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les humanistes et la Commission européenne – dialogue de sourds ?

C’est malheureusement la conclusion à laquelle on aboutit après le compte rendu de la réunion de “dialogue” organisée avec les “humanistes” à l’initiative du Parlement européen.

Cette rencontre s’inscrit dans la dynamique qui résulte de l’application de l’article 17 du traité de Lisbonne qui invite les institutions européennes à “un dialogue ouvert et transparent avec les églises et les organisations non confessionnelles”

Le reportage montre que certains responsables politiques ont une idée assez curieuse de la signification de cette phrase.

Ayant présidé pendant dix ans l’initiative de dialogue “une âme pour l’Europe – éthique et spiritualité” lancée par Jacques Delors en 1994, je mesure avec regret les reculs que nous enregistrons dans ce domaine.

Certes le dialogue avec les représentants des grandes organisations religieuses n’était pas facile. Et la COMECE qui représente les conférences épiscopales européennes a toujours éprouvé des difficultés à se distancier de ses tendances cléricales, mais la bonne volonté était souvent réelle et un dialogue constructif souvent possible. Ici on se trouve confronté à une accumulation de stratégies non dénuées d’arrières-pensées.

Inviter au même moment des humanistes (majoritairement athées et anticléricaux) et des obédiences maçonniques (dont certaines clairement spiritualistes) est déjà curieux ou pervers. Les traiter avec le mépris et la désinvolture que l’on peut voir est proprement scandaleux.

Quant à la conclusion de M. Tokes, elle est franchement comique. Évidemment qu’un certain nombre de ses invités sont des anticléricaux. Je lui conseille vivement d’essayer de comprendre en quoi son attitude ne risque pas de calmer leur détermination.

Un dialogue de sourds, vraiment.

http://www.youtube.com/user/canalcal?blend=1&ob=video-mustangbase

Des assises interculturelles prévisibles.

On aurait sans doute pu écrire d’avance les conclusions de ces fameuses assises de l’interculturalité tant les observateurs attentifs pouvaient – compte tenu de la composition du comité – se douter de ce qui allait sortir de ce processus. Le résumé des 63 pages du texte tient en quelques lignes.
- Une attaque frontale contre la laïcité politique et contre la neutralité des services publics.
- Une tentative de confessionnalisation de l’enseignement officiel.
- Un choix clair en faveur du communautarisme ethnicoreligieux plutôt que pour une vision républicaine du vivre ensemble.
- Une tentation omniprésente de stigmatiser les valeurs occidentales.

À cela, il convient d’ajouter un nombre important de propositions manquant de réalisme ou de clarté. Au total donc un texte sans surprise, superficiellement consensuel qui, lors de chaque tentative de mise en œuvre des propositions qu’il contient, ne facilitera pas le débat.

Une attaque contre la laïcité et la neutralité des services publics.

La démarche des assises repose sur des choix idéologiques clairs.
- La nécessité de gérer les problèmes potentiellement posés par les flux migratoires ;
- Le présupposé selon lequel les immigrés sont nécessairement discriminés par une société finalement aussi accueillante qu’on ne pourrait l’espérer ;
- L’importance accordée à la religion dans la politique globale de l’identité des individus.
Par contre, on ne trouve pas grand-chose sur le fait que les immigrés, ou les minorités devraient s’inscrire dans un cadre national (compte tenu de la situation politique actuelle, cette lacune s’explique, elle n’en est pas moins interpellante).

À cet égard, ce que le rapport fixe comme objectif à l‘enseignement est particulièrement éclairant :
« Le Comité de pilotage est convaincu qu’une interculturalisation de notre enseignement est indispensable si nous voulons garantir l’égalité des chances pour tous les élèves. Cette interculturalisation doit s’attacher à diverses cibles : l’enseignant, l’élève, les programmes, la culture de l’école (notamment pour ce qui est de l’usage de la langue), l’attitude par rapport aux convictions philosophiques et religieuses et, enfin, les relations avec les parents et le milieu extrascolaire. » [p.31]. En d’autres termes, il faut que l’école gère Babel, avec comme seules armes des moyens largement insuffisants et les pieuses intentions du rapport.

Les considérations relatives à l’apprentissage des langues ne sont guères plus réalistes. On aimerait vraiment savoir comment la proposition suivante sera mise en pratique : « Certaines parmi les langues parlées au sein des minorités ethniques, culturelles et/ou religieuses sont reliées d’importantes langues de culture, dont la maîtrise peut constituer un atout pour notre économie internationale. Conformément à l’objectif d’interculturalisation, l’apprentissage de certaines de ces langues doit être proposé à tous les élèves. Seule cette option peut offrir une pleine reconnaissance
à ces langues qui peuvent être utiles à tous, tout en faisant partie du patrimoine symbolique des élèves issus de certaines minorités ethniques, culturelles et/ou religieuses, même s’ils ne les parlent pas ».
[p.43]

Une tentative de confessionnalisation de l’enseignement officiel.

Pour les défenseurs d’un enseignement officiel neutre, certaines propositions du rapport sont particulièrement choquantes. Car il ne fait aucun doute que les assises recommandent bien un traitement différencié entre les deux grands réseaux d’enseignement et que l’école catholique se voit, de fait, exemptée de prendre le problème de l’interculturalité en charge de la même manière que le réseau officiel. Comment, en effet, comprendre la proposition suivante : « le comité de pilotage préconise qu’au cours du processus qui doit mener à la promulgation des décrets organisant le port des signes convictionnels à l’école, un espace de concertation soit ouvert avec l’enseignement libre avec l’objectif d’unifier autant que possible la manière dont les différents réseaux abordent ces questions ».[p.49] Autrement dit, l’enseignement catholique pourra continuer, au nom de la spécificité de son projet pédagogique, à interdire le foulard que l’enseignement officiel et neutre sera contraint d’accepter.
Ceux qui pensent que nous exagérons liront avec intérêt la remarque de la p.47 condamnant sans équivoque l’interdiction du port du foulard dans les Hautes Écoles de l’enseignement officiel. L’argument invoquant le fait que les étudiants sont majeurs fait bon marché du fait que – pour les catégories pédagogiques à tout le moins – les élèves font des stages dans des écoles qui interdisent le port du voile et dont les enseignants sont soumis à l’obligation de neutralité.

Enfin, le rapport admet qu’il n’y a pas eu d’accord sur la problématique des signes convictionnels pour ce qui concerne les enseignants. Mais, à aucun moment, le rapport ne rappelle l’existence des décrets qui existent en CFWB et qui règlent actuellement ce problème. On peut donc en déduire qu’implicitement au moins, les Assises sont plutôt favorables à l’abandon de ce principe sacrifié sur l’autel du respect des convictions individuelles.

Je me limiterai ici à ces deux analyses. Mais je rejoins les remarques contenues dans l’avis minoritaire d ‘Édouard Delruelle quand il regrette que le rapport « avalise la vision d’une société divisée entre une « majorité » culturellement dominante et des « minorités » qui ne seraient pas suffisamment reconnues en tant que telles ». Ce choix est clairement idéologique et inspiré par une vision, largement répandue dans les milieux religieux, selon laquelle l’identité religieuse est un fondement incontournable de l’identité collective, mais aussi de l’identité individuelle. Cette thèse fait partie intégrante de la stratégie vaticane de lutte contre la sécularisation de l’Europe, mais elle est plus ou moins reprise par toutes les traditions religieuses qui considèrent l’athéisme ou l’incroyance comme un échec, un drame, voire une aberration intellectuelle. Il est donc bien difficile de donner du crédit à un document qui utilise des concepts comme le pluralisme ou la tolérance pour soumettre des parts plus larges de l’espace public – à commencer par l’école – aux prescriptions religieuses.
Il s’agit là d’un retour du religieux qui – à l’inverse de ce que le rapport semble penser – n’améliorera pas le vivre ensemble. A l’heure où le Pape condamne le laïcisme de l’Espagne (parce qu’on y a légiféré de manière à renforcer un certain nombre de libertés de choix comme l’euthanasie, l’avortement ou les orientations sexuelles) et appelle à une réévangélisation nous sommes convaincus que maintenir, autant que possible, les religions – et leur potentiel de certitudes et donc d’intolérance – dans la sphère privée est la seule garantie d’un vrai pluralisme.
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anticléricalisme ou guerrre de religion ?

Pacha (voir le commentaire de mon article sur Amnesty et la burqua) veut m’entraîner sur un terrain glissant. Il n’appartient pas aux laïques de départager les bonnes et les mauvaises religions. Comme le disait un jour le chanoine Pierre de Locht, que j’ai eu le plaisir (et l’honneur) de fréquenter un peu, toutes les religions ont une propension intrinsèque à l’intolérance. Opposer une religion catholique fréquentable à un Islam nécesssairement intolérant et menaçant est, au mieux, une erreur explicable par l’ignorance, au pire un préjugé sans fondement.

En prenant un recul historique suffisant, l’intolérance catholique (et – dans une moindre mesure – protestante) n’a rien à envier au fanatisme des fondamentalistes islamiques d’aujourd’hui.

Mon interlocuteur se méprend sur beaucoup de choses. Je ne veux pas éradiquer l’héritage chrétien (comment cela se pourrait-il ?).  Et je ne pense certainement pas que le dilemne se  réduise à des idées simples comme celle du choc des civilisations. Respecter la religion catholique et les valeurs chrétiennes (dont nous serions naturellement proches) pour nous protéger de la menace islamique est une manière facile, mais dangereuse de définir les limites du débat. Quand Pacha impute à la religion islamique des qualificatifs comme intolérante, théocratique ou ennemie de la pensée libre, je m’interroge sur sa connaissance du christianisme et de l’histoire d’une religion qui doit inscrire l’inquisition à son palmarès.

Certes, le catholicisme d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec la religion totalitaire (et je pèse mes mots) du Moyen âge ou de la Renaissance. Mais ce serait un contre sens que de croire que l’aggiornamento  qu’à connu l’église catholique au 20è siècle soit le produit d’une évolution naturelle. Pacha devrait se souvenir que les Droits de l’homme ont été solennellement condamnés, en plein 19è siècle, par le Pape et rangés au rang des idées dangereuses du siècle par le Syllabus (tout comme la liberté de la presse d’ailleurs!). L’acceptation du pluralisme par l’église catholique ne résulte pas de l’esprit d’ouverture des Papes successifs mais de l’évolution sociétale (en ce compris la capacité de résistance des catholiques de base face aux ukases d’un magistère qui continue à rappeler régulièrement ses prétentions à assurer la police de la pensée des fidèles).

Avec un recul de plus d’un millénaire, le match entre les bons chrétiens et les mauvais musulmans (ou l’inverse) est probablement nul en terme d’horreurs commises au nom de la religion. Ne me demandez pas de choisr entre deux totalitarismes protentiels alors que je combat pour la liberté de croire en dehors des cadres dogmatiques. Ne me demandez pas non plus de choisir Mgr Léonard comme bouclier pour me protéger de Tariq Ramadan. Ces deux messieurs (et leurs homologues) n’hésitent d’ailleurs pas à faire cause commune sur des dossiers comme l’avortement, l’euthanasie, la condamnation de l’homosexualité, la recherche sur les cellules souches, etc.  Obscurantistes de toutes chapelles, unissez-vous. 

Enfin, Pacha répète, pour justifier le financement des cultes, un argument éculé et inexact. Le financement des cultes n’est pas une compensation. D’abord parce que – contrairement à se qui s’est passé dans d’autres pays – l’église catholique et les congrégations religieuses belges n’ont jamais été spoliées (sinon il faudra qu’on m’explique pourquoi les Jésuites possèdent autant de biens immobiliers à Namur). En finançant les divers cultes reconnus,   le législateur à reconnu le rôle social des cultes (c’est d’ailleurs l’argument déterminant lors de la reconnaissance), c’est à dire sa capacité à créer du lien social et à rendre une service à la population. L’importance des moyens alloués à l’église catholique pouvait peut être se comprendre quand il y avait plus de nonante pourcent de baptisés, aujourd’hui que ce chiffre est en forte baisse, la mise en place d’une nouvelle clé de répartition (à défaut d’un alignement sur le système français) me paraît le minimum de ce qu’exige l’équité entre les différentes convictions.

Burqa interdite ? Amnesty et le Centre pour l’Egalité se trompent

Les droitsdel’hommistes se déchainent contre le vote intervenu hier à la Chambre. Ils sont choqués par cette décision qu’ils estiment attentatoires à la liberté d’expression (?) et à la liberté religieuse.  

Remarquons que ces deux organisations ne disent pas un mot des problèmes de sécurité que posent le port de la burqua ou du niquab. Et, comme je ne suis que très modérément paranoïaque, je ne parle pas ici du risque d’attentats kamikazes. Mais, beaucoup plus trivialement, que devra faire l’institutrice maternelle quand une dame, totalement non identifiable, viendra chercher son neveu ou son cousin à l’école et que l’on s’apercevra, après mais trop tard qu’ils’agissait d’une malade mentale en mal d’enfant ?

La sacralisation de la liberté religieuse dont Amnesty semble soudain se faire le chevalier blanc ne se justifie par aucun texte légal. Jamais la Cour des droits de l’homme de Strasbourg n’a dit que cette liberté était absolue ni qu’il serait interdit de la limiter pour des raisons d’ordre public.

Rappelons d’abord que le port de ces tenues ne découle pas d’une obligation religieuse explicite ou univoque. Il s’agit en l’espèce d’un « choix  » (et il faut demander aux femmes afghanes ce qu’elles en pensent) imposé par le machisme, la mode ou une volonté d’affirmation communautaire. Nombre de musulmanes croyantes vivent très bien leur foi sans ces colifichets. Est-il si scandaleux de demander à  une minorité de se fondre davantage dans la masse?

je vais vous faire un aveux. Moi qui suis un athée avéré, j’ai songé à me convertir. Après tout, les reconversions spirituelles sont légions ces derniers temps. Je pensais choisir le jaïnisme, une religion syncrétiste de l’Inde et me faire digambara (ceux qui vont vêtus de ciel). Ceci implique donc que je vivrais nu ! Je serais curieux de savoir si Amnesty se mobilisera pour défendre mon droit à la liberté religieuse?

 Parmi ceux qui me lisent, nombreux sont ceux qui vont croire que je me moque, c’est mal connaître mon respect du lecteur. Je vous invite donc à taper jaïnisme  sur le net et à juger par vous même.

Agiter les bons sentiments comme le font AI et le Centre passe peut être très bien dans les salons bourgeois. Mais cette approche de la liberté religieuse – qui profite surtout à un islam radical et ultra minoritaire – n’est pas réaliste. Notre société moderne et pluraliste doit se protéger des bigots qui veulent profiter des espaces de liberté qu’elle leur offre. Cessons d’être dupes de gens qui exigent de nos valeurs des libertés qu’ils nous refuseraient au nom des leurs. 

Pour le surplus, la sacralisation des croyances ou des pratiques religieuses et le refus de les réguler est intenable au regard de la diversité culturelle d’aujourdh’hui. Au nom de quoi accepter la burqua et refuser la nudité jaïn ? Pourquoi accepter l’ensevelissement sans cercueil des musulmans et refuser l’exposition aux oiseaux de proie des parsis (il n’y a pas beaucoup de vautours en Belgique mais les corneilles abondent, elles mettront juste un peu plus de temps) ou les bûchers publics des hindous ? Pourquoi, enfin, si un groupe ressuscitait la religion des aztèques, refuser à ces adeptes le droit d’arracher le coeur à des victimes sacrificielles ?

La vision anglo-saxonne de la liberté religieuse mène d’abord aux communautarismes et à la création de ghettos, elle conduit aussi - très facilement -aux  dérives sectaires.  Dans les pays de tradition laïque, le confinement (comme on emploie le terme dans le du nucléaire) de la religion dans la sphère privée a pour objectif premier de maintenir la paix civile. Ce n’est pas pour rien que le concept est né dans un pays durement éprouvé par les guerres de religion. L’autre avantage c’est qu’il n’est pas nécessaire de séparer le bon grain de l’ivraie. Le jaïn n’ira pas tout nu et la musulmane ne portera pas la burqua. Ni l’un ni l’autre ne devront pas remettre en cause les fondamentaux de leur croyance (les religeuses catholiques ont-elles perdu la foi depuis qu’elles portent un habit civil ?) juste leurs signes extérieurs. Depuis quand cela constitue-t-il une discrimination ? Je suis athée. J’ai du mal à comprendre la foi des croyants mais je la respecte quand elle est profond et sincère. Par contre, la bigoterie, la confusion entre la conviction personnelle et intime et l’ostentation perpétuelle m’irritent et m’effraient. on a trop souvent vu les religions se transformer en police de la pensée pour ne pas se méfier un peu d’elles. Comme le disait très justement un jour le chanoine Pierre de Locht « les religions une propension intrinsèque à l’intolérance ».Voilà ce que les démocrates ne doivent jamais oublier et qui ôte toute pertinence aux arguments pro-burqua.

Du concret au symbolique – un appel à la communauté musulmane.

La fête du mouton, comme on l’appelle improprement, est, sans discussion, un événement religieux majeur pour la communauté musulmane. Elle devient, personne ne le niera non plus, un sujet de controverse de plus en plus évident.

Sans vouloir donner de leçons, je pense qu’il faut cependant inviter la communauté musulmane en général, et l’Exécutif des musulmans de Belgique en particulier, à s’interroger sur les choix de société qu’impose l’exercice du culte islamique et le respect de certaines traditions quand ils sont confrontés à la modernité et aux réalités de la vie citadine.

Je peux parfaitement comprendre l’attachement d’une communauté de croyants à des moments forts de la religion qu’ils pratiquent. Encore faut-il que ces croyants comprennent dans quel contexte ils souhaitent manifester cet attachement et s’interroger sur la possibilité – voire la nécessité – d’adapter à ce contexte les manifestations de sa dévotion. Cette idée d’adaptation, de réinterprétation de la jurisprudence religieuse, est d’ailleurs un concept central dans la doctrine musulmane connu sous le nom d’ijtihad.

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Mésentente européenne – le désaccord fondateur

L’Europe doit-elle se fonder sur une mésentente? La présence de la référence religieuse dans la future Constitution européenne fait des vagues. Pour l’auteur, ce “désaccord fondateur’) pourrait pourtant servir de ciment à la “nouvelle Europe”. Il propose la recherche d’un «consensus par confrontation» ou chacun abandonne l’objectif d’imposer son point de vue à l’autre.

La préparation de la future Constitution de l’Union européenne a relancé le débat entre partisans et adversaires de la relégation du fait religieux dans la sphère privée. Deux champs de bataille se sont ouverts : le préambule de la Constitution et L’article 51 (anciennement 37) qui permettra de régler les relations entre les institutions et les organisations religieuses ou philosophiques.

La question de La référence è Dieu ou à L’héritage chrétien a soulevé des débats aussi passionnés qu’intéressants. Alors que les textes fondateurs de la construction européenne ont toujours souligné la volonté d’intégrer La diversité culturelle, l’introduction dans le projet de Constitution d’une référence explicite à Dieu a été ressentie par certains, et bien évidemment par les athées, comme une volonté de les exclure ou de leur imposer la référence à une transcendance dans laquelle ils ne se reconnaissent pas. La référence à l’héritage chrétien ou judéo-chrétien paru, elle, faire des apports des autres traditions, antiques, celtes ou musulmanes.

Un débat polarisé

Dans le domaine plus terre-à-terre des contacts organisés entre les institutions européennes et les lobbies, l’article 51 a soulevé d’autres passions. Dans la mesure où l’article 46 de la future Constitution organisera le dialogue avec la société civile, était- il nécessaire, par le biais de l’article 51, de donner un statut apparemment privilégié aux Eglises et autres organisations religieuses? Même si, dans un souci d’équilibre, les organisations non confessionnelles sont également mentionnées, les défenseurs de la laïcité se sont indignés dace traitement différencié, injustifié à leurs yeux. Les défenseurs de l’article 51 argumentent que les Églises ont une place à part dans la société civile et que ceci justifie pleinement un article différent. Les opposants soulignent que la vraie justification de l’article se trouve dans l’incapacité de certaines Églises, et en particulier l’Église catholique, de rencontrer les critères de transparence et d’indépendance que la Commission européenne compte fixer pour ces dialogues.

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Religion et culture


Je me suis assez longuement interrogé sur la manière dont j’approcherais ma contribution à cette journée. La problématique est en effet souvent évoquée mais les angles d’attaque sont très variés et n’étant, tous comptes faits, spécialiste d’aucun domaine précis, ma liberté était assez grande et donc mon incertitude devant le choix à faire aussi. 
Une récente conversation avec un ami historien et philosophe m’a donné le petit déclic qui me manquait. Je partirai donc, comme lui d’une distinction entre l’ethnos (έθνός) et le laos (λάος). Universaliste, l’humanisme a choisi le laos, qui est tout le peuple femmes, esclaves et barbares compris plutôt que l’ethnos, le peuple dans son acception étroite, rejetant ceux qui n’en font pas partie pour cause de sexe, de langue, de couleur. Mais, on le sait, l’universalisme n’est pas sans poser son lot de problèmes et j’accepte donc que cette approche soit critiquée. Partant de la constatation que les juifs ont toujours considéré le judaïsme comme une religion particulariste et nationale, le professeur Avi Ravitzky, développait l’analyse suivante «Demandons-nous à nouveau si cette idée ouvre la voie à la tolérance ou à l’intolérance. Je répondrai à l’une et à l’autre. D’une part, ce qui est crucial à mon avis, le particularisme permet le pluralisme. Si votre foi, votre idéologie laïque ou religieuse est universelle, le danger d’une position exclusive et totalitaire est très proche, car si vous prétendez que votre religion ou votre idéologie doit être acceptée immédiatement par tout un chacun, cela risque de fermer la porte à toute autre option légitime. Ici paradoxalement, le dénominateur commun humain est si large qu’il n ‘existe pas de place pour l’autre. Je vous considère comme un miroir. Vous ne le savez pas encore, mais vous comprendrez un jour que vous n ‘avez pas d’autre choix que de devenir chrétien, musulman ou membre d’une autre religion universelle.»[1] L’analyse est intéressante et pour l’humaniste, interpellante à double titre. Notre mouvement est héritier des Lumières. A ce titre, il s’inspire souvent du modèle laïque français dont les formes les plus pures sont franchement universalistes. L’autre courant qui influence notre mouvement est d’inspiration anglo-saxonne et s’inscrit dans une tradition fortement influencée par le pluralisme néerlandais. Nous sommes donc familiarisés avec les débats portant sur le respect strict du modèle laïque français ou sur la manière d’assurer un vrai pluralisme. Mes amis laïques français les plus radicaux me font souvent le reproche de ne pas partager leur enthousiasme pour des idées qu’ils défendent avec, je le reconnais, une grande conviction. Il y a longtemps en fait que j’ai cessé de croire que la religion puisse être, seulement et obligatoirement, une affaire privée, et qu’elle doive – ou même qu’elle puisse – être exclue du champ social. Les religions sont dans le monde parce qu’elles sont du monde, il s’agit de l’admettre et de partir de là. Il s’agit aussi de constater et d’admettre qu’il existe d’autres clés d’interprétation du monde que celles que donnent les religions et qu’une spiritualité laïque est possible. 

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