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Enseignement de la citoyenneté : Etienne Michel vise juste.

À l’occasion de l’Université  d’été du SEGEC, son patron, Etienne Michel, revient sur l’organisation du cours de citoyenneté – voulu par Mme la Ministre MILQUET (CDH) – dans les différents réseaux d’enseignement. Il en profite – après tout c’est son rôle – pour vanter la supériorité de l’approche de l’école confessionnelle dans ce domaine. (Lire l’article de la Libre Belgique ci-dessous)

Le système mis en place après l’arrêt Di Pascale est particulièrement byzantin et ne contente personne, surtout parmi les professeurs des cours ‘dits philosophiques’ (morale et religions) de l’enseignement officiel. En amputant ces cours d’une heure sur les deux existantes, le cabinet Milquet – quasi entièrement composé de personnes ayant travaillé au SEGEC – compromet l’emploi des enseignants chargés de ces cours, complique leurs conditions de travail et désorganise, un peu plus, les horaires des écoles officielles.

Le nouveau système prévoit donc pour les élèves de l’officiel une heure de cours d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté (EPC) et une heure de cours philosophique (morale ou religion). Les élèves dispensés d’un cours philosophique suivront une deuxième heure d’EPC. L’enseignement catholique a convaincu – sans trop de difficulté sans doute – Mme Milquet de préserver la spécificité (certains diraient les privilèges) de cette école confessionnelle qui est devenue au fil du temps l’enseignement de référence dans une communauté française où la croyance religieuse est pourtant en recul constant.

L’argument principal mis en avant par le SEGEC est simple. Mieux vaut, dit l’enseignement catholique, intégrer la formation à la citoyenneté à la formation générale plutôt que d’en faire un cours distinct.

On ne peut qu’être d’accord avec cette approche et il semble tout à fait pertinent d’utiliser tout le processus éducatif pour former les élèves à la citoyenneté et au vivre ensemble. Nous serions donc tentés d’applaudir sans réserve la position d’Étienne Michel, sauf que … .

Sauf qu’une analyse un peu plus approfondie incite à mettre de fameux bémols à la vision du SEGEC.

La justification – qui ne me convainc pas, mais c’est un autre débat – invoquée par la ministre pour instaurer le cours d’EPC est de renforcer le ‘vivre ensemble’, il me semble, à cet égard, particulièrement malvenu de la part du patron des écoles catholiques de donner des leçons à l’enseignement officiel (pluraliste par essence) dans ce domaine. Je ne critique pas l’enseignement catholique de vouloir fonder son enseignement sur les évangiles – pas davantage que l’enseignement islamique ne fonde le sien sur le Coran – je dis seulement que fonder son enseignement sur un dogme religieux ne peut se comparer à un enseignement qui intègre des notions comme la laïcité (politique), la neutralité et/ou le pluralisme, voir elle le libre examen, une méthode philosophique que la Cour Constitutionnelle semble confondre, avec beaucoup de légèreté, confondre avec une doctrine.

Autre outrecuidance dans le discours de M. Michel, reprocher à l’enseignement officiel un système mis en place par un cabinet CDh ‘piloté’ par le SEGEC ! Car le dispositif byzantin mis en place par le cabinet Milquet – et curieusement cautionné par le PS et le CAL – est surtout un mauvais compromis, destiné à préserver la présence dans l’enseignement public des cours de religion. Plus encore, la volonté de la ministre de garantir – fut-ce a pris d’un gros mensonge – l’emploi des professeurs de religion conduit à permettre à des professeurs de cours de religion d’enseigner l’EPC. Ainsi X, professeur d’histoire, dont on ne connaît pas et dont on n’a pas à connaître les convictions philosophiques, ne pourra pas donner EPC. Par contre Y, professeur de religion protestante et peut-être créationniste, pourra lui donner le cours au même titre que Z, professeur de religion islamique et conférencier régulier dans des réunions des Frères musulmans.  On est loin de l’idéal du ‘vivre ensemble’, on est même loin de la ‘neutralité’.

Enfin, M. Michel s’inscrit en matière de citoyenneté dans une approche communautariste et sectaire. Comme la plupart des responsables religieux européens, il veut nous convaincre qu’il existe un lien fondamental entre l’éducation à la citoyenneté et l’identité religieuse. Son raisonnement, qui a convaincu Mme Milquet et le gouvernement de la CFWB, nous ramène des siècles en arrière, cette époque du Cujus regio, ejus religio où il était impossible d’être citoyen si on ne partageait pas la religion du souverain. Il a sauvé le financement du cours de religion catholique dans ses écoles, il a ‘noyé’ l’éducation dans l’ensemble des cours d’un réseau dont la mission est bien d’évangéliser et pas d’enseigner la pensée critique[i], il est mal placé pour défendre une vision vraiment pluraliste de l’enseignement de la citoyenneté et des religions, telle que peut par exemple le proposer le NEF[ii]. Il est surtout très mal placé pour critiquer l’école publique dont le but principal n’est, effectivement, pas d’endoctriner les enfants dès l’école maternelle.

Malgré tous ces bémols, j’en arrive néanmoins en conclusion à donner – partiellement au moins – raison à Etienne Michel. Si l’enseignement de la citoyenneté est une compétence transversale qui doit imprégner tous les cours, pourquoi en serait-il autrement dans l’enseignement catholique que dans l’enseignement officiel ?

J’invite donc tous les défenseurs de la laïcité politique à suivre jusqu’au bout la logique du SEGEC. L’EPC doit être prise en charge par tous les enseignants de l’officiel et les cours dits philosophiques doivent disparaître. Ceci permettra à l’enseignement officiel de consacrer deux heures de plus à la formation générale, de supprimer les perturbations et les contraintes générées par ces cours et d’être en plein accord avec son projet éducatif être l’école de tous. Il est grand temps de sortir de l’hypocrisie et pour les défenseurs de la laïcité de se poser une question fondamentale ; allons-nous nous protéger de la montée d’un islamisme qui menace nos valeurs en nous jetant, comme Gribouille, dans les bras des défenseurs de l’identité chrétienne, ou allons-nous retrouver la force de réaffirmer que la laïcité politique est la seule garantie d’une pluralisme apaisé et  la seule protection contre les tentations cléricales, même quand celles-ci se couvrent du masque soft de la « culture » ou de la « tradition chrétienne » ?

Rentrée: « L’enseignement de la citoyenneté est plus riche adossé à d’autres savoirs »

BELGIQUE

La fédération des pouvoirs organisateurs de l’enseignement catholique (SEGEC) a tenu vendredi son université d’été à Louvain-la-Neuve, mettant au cœur de cette journée une spécificité de sa rentrée scolaire en primaire: la citoyenneté intégrée de manière transversale dans différents cours, plutôt que dans un nouveau cours comme c’est le cas dans l’officiel. Comme tous les autres P.O., ceux du SEGEC doivent se conformer au nouveau référentiel « interréseaux » de citoyenneté, qui s’impose dans l’enseignement fondamental dès cette rentrée et arrivera dans le secondaire à la rentrée 2017.

L’enseignement officiel a prévu un cours d’éducation à la philosophie et la citoyenneté (EPC) en substitution d’une heure (voire deux) de religion et de morale. Dans l’enseignement catholique, le référentiel est décliné dans des cours existants. Pour le primaire, quatre cours sont concernés: éveil, français, math et religion.

L’éveil (histoire, géographie, initiation technologique et scientifique ainsi qu’initiation aux médias) constitue « un lieu très privilégié » pour ce référentiel citoyen, explique Étienne Michel, directeur général du SEGEC. En math, « lorsqu’on propose un exercice, on peut très bien amener des références sur des populations via la démographie », illustre-t-il encore.

Et d’insister sur la transversalité. « Depuis le décret Missions (1997), on a considéré la citoyenneté comme un des quatre grands objectifs de l’école. Peut-on enseigner la citoyenneté pour elle-même, comme on enseigne les maths, les sciences ? L’enseignement de la citoyenneté est plus riche quand on l’adosse à d’autres savoirs », juge-t-il. « C’est l’ensemble du projet éducatif ou de l’établissement qui doit contribuer à la citoyenneté ».

Cette différence de régime entre les enseignements officiel et catholique s’explique, selon le patron du SEGEC, dans le fait que, « dans la laïcité militante, la notion de citoyenneté est difficilement conciliable avec des références convictionnelles et religieuses », que ce courant veut voir relever de la sphère privée uniquement. Or, « toute l’histoire de l’éducation chrétienne montre au contraire l’intérêt de conjuguer la préoccupation de la citoyenneté avec des références convictionnelles ».

L’argument ne cache-t-il pas une volonté de préserver deux heures de religion attaquées par d’aucuns ? Pour Étienne Michel, ces visions du monde ne sont pas « en contradiction majeure », car le référentiel de citoyenneté sera appliqué partout, malgré des modalités un peu différentes. Mais « c’est certain que dans le monde laïc, il y a eu une volonté de réduire la part de l’enseignement de la religion dans l’enseignement officiel, ce qui ne nous est pas apparu d’une pertinence évidente au vu de la tradition chrétienne de l’éducation ».

BELGA Publié le vendredi 19 août 2016 à 16h23 

 [i] « L’école chrétienne a donc la conviction qu’elle n’humanise en plénitude qu’en ouvrant à Dieu et au Christ. La mission de l’école chrétienne est ainsi une vocation toujours à remplir. » Mission de l’école chrétienne, Conseil général de l’enseignement catholique, 2007

[ii] Cadre européen de référence sur les conditions d’un enseignement public interculturel de qualité relatif aux religions et autres convictions. PEPIN, L., L’enseignement relatif aux religions dans les systèmes scolaires européens, Tendances et enjeux, Network of European Foundations – NEF, 2009

Les attentats et le cygne noir.

Depuis vendredi dernier, le discours constant des médias a mis la menace terroriste à l’avant plan. A chaque interview, la demande faite au politique est la même : ‘rassurez-nous’. Et, bien évidemment, sous la pression médiatique, le mandataire développe un discours destiné à faire croire que ‘tout est sous contrôle’ parce que les responsables politiques ont, maintenant, pris des mesures pour prévenir la répétition d’événements … qu’ils n’avaient pourtant pas prévus hier.

Le nez sur l’urgence, les médias sont pleins de non-informations et usent des heures et des heures d’antenne pour nous dire … qu’ils ne peuvent rien nous dire maintenant, mais que plus tard …, un petit jeu qui peut se répéter ad libitum.

Outre que ce procédé génère du stress, il repose sur une série de postulats erronés qui témoignent dans le chef des journalistes, mais aussi dans celui des politiques, d’un certain mépris du citoyen que ces acteurs importants de la société semblent considérer comme incapables d’affronter certaines vérités difficiles.

1° il renforce l’illusion que le risque zéro existe. Certes, certains politiques glissent çà et là que ‘le risque zéro n’existe pas’ (Didier Reynders, cette semaine, p.ex.), mais ils ne dépassent jamais le stade de l’affirmation brute. Or, chacun sait que l’argument d’autorité sans la pédagogie qui l’accompagne n’a pas beaucoup de chance d’influencer un comportement. Réduire cette affirmation à une formule creuse, tout en répétant à tout bout de champ que ‘la menace est imminente’, n’est sans doute pas la meilleure démarche d’information du public.

2° il renforce une idée commune, mais le plus souvent fausse, que l’on peut tirer des enseignements utiles des événements qui ont eu lieu. Certes, un certain nombre de mesures réduiront quelques risques identifiés, mais trouveront leur limite dans l’incapacité de réduire totalement le risque surtout quand celui-ci est imprévu.

3° il surestime l’efficacité du fameux ‘principe de précaution’, censé nous mettre à l’abri du terrorisme, de l’obésité et du réchauffement climatique. Chacun sait que ce principe, poussé à l’extrême, paralyse toute forme de vie sociale ou même de vie tout court. En matière alimentaire, à force de supprimer l’alcool, le tabac, les additifs, le sucre, le sel, on finit par manger quoi. On peut évidemment penser que le suicide est le meilleur moyen d’éliminer définitivement le risque de cancer, mais qui suivrait cette logique jusqu’au bout ?

4° enfin, ces discours politiques ou médiatiques négligent trop souvent les enseignements qu’on peut tirer de la théorie du cygne noir que les spécialistes de l’analyse du risque doivent à un chercheur libano-américain Nassim Nicholas Taleb.

C’est le poète latin Juvénal qui, le premier, parle d’un chose rare comme quelque chose de comparable à un cygne noir. Quand, il écrit son texte, il pense, légitimement que sa comparaison est d’autant plus pertinente que personne, à son époque n’a vu de cygne noir et qu’on peut donc croire que cet oiseau n’existe tout simplement pas. Juvénal ne sera démenti qu’en 1697, quand le cygne noir sera découvert en Australie.

Un cygne noir est donc un événement hautement improbable (ce qui conduit à penser qu’il est simplement impossible). Le cygne noir présente deux caractéristiques simples : il surprend totalement les observateurs et il a un impact important. On voit ici que ces deux caractéristiques s’appliquent parfaitement aux événements actuels. L’apparition d’un cygne noir a aussi une conséquence : les observateurs réagissent à l’événement en faisant comme si l’événement était prévisible. Dès lors, il convient de s’interroger sur les raisons qui ont empêché de prédire son occurrence voire sur les conditions qui ont favorisé son apparition (voir le mauvais procès fait aujourd’hui à Ph. Moureaux). Autant dire que cette croyance renforce un certain nombre de réflexes psychologiques et entretient un certain nombre d’idées fausses ou d’illusions. Or, le cygne noir met en évidence un principe qui se résume ainsi : il y a les choses que l’on sait, celle qu’on sait qu’on ne sait pas … et celles qu’on ne sait pas qu’on ne sait pas ! Ce sont ces dernières qui produisent les événements imprévisibles.

Être conscient que les cygnes noirs existent a un grand intérêt, si on en tire des enseignements utiles. Cela oblige à admettre que, non seulement, le risque zéro n’existe pas, mais encore que certaines réponses destinées à réduire ce risque sont inutiles et inadaptées. Cela devrait donc amener le politique à admettre sa relative impuissance et à limiter toute gesticulation sécuritaire inutile. Cela devrait aussi amener le public à cesser d’exiger d’être en totale sécurité partout et toujours Une revendication d’autant plus absurde que nous acceptons tous, tous les jours, de courir des risques. Tous les ans, des milliers d’automobilistes perdent la vie, mais nous prenons toujours la route. Tous les ans, des passagers meurent dans des accidents d’avion ou de train, mais nous nous déplaçons toujours. Vingt mille (!) personnes meurent chaque année en France dans des accidents domestiques et nous continuons à vivre.

Le problème c’est que, face à une menace, nous avons tendance à plaquer des grilles de lecture rationnelles sur des événements dont les motivations ne le sont pas toujours. Pendant la deuxième guerre mondiale, les londoniens se sont persuadés que les V1 visaient des cibles précises. Et de nombreux habitants ont donc déménagé vers des zones ‘plus sures’. A posteriori, les études ont démontré que ces engins tombaient au hasard (notamment à cause de leur consommation de carburant aléatoire et de leur système de guidage approximatif), mais cette réalité n’était pas audible parce que nous aimons, et particulièrement dans nos sociétés de haute technologie, penser que tout est rationnel et parfaitement ordonné.

Il ne s’agit donc pas de renoncer à combattre l’EI, ni de renoncer à mettre au point de nouveaux dispositifs de sécurité. Il s’agit d’accepter que nous n’avons pas une totale maîtrise de notre destin ni de notre environnement. Que les mesures prises pour empêcher les attentats d’hier et d’avant-hier ne peuvent pas garantir une protection absolue contre les attentats de demain puisque ceux-ci prendront, probablement et conformément à la théorie du cygne noir, une forme totalement inédite. Et, surtout, qu’il faut réduire, autant que faire se peur, le nombre d’événements totalement imprévisibles, en essayant de penser l’impensable. Ce constat montre que la lutte contre le terrorisme requiert des moyens supplémentaires pour les services de renseignement, plutôt que davantage de policiers ou de militaires devant les écoles ou les cinémas.

Contrairement à ce qu’ils pensent, le rôle des des politiques n’est pas de nous protéger d’événements imprévisibles. Leur rôle est plutôt d’aider la société à fonctionner, aux magasins de rester ouverts, aux restos de servir leurs clients, aux métros de rouler. Nous avons vécu pendant plus de trente ans sous la menace de la guerre atomique, mais le Docteur Folamour avait bien appris à ‘aimer la bombe et à ne plus s’en faire’.

Au JT de ce dimanche à 13h, un mandataire communal justifiait les mesures prises parce qu’on ne pouvait exclure des risques pour les grands rassemblements, les lieux symboliques, etc. A ce compte-là on ne rouvrira plus aucune école, plus aucune salle de spectacle avant vingt ans. Prisonniers de la mode de la chasse aux responsables, il est difficile de lui faire reproche de ce discours, mais il est néanmoins impossible de le trouver pertinent. Peut-on à la fois dire ‘même pas peur’ et mettre une ville à l’arrêt pour plusieurs jours parce qu’il pourrait se passer quelque chose ? Ne vaut-il pas mieux ressortir le slogan d’une époque où la menace était davantage une certitude qu’une hypothèse : keep calm and carry on ?

Bataille de Braine-l’Alleud – bicentenaire reporté à 2023 !

La Belgique est un pays extraordinaire. Le seul capable de se tirer une balle de mousquet dans le pied en passant à côté d’une opportunité majeure à cause de l’ego démesuré de politiciens de village.

En deux jours, la presse s’est fait l’écho de deux mauvaises nouvelles à propos du bicentenaire de la bataille de Waterloo ?

La première concerne l’annulation de l’attribution du marché pour le mémorial de Waterloo. Je n’ai pas approfondi les nombreux rebondissements de cette malencontreuse saga. La seule leçon vraiment importante à en tirer c’est qu’à 16 mois de la commémoration personne ne peut dire  qui assumera la mise en œuvre de ce projet clé. Rivalités, conflits d’intérêts et l »inébranlable optimisme du ministre de tutelle sont quelques-uns des ingrédients de cet imbuvable feuilleton.

La deuxième info est encore – involontairement – plus drôle. Vous ne le saviez pas, moi non plus, mais le génialissime bourgmestre de Braine-l’Alleud vient de décider que la bataille de Waterloo, ça n’existe pas ! Disciple d’Orwell, l’immortel auteur de 1984, il entend réécrire l’histoire. On ne dira donc plus ‘Lion de Waterloo’, mais ‘Butte du Lion (de Braine-l’Alleud)’ et ‘bataille de Waterloo’, mais ‘bataille de Braine l’Alleud’   .

Attention, ne me faites pas dire  ce que n’ai pas dit, le mayeur de Braine est un homme raisonnable. Waterloo Bridge et Waterloo Station ne seront pas débaptisées. Il faut bien reconnaître que, pour un anglais, B l’A c’est plus difficile à prononcer que Waterloo.

Bien entendu, comme tout potentat local, notre édile prétend protéger les intérêts –économiques – de sa communauté. Il va donc, en toute logique, intimer au Michelin l’ordre de ne plus faire allusion à Waterloo – un nom connu dans le monde entier – parce que les touristes pourraient ne pas louer de chambre dans un hôtel de sa belle commune. Évidemment, celle-ci dispose d’un stock illimité de chambres, il n’y pas moyen (sur Booking.com, p. ex.) de déterminer un rayon dans lequel effectuer sa recherche, etc. Comme si, à Stonehenge, tout le monde logeait dans le B&B le plus proche !

Alphonse Allais disait que les Anglais étaient des gens bizarres. Alors que les Français donnent aux rues et aux places des noms de victoires (Marengo, Iéna, Austerlitz, etc.), les Anglais leur donnent des noms de défaites (Waterloo, Trafalgar). Nous, nous sommes gouvernés par des génies …

Pour conclure, rappelons à ceux qui l’ignorent que la bataille de Waterloo ne porte ce nom que parce que la dépêche de Wellington annonçant la victoire était datée de Waterloo. Dommage pour Braine-l’Alleud. Mais, comme dit un des personnages de l’Homme qui tua Liberty Valance, ‘quand la légende devient la vérité, alors il faut publier la légende’. Et dire que Blücher aurait voulu qu’on parle de la ‘Bataille de la Belle-Alliance’. On se demande ce qu’en auraient pensé les mayeurs de Braine et de Waterloo.

Hollande, ou la laïcité à genoux.

Nous connaissons tous l’expression  ‘aller à Canossa’. Et, ceux d’entre nous qui ne sont pas tout à fait incultes savent qu’elle fait référence à un épisode moyenâgeux. On peut comprendre qu’à l’époque un empereur du Saint-Empire romain germanique s’humilie devant un successeur de Pierre. Le problème, c’est que nous sommes en 2014, pas en 1077.

On ne peut donc que s’étonner que le ‘capitaine de pédalo’ aille, de son plein gré, se faire remonter les bretelles par ce cher François.

J’ai l’esprit large et je ne souhaite pas stigmatiser le pêcheur repentant. Que le président de la République aille demander l’absolution pour ses frasques sexuelles ne me choque pas. Mais, si je ne m’abuse, le citoyen Hollande ne donne pas l’impression d’être un chrétien fervent. Ni de respecter sans faillir le commandement ‘tu ne commettras pas l’adultère’ ? Par contre, et je ne crois pas m’abuser non plus, l’ex premier secrétaire  du PS est bien devenu  le président d’une  république laïque.

 

Dès lors, les défenseurs de la séparation des Églises et de l’État, de la laïcité me semblent en droit d’attendre de ce président un minimum de cohérence.

On ne doit pas rejeter complètement l’idée du dialogue. En 2014, il ne peut plus être question de diabolisation.  En présidant pendant dix ans l’initiative ‘Une âme pour l’Europe – éthique et spiritualité’, j’ai beaucoup appris dans ce domaine. Faire dialoguer la transcendance et l’immanence ou la liberté de penser et le dogme est compliqué. Mais, en aucun cas, ce dialogue ne saurait être asymétrique.

Nous ne sommes pas d’accord sur des choses fondamentales (la transcendance, le péché originel, le libre arbitre), nous pouvons nous retrouver sur des enjeux importants (la tension entre les choix éthiques et les choix économiques, par ex.), mais, à aucun moment, je ne pourrais accepter d’être traité avec mépris parce que je ne crois pas en un être supérieur ou en un texte sacré. Autrement dit, les fondements de mon éthique sont différents des vôtres, mais ils ne sont en rien inférieurs.

J’en reviens donc à Hollande et à son pèlerinage à Canossa. Quoiqu’il se dise, les médias ont déjà fait leur travail. Hollande  ne va pas rencontrer le Pape et discuter avec lui d’égal à égal, il va rencontrer l’incarnation de quelque chose qui le dépasse (et donc, d’une certaine manière qui dépasse les citoyens qu’il représente).

Il ne va pas dire au Papz que la pertinence de l’opinion de François (ce type sympa qui n’a jamais désavoué les dictateurs de son pays) sur le mariage gay ou l’euthanasie n’a pas plus de pertinence que  l’avis de Nabila sur le boson d’Englert et consorts. Il ne va pas dialoguer, il va s’humilier et boire la bonne parole. Il ne va pas défendre ses choix, il va cirer les mules.

Après avoir renié le socialisme, Hollande renie aujourd’hui la laïcité et ça, c’est impardonnable.

Souvenons-nous donc des paroles du Semeur :

Rome tremble et chancelle devant la vérité

Groupons-nous autour d’elle contre la Papauté.

 

Dutroux reste en taule. Quelle surprise ?

Ainsi, l’info du jour c’est donc la non-libération de Marc Dutroux. On ne peut que s’extasier devant la capacité des medias à faire une info avec rien. 

Parce que, enfin,  qui pouvait vraiment prendre au sérieux l’hypothèse d’une libération de Dutroux aujourd’hui ? Qui, sauf les citoyens lambda, lobotomisés par la lecture quotidienne de la DH (la liste peut être complétée par le nom d’autres supports qui contribuent avec constance à l’abrutissement collectif) ou la consultation, tout aussi assidue, des JT de RTL ou de la RTBF (tiens, si on les fusionnait ces deux-là, ça ferait des économies d’échelle !) ont pu croire que ce monsieur allait sortir libre du TAP ?

Mais si vous vous demandez encore si ceci est innocent, permettez-moi de vous livrer quelques clés d’interprétation.

1° Semer le doute quant à l’intégrité de la justice est une manière de saper la démocratie. Certes, comme tout système, la justice a ses faiblesses. Mais reconnaissons d’abord que, depuis de trop nombreuses années, le politique prive cette institution des moyens nécessaires à sa modernisation, garante de son efficacité. Il n’empêche qu’une justice indépendante est, sans doute, le premier rempart d’une société libre.

Pour revenir à Dutroux, rappelons qu’il y a des règles. Le cas Dutroux est, a priori, simple. Ou c’est un monstre qui n’a plus sa place dans la société, et alors il fallait être cohérent et réclamer pour lui la peine de mort, ou c’est un détenu – certes problématique – mais qui doit suivre le sort commun et qui doit bénéficier des garanties que notre système judiciaire lui accorde. Parmi celles-ci le droit de demander sa libération, à charge pour lui de prouver qu’il remplit les conditions pour l’obtenir.

Tout le monde aurait sans doute compris qu’un des parents d’une des victimes de Dutroux ait empoigné une arme et ait tué celui-ci. Mais la justice a été inventée – justement – pour mettre fin à la vengeance personnelle, à la loi du talion et à d’autres systèmes du même type. Pourquoi  les medias sont-ils incapables d’expliquer au citoyen de base que la justice moderne crée une médiation entre le délit, le délinquant et la société ? Et pourquoi semble-t-il si difficile d’expliquer que, plus les victimes auront leur mot à dire, moins on ira dans le sens d’un progrès, mais, au contraire, plus on retournera vers des pratiques moyenâgeuses.

Lire la suite de ‘Dutroux reste en taule. Quelle surprise ?’

Mariage pour tous, la France réac se réveille !

Dimanche, la France réac manifestera. La France historique. Celle de Jeanne d’Arc, de Maurras, de Pétain… de Marine Le Pen. Cette France des fusilleurs versaillais, des persécuteurs de Dreyfus, des corbeaux de la deuxième mondiale aussi. Cette France noire, qui à intervalles réguliers parvient à faire oublier que la patrie des droits de l’homme est une république laïque, me rend parfois très fier de vivre dans notre petite monarchie qui a su, en l’espace de 30 ans, dépénaliser l’avortement et l’euthanasie et admettre le mariage homosexuel.

Précisons-le d’emblée, je ne suis pas un partisan du mariage. Comme Brassens, je chante volontiers j’ai l’honneur de ne pas te demander ta main. Je pense aussi que le mariage n’a pas d’autre raison que de régler socialement des questions de patrimoine. La distinction  – aujourd’hui disparue de notre code civil – entre un enfant naturel et un enfant légitime, n’avait pas d’autre objet. Tous les enfants sont, par définition, naturels, en ce compris si leur naissance passe par la fécondation artificielle ou les mères porteuses.

L’argumentation des opposants au mariage pour tous qui ne voient pas de salut en dehors du schéma un père, une mère, un ou des enfants ne résiste pas longtemps à l’examen. Des millions d’enfants n’ont pas grandi dans ce modèle idéal. Ceux placés en nourrice par des parents soucieux de mener une vie mondaine confortable, ceux privés d’un papa parti à la guerre ou marin au long cours, ceux élevés par la mère, la grand-mère, etc. Dans d’autres civilisations, le modèle n’est pas plus présent et, en fin de compte, le triangle père, mère, enfant est moins la condition d’un développement harmonieux de ce dernier qu’un outil de protection de l’ordre moral.

Ce qui m’inquiète le plus dans ce qui se passe en France aujourd’hui c’est cette nouvelle poussée de fièvre de la France réac, mais aussi de la relative impuissance de ce pays à gérer le pluralisme.

La laïcité française paraît, dans des moments comme celui-ci, une notion bien formelle, presque désincarnée. Elle semble en fait bien impuissante pour faire preuve du pragmatisme nécessaire à permettre à la liberté individuelle de s’exprimer dans l’espace social.

Ce samedi soir les journaux télévisés mettent parfaitement ce problème en lumière. RTL et la RTB rendent compte – avec la sobriété qui sied en la circonstance – de l’euthanasie de deux jumeaux de 45 ans, sourds de naissance qui devenaient progressivement aveugles. La loi belge leur aura permis de mettre fin dignement à une existence qui ne leur convenait plus. Qui pourrait les en blâmer ?

Antenne 2 rendait, pour sa part, compte de la participation de trois personnages médiatiques à la manifestation de demain. À côté de Frigide Barjot, grande pècheresse en phase de reconquête d’une place au paradis, on retrouve l’évêque de Bayonne et un général à la retraite, ancien commandant de la région militaire de Paris, merveilleuse illustration de l’alliance entre le sabre et le goupillon ! Que ce dernier soit contre le mariage des pédés peut être mis sur le compte de la déformation professionnelle. On peut être le dernier des enculés et ne pas aimer les fiottes ! Que l’autre explique – en termes aussi abscons qu’onctueux – qu’il est prêt à absoudre les homos à condition qu’ils rentrent dans le rang (j’ai failli écrire dans les ordres) et que sa présence à la manifestation n’est pas du cléricalisme, n’a rien de surprenant non plus.

Espérons qu’Hollande tienne bon. La question ici n’est pas tant l’intérêt réel ou supposé du mariage pour tous. Elle est plutôt la capacité ou non d’une société à aménager ses législations pour permettre aux citoyens d’exercer leur libre arbitre pour autant que cela ne porte pas préjudice aux autres.

Les arguments des opposants au mariage pour tous sont assez lamentables et masquent mal les préjugés qui les sous-tendent, mais je m’étonne du silence assourdissant des défenseurs du projet. L’exemple malheureux de la querelle de l’école à l’époque de Mitterrand n’a apparemment pas servi de leçon aux laïques français. Ils ne devraient pas oublier que la république laïque est aussi la fille ainée de l’église.

Dans l’UMP, le meilleur c’est le croupion !

Ah, les amis français ! Pas moyen d’être déçu, quand il s’agit de politique, on peut toujours espérer un degré de plus dans l’absurde. Le belge chauvin y verra sans doute une vaine tentative de nous battre sur le terrain du surréalisme, mais, reconnaissons-le, l’effort est méritoire.

Le grotesque feuilleton qui se construit jour par jour autour de la présidence de l’UMP est l’illustration parfaite de ce combat dérisoire que toutes les histoires belges de Coluche n’effaceront pas.

Élection en France semble inévitablement renvoyer à bourrage d’urnes, fraudes et autres tricheries. C’est une tradition bien établie, la mère –autoproclamée de la démocratie et des droits de l’homme trimbale une longue histoire inspirée du principe ‘faites ce que je dis, pas ce que je fais’ démenti par des détails de l’histoire comme la prise de pouvoir de Napoléon III, celle de Pétain ou les référendums  du général de Gaulle.

Sachant cela, il y avait sans doute mieux à faire que de confier le contrôle de la validité des votes à une commission nationale des recours dont – ô surprise – personne n’a relevé que l’acronyme donnait CONARE. Certes, l’orthographe ne correspond pas, par contre quand on prononce … !

Aujourd’hui, un nouveau record est battu. Cependant, connaissant le manque de maîtrise quasi absolue de la langue anglaise qui règne au sud de Maubeuge, je ne doute pas que la brillante idée de François Fillon ne soit pas goûtée à sa juste mesure par les français moyens.

Le perdant des élections truquées a décidé de se démarquer du groupe UMP à l’assemblée nationale en regroupant ses partisans sous une nouvelle appellation : RUMP. Je ne sais pas ce que signifie l’acronyme en français, mais, en anglais, le résultat vaut son pesant de cacahuètes. Rump signifie croupion. Mais encore ? personne dans l’entourage de l’ex premier de Sarko n’a probablement de connaissance suffisante de l’histoire d’Angleterre pour savoir qu’au pays de James Bond rump et parlement font un mélange détonnant.   Le ‘Rump Parliament’ (parlement croupion) a sur la conscience la mise à mort de Charles Ier.

Mais peut-être mon analyse est-elle fausse de bout en bout ? Fillon est entourée de fins connaisseurs de la langue de Shakespeare. En choisissant pour son groupe parlementaire cette appellation lourde d’un sens caché, il envoie peut-être un message subliminal à son adversaire : tout cela finira mal. Y a-t-il quelqu’un chez Copé qui parle anglais ?

Elections communales. Une parodie de démocratie ?

 

Il n’y a que les citoyens naïfs – et Zeus sait qu’ils sont nombreux – qui célébreront la « fête de la démocratie » qu’auraient dû être les élections communales de ce dimanche 14 octobre.

Certes nous ne sommes ni dans la Russie de Staline, ni dans l’Italie mussolinienne ou dans l’Allemagne nazie. Pourtant, ce lâche soulagement ne devrait pas nous dispenser de nous pencher sérieusement sur le fonctionnement de notre système représentatif. Et, sans vouloir révolutionner celui-ci de fond en comble, il faudrait au moins en limiter les dérives. Il faudrait aussi, avec constance, expliquer à un citoyen sous-informé (ou submergé d’informations inutilisables, ce qui revient au même), le dessous des cartes.

En vieux cynique, je me sens bien placé pour aider mes concitoyens moins informés de certaines subtilités de notre système. Un mode d’emploi de la démocratie pour les nuls en quelque sorte.

L’illusion du choix.

Le citoyen pense avoir le choix de ses élus. Oui, mais … . Le citoyen ignore généralement que l’ordre des candidats sur la liste est déterminant. Celui-ci permet de faire élire  des candidats qui comme on dit ‘ne feraient pas leur siège tout seul’.  Placer en deuxième  ou en  troisième place après un gros faiseur de voix un candidat pas très populaire, permet à celui-ci de bénéficier d’un mécanisme que pas grand monde ne comprend : ‘l’effet dévolutif de la case de tête’. Je ne porte pas de jugement. Le système permet de faire élire des gens compétents mais pas populaires (popularité et compétence n’ont malheureusement pas toujours des rapports  étroits). Il pousse aussi souvent à faire élire des apparatchiks, des bons petits soldats du système, dont la servilité est le seul moteur.

Qui détermine l’ordre ?  Dans le cas des communales, ce choix revient à chaque section locale, selon des modalités que chacune détermine. Selon les cultures de chaque groupe, les constitutions de listes seront plus ou moins démocratiques. Quelques balises ont été fixées par d’autres niveaux de pouvoir (quota de femmes, p.ex.), mais des marges de manœuvre existent : comment sera garantie la mixité, y aura-t-il des quotas par communautés, comment gérera-t-on la question des cumuls, etc. ?

Devant son bulletin de vote, le citoyen a  donc le choix – y compris d’influencer l’ordre  de présentation des candidats sur la liste – mais ce choix est limité par des décisions prises – en très petit comité – dans des sections locales de partis qui ont perdu un nombre significatif de leurs adhérents. L’époque des polls – ces préélections qui ressemblaient en plus petit aux ‘primaires’ américaines – est  bien révolue.  Quand les listes sont constituées par des sections locales qui pourraient tenir leurs assemblées générales dans cabines téléphoniques, pire quand elles sont élaborées par deux ou trois personnes, la démocratie y trouve-t-elle encore son compte ?

 

Les accords pré et post électoraux.

Le système électoral belge est indissociable du principe de représentation proportionnelle. Son corollaire est donc inévitablement l’accord électoral. Celui-ci intervient quasi toujours  après le scrutin (les majorités absolues sont rares et pas toujours bien assumées, ce qui  pousse à des élargissements dont la feinte générosité ne devrait pas abuser l’observateur impartial). Parfois, l’accord précède l’élection. On parle alors de préaccord et, dans ce cas, il est de deux espèces. Soit les partenaires assument et rendent leur accord public – sans pour autant rentrer dans le système de cartel qui consiste pour deux partis à se présenter ensemble à l’élection –  soit ils gardent  le secret. Dans les deux cas,  les signataires seront critiqués. S’ils se déclarent, on (les exclus de l’accord, bien entendu)  les accusera de fausser le jeu électoral.  S’ils ne disent rien, on les accusera – a posteriori – de magouille, s’ils respectent l’accord, ou de trahison, s’ils ne le respectent pas.

En politique, il serait totalement naïf de croire que les promesses d’avant scrutin puissent lier les partenaires. L’adage ‘pacta sunt servanda’ n’a pas cours ici. Le seul maître analyste en l’occurrence ne peut être que Machiavel et sa conviction que ce qui compte c’est la ‘verita effetuale della causa’. Autrement dit ce qui est bon et juste, c’est ce qui permet de gagner, d’emporter le pouvoir. Et cette stratégie, étroitement liée au résultat du scrutin peut se modifier pour un siège de plus ou de moins.

C’est la mise en œuvre de ce principe qui explique plusieurs rebondissements de ce dimanche soir. Laurette Onkelinx critiquant le barrage qui lui a été opposé par l’alliance LB, Ecolo, CDH à Schaerbeek; Martine Payfa  victime d’une coalition de battus, Philippe Moureaux débarqué à cause d’une partie de billard à trois bandes. Les listes MR défaites pour avoir obéi aux consignes du président du parti . Ce n’est pas antidémocratique, comme le rappellent tous les politologues. C’est peut-être immoral, mais la morale et la politique n’ont pas de liens vraiment étroits. En écrivant des lignes, je ne peux m’empêcher de penser aux répliques du Mariage de Figaro. La politique ? Mais c’est l’intrigue que tu me décrits ! »,dit le comte. « Politique, intrigue, mais c’est que je les crois un peu jumelles ! », répond l’audacieux Figaro On ne saurait mieux dire et les idées du sieur Caron, devraient être régulièrement  rappelées à tout notre personnel politique.

A cela s’ajoute un phénomène  nouveau, l’ingérence des états majors qui influencent les choix locaux en fonction d’enjeux régionaux, voire mieux. La querelle Kir/Demannez, les stratégies MR/FDF et autres montrent que l’indépendance des communes, tout comme la prépondérance des enjeux purement locaux appartiennent à une époque bientôt révolue. Les communes bruxelloises ne sont pas encore fusionnées, mais l’illusion du schaerbeekois  ou de l’anderlechtois maître chez lui vit certainement  ses dernières années.

 

Les dérives du ‘stemblok’.

Il y a une trentaine d’années, les élections communales permettaient le ‘panachage’.  Ce mécanisme – qui constituait un véritable casse-tête pour les malheureux volontaires chargés du dépouillement – permettait à l’électeur de voter en faveur de candidats figurant sur différentes listes. il s’agissait en fait d’entériner le fait qu’au niveau communal on vote plus par sympathie que par idéologie et que l’on peut faire confiance à X et à Z indépendamment des listes sur lesquels ils se présentent. Par ailleurs, les spécialistes de l’ingénierie politique ont, depuis longtemps, mis au point le système du stemblok. Pour faire simple disons qu’il s’agit d’un mécanisme qui consiste, par le biais de consignes de votes savamment orchestrées, d’influencer l’ordre de la liste d’un parti. Puisque les candidats sont élus en fonction de leur voix de préférence, un stemblok bien organisé permet une sorte d’effet de ‘saute mouton’ par lequel des candidats bénéficiant d’un soutien particulier passeraient par dessus  la tête d’autres dépourvus de ce même soutien. La pratique n’est pas neuve. Elle servait autrefois dans les partis traditionnels à régler des comptes entre ‘tendances’ ou ‘courants’ divers. Aujourd’hui, le stemblok semble être devenu ethnique. Et il gagne en efficacité à mesure que les réformes électorales successives ont réduit l’effet dévolutif de la case de tête. Ceux qui s’inquiètent de la montée du communautarisme feraient bien de s’interroger sur l’impact de ce mécanisme.  Pourquoi ne pas supprimer la case de tête et, dans le même temps, limiter le choix par préférence à un candidat ? On éliminerait à la fois l’effet pervers de la dévolution et celui – encore plus antidémocratique – du stemblok.

 

Le désert programmatique.

Ah où est le bon vieux temps des positions radicales ?  Quand reverra –t-on les affiches des campagnes d’antan ?  Fini l’époque où l’on pouvait inviter le citoyen à voter ‘contre les cléricaux, pour le  cartel des gauches’, où l’on savait si on allait voter pour le ‘coup de balai’ ou contre Rex.

Aujourd’hui – mis à part le catalogue interminable de promesses qui ne seront probablement jamais concrétisées -  qu’est -ce qui distingue des programmes que sépare l’épaisseur d’une feuille de cigarette ? L’habillage (graphisme, couleurs, etc.), le sourire des candidats (souvent retouchés grâce à Photoshop), et une surenchère de marques de bonne volonté.

Ces caractéristiques, qui relèvent beaucoup plus de la communication que de la politique, masquent surtout un extraordinaire vide programmatique. L’analyse fine des dépliants électoraux de 2012 montrent que tout le monde est d’accord sur l’essentiel et que personne ne se démarque sur rien.  Mis à part bien entendu les groupuscules extrémistes qui se démarquent sur tout, mais d’une manière tellement ridicule que leur score électoral est heureusement  inversement proportionnel à leur stupidité. Le positionnement hyper consensuel  des partis de pouvoir facilite évidemment les accords post-électoraux. Avant 1914, réconcilier cléricaux et bouffeurs de curés était aussi probable de réconcilier aujourd’hui De Wever et Maingain. Par contre, une alliance Courtois/Thielemans ou Schepmans/Turine n’est pas vraiment de nature à émouvoir les foules.

Admettons-le, nous sommes entrés dans une époque gestionnaire. Nous avons besoin d’un personnel politique compétent, qui puisse porter des projets.  Mais la complexité de la société contemporaine, la multiplication des niveaux de pouvoir, le cadenassage des règles et des procédures a tué le rêve. Les élections communales d’aujourd’hui sonnent le glas des grands municipalistes. Ceux qui ont des visions voient celles-ci obscurcies par les stratégies de la région ou du Fédéral. Ceux qui n’en ont pas, patientent  tranquillement en profitant d’une rente de situation ou en attendant de passer à l’échelon supérieur. Reste, parmi les élus, un certain nombre de bons serviteurs de la cause locale et du service au citoyen. En limitant leurs ambitions, ils servent vraiment la démocratie.

Avec un taux d’abstention de 20% à Bruxelles, un contexte où l’on se dit que le jeu préféré est ‘je te tiens, tu me tiens par la barbichette’, ceux qui comme moi ne sont plus des amoureux enthousiastes, mais tout au plus des amants désabusés se demandent forcément qui réenchantera la politique locale, premier rempart de la démocratie.

Rendez-vous en terre inconnue – la RTBF à Namur.

 

Le JT de ce vendredi 28 octobre a vraiment battu des records de bêtise. Le téléspectateur qui tente de résister – difficilement — à  la lobotomisation que nous inflige notre chaîne nationale a sans doute tiqué sur la suite de reportages ou d’infos données lors de la diffusion du JT de 19 h 30.

La journaliste nous sert d’abord la doxa officielle, à savoir que le 27 septembre, fête de la « Fédération Wallonie-Bruxelles » (wadesda veu nen bazaar ?) serait la «  fête de tous les Bruxellois ». L’exemple même de déclaration dont la stupidité ne le cède en rien à ses équivalents flamingants du style ‘tous les soldats morts sur l’Yser sont des flamands’ ou ‘la bataille des Éperons d’Or était un conflit linguistique’.

Que les Bruxellois francophones se reconnaissent dans la Communauté française de Belgique (seule appellation constitutionnelle) est une chose. Que le gouvernement de ce machin qu’une simplification institutionnelle pourrait utilement rayer de la carte embrigade, à leur corps défendant, les Bruxellois néerlandophones dans une Fédération qui sort des ‘matières personnalisables’ (culture, enseignement, etc.) pour entrer dans une logique régionale ne me paraît pas conforme à la loyauté fédérale. Je veux bien défendre les droits des francophones de la périphérie, mais ce genre de démarche affaiblit la cause qu’elle prétend défendre.

 

Mais la RTBF, semble parfois confondre info et divertissement. Improvisant dans la foulée, le JT nous a gratifiés d’un digest de ‘Rendez-vous en terre inconnue’. On connaît le concept de l’excellente émission de Frédéric Lopez. Emmener une personnalité vivre quelques jours avec une population la plus exotique possible. Évidemment, la RTBF, vu ses moyens financiers limités ne pouvait emmener personne en Papouasie ou dans les Tuamotou. Le JT a donc fait de son mieux avec ce qu’il a en amenant quelques Bruxellois à Namur.

Je n’ai pas été déçu. Ethnographiquement, le reportage était beaucoup plus instructif que l’émission originale. Moi qui suis Bruxellois (et fier de l’être), j’ai beaucoup appris. Imaginez-vous que les Namurois sont, presque, des gens comme nous. Enfin presque, parce que le journaliste a trouvé une indigène qui a souligné que nous les Bruxellois, ‘nous sommes gentils’, on ‘ne pose pas de problèmes’ même si, comme elle l’analyse finement ‘c’est quand même pas la même mentalité ‘

Le reportage nous a permis aussi de découvrir que, contrairement à une idée répandue dans la capitale (celle du pays, pas de la Wallonie), les Namurois ne sont pas aussi sous-développés qu’on ne le craignait. L’esbaudissement de nos Beulemans découvrant qu’il y a un piétonnier à l’ombre de la citadelle n’avait rien à envier à l’étonnement de Stanley retrouvant Livingstone ou à celui d’une vedette du show-biz découvrant un frigo dans la case d’un chef Massaï.

Vraiment, je paierai dorénavant ma redevance TV avec beaucoup plus d’enthousiasme. Je considère comme un devoir civique de soutenir une institution qui fait autant d’efforts pour promouvoir l’esprit critique, développer l’analyse historique et – surtout – favoriser la compréhension entre les peuples.

Après avoir ressorti Jules Destrée d’un oubli dans lequel son racisme foncier devrait le maintenir à tout jamais, je me demande si la Fédération ne va pas renouer avec des pratiques ancestrales. A un stand aux fêtes de Wallonie où l’on exhibera des Molenbeekois ou des Everois pour leur jeter des petits bouts de tarte à l’djote ou de vieux Herve, les fêtes de l’Iris rendront la pareille en gavant les tribus gaumaises ou tournaisiennes d’ettekeis et de pain à la grecque.

Dans un 21e siècle un peu confus, la Fédération Wallonie-Bruxelles nous aura fait faire un grand pas en avant vers le moyen-âge.

Jules Destrée, un raciste wallon ?

 

On connaît parfois l’Institut Jules Destrée, qui fait parler de lui aujourd’hui, jour de distribution de médailles pour les défenseurs de la wallonitude, On connaît sans doute moins Jules Destrée, l’homme politique.

Les gens cultivés savent qu’il est l’auteur d’une célèbre » lettre au Roi », adressée à Albert 1er en 1912 et d’une célèbre formule : « Sire, il n’y a pas de Belges ! ». L’inculture générale, puissamment aidée par la machine à décerveler médiatique, fait l’impasse sur le contenu de cette fameuse lettre.

Moi-même, je l’avoue, j’ai découvert aujourd’hui l’effarant contenu de ce texte qui vouerait son auteur – s’il avait été flamand (ou allemand) – aux gémonies par tous les militants de l’antiracisme. Destrée, et l’Institut qui porte son nom bénéficient, en Wallonie et à Bruxelles, d’une image favorable. Pourtant, à y regarder de plus près, la pensée de Destrée est sans doute une des clés interprétatives du radicalisme flamand.

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