient d’être rejeté par le Parlement européen par 334 voix contre 327 en faveur du rapport.  Il plaidait pour le renforcement des politiques relatives à la santé et aux droits sexuels et génésiques (avortement, prévention des MST, information surla contraception, violence faite aux femmes, etc.). le texte avait reçu le soutien de divers groupes dont Amnesty et Catholics for free choice ainsi que celui de la Fédération Humaniste Européenne et de l’Association européenne pour la pensée libre (AEPL).

 

On pouvait s’attendre à ce que les adversaires du droit des femmes à maîtriser ces aspects de leur vie se mobilisent, ce qu’ils n’ont pas manqué de faire. Le texte ci-après qui émanent du blog Belgicatho montre la satisfaction ressentie par le camp clérical après ce vote.

 

On ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine lassitude devant la nécessité de reprendre indéfiniment le combat pour des lois libératrices, qui ne contraignent personne à aller contre sa conscience, mais dont  l’absence empêche ceux ou celles qui le souhaiteraient d’exercer, eux, leur libre arbitre.

Le rejet de ce rapport montre aussi que – contrairement à ce que trop de gens pensent – les élections européennes comportent un enjeu : construire une Europe de la liberté ou accepter une Europe réactionnaire et cléricale.

fichier pdf EP 2013.12.11 Rapport Estrelafichier doc rapport Estrela

Voile et profs de religion. Un arrêt qui pose questions.

 

La VI è chambre du Conseil d’Etat, section du contentieux administratif,  vient de rendre, ce 17 avril un arrêt qui ne manquera pas de faire beaucoup réfléchir dans les  milieux de l’enseignement.

L’arrêt (n°223.201) annule, à la requête d’une enseignante de religion islamique, une disposition du ROI des écoles de la Commune de Grâce-Hollogne qui limite le droit des enseignants des cours philosophiques d’arborer des signes d’appartenance au seul local dans lequel ils donnent cours. Autrement dit, en pratique, une enseignante peut donner cours voilée, mais pas surveiller la récréation. De même pour un professeur de religion israélite portant sa kippa. L’arrêt du 17 avril réduit ce type de disposition à néant et les professeurs de cours philosophiques peuvent donc manifester – sans limite – leur engagement par le truchement de leur tenue vestimentaire.

L’invalidation du ROI de la commune par le Conseil d’Etat mérite qu’on s’y arrête et qu’on en évalue les conséquences. Cet examen est d’autant plus nécessaire que de nombreux pouvoirs organisateurs de l’enseignement officiel ont pris, depuis des années, des dispositions identiques à celles qui existent à Grâce-Hollogne.

La motivation de l’arrêt.

Le moins que l’on puisse dire est que la VI è chambre a plutôt, en l’espèce, limité son argumentation au strict nécessaire, ce qui parait faire bon marché de la complexité du dossier.  En fait, la décision repose – sans forcer excessivement le trait – sur un pur syllogisme.

  • Mme X souhaite porter le voile en toutes circonstances.
  • Le décret neutralité de 2003 ne s’applique pas aux enseignants chargés des cours philosophiques « dans le cadre de leur enseignement »
  • Mme X est maître de religion, elle peut donc porter son voile toujours et partout.

L’argumentation des parties.

L’argumentaire de la requérante se borne à citer, longuement, Xavier Delgrange, professeur aux Facultés Universitaires St Louis … et premier auditeur à la section de législation du C.E. Les citations ne comportant pas de références, il est impossible de retourner au texte de l’auteur (ce qui n’est pas habituel dans les arrêts du C.E.).

Deux passages repris dans l’argumentaire posent question. Xavier Delgrange affirme d’abord que « l’enseignement de la religion échappe pratiquement totalement au contrôle des autorités publiques ». Il invoque, à l’appui de cette thèse très radicale, l’article 9 de la loi du 29 mai 1959 qui confie l’inspection de ces cours aux organes chef de cultes. Ensuite, on retrouve une deuxième thèse audacieuse selon laquelle «le prosélytisme n’est pas critiquable », affirmation étayée par une référence à l‘article 9 de la Convention européenne des Droits de l’homme qui garantit la liberté religieuse.

L’argumentation de la commune repose, elle, très largement sur un arrêt de 2010 consécutif à un litige entre la Ville de Charleroi et une enseignante de mathématiques refusant de retirer son voile dans l’école. On aurait aimé que l’arrêt réfute les arguments de la commune. On doit bien constater que ce n’est pas le cas.

Une décision potentiellement lourde de conséquences.

S’il faut, en principe, s’incliner devant une décision de justice, il n’est pas interdit d’en évaluer les conséquences, ni d’apprécier la qualité du raisonnement qui y a conduit.

Lire la suite de ‘Voile et profs de religion. Un arrêt qui pose questions.’

Towards a church tax system in Romania ?

 Le financement des cultes va très probablement faire l’objet d’un vif débat en Roumanie. Dans ce pays, comme dans la plupart des pays de tradition orthodoxes qui faisaient partie des pays communistes, les églises orthodoxes ont récupéré leurs biens et ne semblent guère favorable à l’instauration d’une quelconque forme de pluralisme philosophique, encore moins à permettre aux citoyens d’exercer leur choix en la matière.

nos amis humaniste roumains, favorables à la séparation des églises et de l’état préféreront un système d’impôt inspiré des modèles allemands ou norvégiens au statu quo.

Media, politicians and, of course, the Orthodox Church, have been frantically debating proposed changes to the public funding of religious institutions in Romania, in recent weeks. New legislation, inspired by the German « church tax » model, would allow all citizens to direct a part of their income tax to the churches or other organisations of their choosing. This would replace the current system in which religious groups are funded at the discretion of parliament, with most funding going to the Romanian Orthodox Church.

 

The reform, proposed by Remus Cernea MP (Green Party), would save 70 millions Euro per year. Moreover it would allow citizens who do not support the church or who are non-religious to redirect their taxes to secular or humanist non-governmental organisations.

 

« We feel that the majority of Romanian citizens would approve the proposed reform. But there have been some very negative, very undemocratic replies from many politicians, » argues Cezar Maroti, president of the Romanian Humanis Association (RHA). He cites Radu Mazare, the mayor of Constanta (the city where Remus Cernea was recently elected deputy in the Romanian Parliament) who threatend Cernea that he « will break his legs » unless a public apology is offered to the Orthodox Church. Also, George Becali, former MEP, known for his strong support to Christian Orthodox issues, called Cernea « satanist », « imbecile », « devil », « animal » and said that he should be « exiled to prison » or to the « mad house » over the proposed legislation.

 

The Romanian Orthodox Church itself said the optional church tax model was « unrealistic and inadequate ». Similar systems have been introduced in several European countries included Norway and Germany.

 

Remus Cernea clearly believes that his proposal has been misunderstood. « I actually support a funding model of different religious groups. Romania doesn’t really have a law on religious funding at the moment. Funding is granted arbitrarily, at the discretion of politicians. I propose a system of financing religious groups that gives the choice to individual citizens, and will even help religion or belief groups benefit from predictable, stable and quite substantial funding. This system will strengthen their autonomy. »

 

On 25 May, the Romanian Humanist Association conference, held in conjunction with the European Humanist Federation and International Humanist and Ethical Union, will take place in Bucharest. « We advocate secularism, » said Maroti. « This is simply the idea that the church and state should be separate. This is also in the best interest of the churches and all the believers. The church should be independent and should not be controlled by politicians. Receiving money from the politicians is making the church vulnerable to political influence, which is not good for anyone. Also, the current system is unfair, unjust and it discriminates against the growing number of Romanians who are non-religious or humanist in their outlook. It’s going to be a lively debate! »

Cezar Maroti
President of the Romanian Humanist Association

Cezar Maroti [cezar.maroti@gmail.com]

 

 

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