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Anti fuites, Joëlle Milquet choisit Pampers.

La CFWB, cultive l’art de faire les choses à moitié, ce qui constitue, sous la direction éclairée de la ministre actuelle, une assez bonne version pédagogique de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf.

Mme MILQUET vient de marquer, une fois de plus, l’enseignement de son empreinte en proposant de nouvelles procédures pour éviter des fuites au moment de l’organisation des épreuves communes d’évaluation externe organisées dans notre système éducatif depuis quelques années.

On se souviendra que l’origine de toute cette agitation remonte à des ‘fuites’ (?) qui ont (auraient) eu lieu en juin dernier. C’est à dessein que nous recourons à des précautions, non pas oratoires, mais scripturaires parce qu’a bien y réfléchir, on ne sait pas grand-chose de ce dossier.

On aimerait, par exemple, que les journalistes fassent un point précis sur quelques questions intéressantes : combien d’écoles ont été concernées ; les fuites étaient-elles de vraies fuites ou de simples erreurs de manipulation ? Combien d’agents (directions, profs, etc.) ont été soumis à une procédure disciplinaire dans ce contexte et, surtout, combien ont été sanctionnés ?
En l’absence de précisions sur l’impact que ces fuites ont réellement eu, on ne peut s’empêcher de penser que toute cette opération de communication gonfle l’importance, toute relative, de ces épreuves.  On peut admettre qu’elles ne manquent pas d’intérêt pour le pilotage de l’établissement, mais il faut avoir le courage de reconnaître qu’elles ne constituent pas un véritable système commun d’évaluation. Certes, la réussite du CE1D peut influencer le parcours de l’élève, mais cela ne constitue pas un couperet définitif. Quant aux épreuves de 6è secondaire, elles se limitent à deux disciplines : le français et l’histoire … pas de quoi se comparer au baccalauréat français.
La situation est donc paradoxale, en CFWB on évalue mal (parce que la fiabilité des épreuves est contestable et leur construction beaucoup trop empirique pour garantir de la fidélité sur le moyen terme) mais on évalue beaucoup. Par contre, on se garde bien de tirer des conséquences trop radicales de ces évaluations. Quel est, par exemple, l’utilité réelle du CEB avec son taux de réussite supérieur à 95%, sinon vendre de l’illusion que tout le monde peut tout réussir ? En quoi un échec aux deux épreuves obligatoires de fin du secondaire empêchera-t-il vraiment l’étudiant d’obtenir son CESS et d’aller s’inscrire à l’université ? Et, dès lors, pourquoi s’étonner qu’ un système qui ne régule pas par la réussite d’épreuves de sélection (le bac et les concours, pour prendre comme référence le système français), régule par l’échec (au premier degré du secondaire à cause de l’inconsistance du CEB, en première année du secondaire, à cause de CESS attribués de manière indiscriminée.

Les fuites ont fait scandale (en tout cas c’est le message que la Ministre a voulu faire passer). Admettons. Par contre, personne ne semble se soucier des conditions de passation de l’épreuve. Cela a-t-il un sens de retirer aux profs la responsabilité d’élaborer les épreuves, tout en leur laissant la responsabilité de les administrer ? Autrement dit, faut-il jeter l’opprobre sur un préfet qui a donné un corrigé à un prof avant l’heure fatidique alors que personne ne peut empêcher les enseignants d’aider leurs élèves pendant la passation de l’épreuve ? Qu’on ne se méprenne pas, je n’insinue pas que tous les enseignants sont des tricheurs, je dis seulement qu’il n’est pas très utile de barder la porte de rue de verrous quand on laisse la porte du jardin grande ouverte.

Devant autant de questions de simple bon sens qui restent sans réponse, la baudruche du plan Pampers de la lutte contre les fuites, gonflé à l’hélium par notre incontournable ministre amuse peut-être le politique, mais se dégonfle d’une simple piqûre d’épingle. Par contre, comme le soulignait le président d’AIDE, alors que les chefs d’établissement pleurent pour qu’on allège leur charge de travail, Mme Milquet a encore trouvé le moyen de leur compliquer un peu la vie.

Les attentats et le cygne noir.

Depuis vendredi dernier, le discours constant des médias a mis la menace terroriste à l’avant plan. A chaque interview, la demande faite au politique est la même : ‘rassurez-nous’. Et, bien évidemment, sous la pression médiatique, le mandataire développe un discours destiné à faire croire que ‘tout est sous contrôle’ parce que les responsables politiques ont, maintenant, pris des mesures pour prévenir la répétition d’événements … qu’ils n’avaient pourtant pas prévus hier.

Le nez sur l’urgence, les médias sont pleins de non-informations et usent des heures et des heures d’antenne pour nous dire … qu’ils ne peuvent rien nous dire maintenant, mais que plus tard …, un petit jeu qui peut se répéter ad libitum.

Outre que ce procédé génère du stress, il repose sur une série de postulats erronés qui témoignent dans le chef des journalistes, mais aussi dans celui des politiques, d’un certain mépris du citoyen que ces acteurs importants de la société semblent considérer comme incapables d’affronter certaines vérités difficiles.

1° il renforce l’illusion que le risque zéro existe. Certes, certains politiques glissent çà et là que ‘le risque zéro n’existe pas’ (Didier Reynders, cette semaine, p.ex.), mais ils ne dépassent jamais le stade de l’affirmation brute. Or, chacun sait que l’argument d’autorité sans la pédagogie qui l’accompagne n’a pas beaucoup de chance d’influencer un comportement. Réduire cette affirmation à une formule creuse, tout en répétant à tout bout de champ que ‘la menace est imminente’, n’est sans doute pas la meilleure démarche d’information du public.

2° il renforce une idée commune, mais le plus souvent fausse, que l’on peut tirer des enseignements utiles des événements qui ont eu lieu. Certes, un certain nombre de mesures réduiront quelques risques identifiés, mais trouveront leur limite dans l’incapacité de réduire totalement le risque surtout quand celui-ci est imprévu.

3° il surestime l’efficacité du fameux ‘principe de précaution’, censé nous mettre à l’abri du terrorisme, de l’obésité et du réchauffement climatique. Chacun sait que ce principe, poussé à l’extrême, paralyse toute forme de vie sociale ou même de vie tout court. En matière alimentaire, à force de supprimer l’alcool, le tabac, les additifs, le sucre, le sel, on finit par manger quoi. On peut évidemment penser que le suicide est le meilleur moyen d’éliminer définitivement le risque de cancer, mais qui suivrait cette logique jusqu’au bout ?

4° enfin, ces discours politiques ou médiatiques négligent trop souvent les enseignements qu’on peut tirer de la théorie du cygne noir que les spécialistes de l’analyse du risque doivent à un chercheur libano-américain Nassim Nicholas Taleb.

C’est le poète latin Juvénal qui, le premier, parle d’un chose rare comme quelque chose de comparable à un cygne noir. Quand, il écrit son texte, il pense, légitimement que sa comparaison est d’autant plus pertinente que personne, à son époque n’a vu de cygne noir et qu’on peut donc croire que cet oiseau n’existe tout simplement pas. Juvénal ne sera démenti qu’en 1697, quand le cygne noir sera découvert en Australie.

Un cygne noir est donc un événement hautement improbable (ce qui conduit à penser qu’il est simplement impossible). Le cygne noir présente deux caractéristiques simples : il surprend totalement les observateurs et il a un impact important. On voit ici que ces deux caractéristiques s’appliquent parfaitement aux événements actuels. L’apparition d’un cygne noir a aussi une conséquence : les observateurs réagissent à l’événement en faisant comme si l’événement était prévisible. Dès lors, il convient de s’interroger sur les raisons qui ont empêché de prédire son occurrence voire sur les conditions qui ont favorisé son apparition (voir le mauvais procès fait aujourd’hui à Ph. Moureaux). Autant dire que cette croyance renforce un certain nombre de réflexes psychologiques et entretient un certain nombre d’idées fausses ou d’illusions. Or, le cygne noir met en évidence un principe qui se résume ainsi : il y a les choses que l’on sait, celle qu’on sait qu’on ne sait pas … et celles qu’on ne sait pas qu’on ne sait pas ! Ce sont ces dernières qui produisent les événements imprévisibles.

Être conscient que les cygnes noirs existent a un grand intérêt, si on en tire des enseignements utiles. Cela oblige à admettre que, non seulement, le risque zéro n’existe pas, mais encore que certaines réponses destinées à réduire ce risque sont inutiles et inadaptées. Cela devrait donc amener le politique à admettre sa relative impuissance et à limiter toute gesticulation sécuritaire inutile. Cela devrait aussi amener le public à cesser d’exiger d’être en totale sécurité partout et toujours Une revendication d’autant plus absurde que nous acceptons tous, tous les jours, de courir des risques. Tous les ans, des milliers d’automobilistes perdent la vie, mais nous prenons toujours la route. Tous les ans, des passagers meurent dans des accidents d’avion ou de train, mais nous nous déplaçons toujours. Vingt mille (!) personnes meurent chaque année en France dans des accidents domestiques et nous continuons à vivre.

Le problème c’est que, face à une menace, nous avons tendance à plaquer des grilles de lecture rationnelles sur des événements dont les motivations ne le sont pas toujours. Pendant la deuxième guerre mondiale, les londoniens se sont persuadés que les V1 visaient des cibles précises. Et de nombreux habitants ont donc déménagé vers des zones ‘plus sures’. A posteriori, les études ont démontré que ces engins tombaient au hasard (notamment à cause de leur consommation de carburant aléatoire et de leur système de guidage approximatif), mais cette réalité n’était pas audible parce que nous aimons, et particulièrement dans nos sociétés de haute technologie, penser que tout est rationnel et parfaitement ordonné.

Il ne s’agit donc pas de renoncer à combattre l’EI, ni de renoncer à mettre au point de nouveaux dispositifs de sécurité. Il s’agit d’accepter que nous n’avons pas une totale maîtrise de notre destin ni de notre environnement. Que les mesures prises pour empêcher les attentats d’hier et d’avant-hier ne peuvent pas garantir une protection absolue contre les attentats de demain puisque ceux-ci prendront, probablement et conformément à la théorie du cygne noir, une forme totalement inédite. Et, surtout, qu’il faut réduire, autant que faire se peur, le nombre d’événements totalement imprévisibles, en essayant de penser l’impensable. Ce constat montre que la lutte contre le terrorisme requiert des moyens supplémentaires pour les services de renseignement, plutôt que davantage de policiers ou de militaires devant les écoles ou les cinémas.

Contrairement à ce qu’ils pensent, le rôle des des politiques n’est pas de nous protéger d’événements imprévisibles. Leur rôle est plutôt d’aider la société à fonctionner, aux magasins de rester ouverts, aux restos de servir leurs clients, aux métros de rouler. Nous avons vécu pendant plus de trente ans sous la menace de la guerre atomique, mais le Docteur Folamour avait bien appris à ‘aimer la bombe et à ne plus s’en faire’.

Au JT de ce dimanche à 13h, un mandataire communal justifiait les mesures prises parce qu’on ne pouvait exclure des risques pour les grands rassemblements, les lieux symboliques, etc. A ce compte-là on ne rouvrira plus aucune école, plus aucune salle de spectacle avant vingt ans. Prisonniers de la mode de la chasse aux responsables, il est difficile de lui faire reproche de ce discours, mais il est néanmoins impossible de le trouver pertinent. Peut-on à la fois dire ‘même pas peur’ et mettre une ville à l’arrêt pour plusieurs jours parce qu’il pourrait se passer quelque chose ? Ne vaut-il pas mieux ressortir le slogan d’une époque où la menace était davantage une certitude qu’une hypothèse : keep calm and carry on ?

Cours de citoyenneté, défaite laïque ?

Le décret créant le cours de citoyenneté a été voté, dans un certain enthousiasme, cette semaine. Comme toujours en matière d’enseignement ce texte est un compromis, et, comme trop souvent, ce compromis sera défavorable aux défenseurs de la laïcité. Ce qui est grave ici c’est l’ampleur de la défaite qui s’annonce.

À cette occasion, Le Centre d’Action laïque a publié le communiqué de presse suivant :

« Le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’apprête à voter ce mercredi un décret « relatif à l’organisation d’un cours et d’une éducation à la philosophie et à la citoyenneté ».

 

La Déclaration de politique communautaire, ciment de la coalition au pouvoir, prévoyait de remplacer une des deux heures de religion ou de morale par un cours de citoyenneté dans l’enseignement officiel. Il n’est donc pas négligeable d’avoir obtenu dans le dernier compromis gouvernemental la mise en place d’un véritable cours de deux heures pour ceux qui demanderont la dispense de l’heure de religion ou de morale.

 

Si ce progrès – pour autant qu’il se réalise – est à saluer, le projet de décret qui sera soumis au vote du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne paraît toujours pas à la hauteur des enjeux.

 

Parmi les nombreux écueils (procédure dérogatoire et délai prévu pour créer ces cours, exonération pour le réseau privé de devoir dispenser-lui- un véritable cours …), relevons-en deux.

 

Primo, l’article 5 du projet énonce qu’« à partir de la rentrée scolaire 2020-2021, les enseignants des cours philosophiques devront obligatoirement avoir un titre pédagogique pour dispenser le cours de philosophie et de citoyenneté ou l’éducation à la philosophie et à la citoyenneté ». Est-ce à dire que des « professeurs » dépourvus de tout titre pédagogique pourront « enseigner » en Fédération Wallonie-Bruxelles? Qu’un professeur de cours philosophique nommé pourra donner le futur cours, à tous les élèves, sans posséder de titre pédagogique? Imaginerait-on un seul instant laisser un élève dans une classe de mathématiques dont le professeur serait dépourvu de tout titre requis? Nous comprenons bien le souci de maintenir l’emploi, mais pas au détriment de l’enseignement et de l’intérêt des enfants.

 

Et, surtout, comment procéderont les professeurs accrédités par les différents cultes pour aborder les questions de philosophie et de citoyenneté en s’émancipant des positions adoptées par ceux-là mêmes qui les ont nommés? Prenons un exemple simple de sujet citoyen: les attaques contre l’IVG en Europe. Un professeur de religion pourrait-il en parler sereinement si le chef du culte qui l’a nommé a clamé haut et fort que l’IVG est un péché mortel? Poser la question, c’est y répondre…

 

C’est, rappelons-le pour cette raison que le CAL n’a jamais souhaité s’impliquer dans la nomination des professeurs de morale et ne le demandera jamais. Le cours de morale n’est pas « un cours de religion parmi les autres » et n’a jamais été organisé comme tel. L’organisation et l’inspection des cours de morale non confessionnelle ont toujours été laissées aux seuls pouvoirs publics: les maîtres de morale sont recrutés et nommés par les pouvoirs organisateurs et les programmes définis par la Communauté française.

 

Second écueil, tous les élèves de l’enseignement officiel bénéficieront d’un cours commun d’une période, mais ils continueront à être séparés pour la seconde heure entre, désormais, 7 options: religion (catholique, islamique, israélite, protestante, orthodoxe), morale non confessionnelle ou « deuxième heure de cours de philosophie et de citoyenneté ». L’objectif de mettre fin à une organisation complexe, coûteuse, séparant les enfants n’est absolument pas rencontré. Le maintien de cette heure de religion ou de morale, avec la possibilité de dispense, vient encore compliquer l’organisation de l’école publique.

 

Différents acteurs du monde enseignant, réunions au sein du Centre d’étude et de défense de l’école publique (CEDEP), avaient formulé une proposition plus simple: instaurer un cours de philosophie et de citoyenneté de 2h obligatoire pour tous les élèves tout en proposant, de manière optionnelle et à la demande, un cours de religion ou de morale non confessionnelle hors grille.

 

La Constitution aurait été parfaitement respectée, l’intérêt supérieur de nos enfants aussi.

 

À l’heure où notre société vit de trop nombreux replis communautaires sur une base confessionnelle, l’école doit être un outil majeur d’émancipation et de citoyenneté qui permette de conjuguer les différences sans les opposer. Puissent nos responsables politiques ne jamais l’oublier. »

 

Ce texte ne peut manquer de surprendre ceux d’entre nous qui connaissent bien les subtilités de l’organisation de l’enseignement et donc des pièges potentiels que recèle toute  initiative législative dans une matière aussi sensible que celle des ‘cours philosophiques’.

 

Manifestement le CAL ne mesure pas l’ampleur du mauvais coup que l’on vient de jouer au cours de morale et, accessoirement à l’enseignement officiel. On ne peut pas dire que le communiqué exprime une grande indignation. Il soulève certes quelques questions pertinentes et tente de mettre en garde par rapport à des dérives. Mais, grosso modo, le communiqué considère malgré tout le compromis comme un progrès par rapport à la situation ancienne, ce qui témoigne soit d’une bonne dose d’optimisme, soit d’un grand aveuglement.

 

À juste titre, le CAL remarque que le nouveau système ne répond pas à l’une des critiques majeures faites à l’organisation actuelle : la séparation des élèves entre  les différents cours, qui est maintenue. À juste titre aussi,  le communiqué pointe du doigt la question du rôle futur des professeurs de religion dans ce nouveau système. Mais c’est dans ce domaine-là que le manque de compétences techniques des rédacteurs limite la pertinence de l’analyse et enlève à ce texte le punch qu’il aurait dû avoir.

 

C’est dans l’enseignement primaire que l’impact négatif du décret se fera le plus sentir. Le CAL fait semblant d’ignorer un élément essentiel : l’exigence de la CSC relative à l’emploi, exigence que la CGSP ne contredira pas (le front commun – comme dans d’autres dossiers – passera avant le positionnement philosophique). Cette exigence est d’ailleurs déjà rencontrée dans le décret puisque les profs de cours de religion pourront donner le cours de citoyenneté, même sans titre pédagogique, au moins jusqu’en 2020.

Bien des gens trouveront que cette solution est raisonnable et sociale. Sauf que … .

Sauf que pour compenser les pertes d’heures que le nouveau système  va générer les profs de religion vont DEVOIR se rabattre sur le cours de citoyenneté, alors que les maîtres de morale, eux, vont POUVOIR le faire, mais disposent de solutions alternatives, d’une sortie de secours qu’ils risquent d’être nombreux à emprunter. En effet, les maîtres de morale sont, en grande majorité, des instituteurs et ils sont nommés dans leur pouvoir organisateur. Aujourd’hui, ils acceptent déjà des conditions de travail difficiles (trois ou quatre écoles pour avoir un horaire complet avec, en zone rurale ou semi-urbaine, la contrainte supplémentaire des déplacements (non indemnisés). J’ai été maître de morale de 1973 à 1989, je n’ai jamais travaillé sur plus de 2 écoles. Je suis un laïque engagé et militant, mais je ne suis pas certain qu’entre un horaire aussi inconfortable et un titulariat mon attachement à la laïcité aurait pris le dessus. Or les maîtres de morale, surtout dans les zones où la pénurie d’instituteurs est endémique (Bruxelles, entre autres) pourront demander un changement de fonction, les jeunes enseignants demander un  titulariat plutôt que d’accepter un emploi  de maître de morale. Par qui les vides ainsi créés seront-ils comblés, par les profs de religion, évidemment. Mettez-vous à la place du prof de religion israélite, protestante ou orthodoxe qui se promène aujourd’hui dans six écoles et à qui on proposera un horaire complet sur 2 ou 3 écoles ?

 

Et pour le cours de morale même, il n’y a aucune raison de rester serein. Je rappelle à cet égard les dispositions de l’article 10 de la loi du 29 mai 1959 qui prévoient que : « Dans l’enseignement primaire officiel, le cours de morale non confessionnelle est confié par priorité à un titulaire d’un diplôme délivré par un établissement d’enseignement officiel, dont le porteur a, si possible, suivi pareil cours de morale. »

On sait donc, depuis longtemps, que rien n’empêche en fait de confier le cours de morale à un professeur diplômé d’une Haute école du réseau libre confessionnel qui aurait, de surcroît, suivi un cours de religion pendant toute sa scolarité primaire et secondaire. On ne voit pas bien que le CAL se préoccupe de ce problème puisque le communiqué a plutôt l’air de se réjouir de ce que  « le CAL n’a jamais souhaité s’impliquer dans la nomination des professeurs de morale et ne le demandera jamais. »  Cette affirmation a au moins un mérite puisqu’elle fait la démonstration de l’amnésie dont souffrent les responsables de la communication de cette institution. Plusieurs documents produits par le CAL dans les années 80 montrent, au contraire, que la question du recrutement des enseignants de morale était au centre des préoccupations à l’époque.

Incontestablement donc la laïcité et les défenseurs de l’enseignement officiel subissent, comme avec le Pacte scolaire, une défaite majeure dont – au contraire de ce qui s’était passé en 1958 – ils n’ont même plus le courage de s’indigner. Et voilà les raisons de la défaite :

-          Même ramené à une heure semaine au lieu de deux, le système des cours philosophiques est maintenu.

-          L’introduction du cours de citoyenneté à raison d’une heure hebdomadaire aggrave la confection des horaires et, par voie de conséquence l’impact, déjà négatif dans l’ancien système, sur l’organisation des horaires.

-          L’enseignement catholique, bien retranché derrière sa spécificité, pourra maintenir ses deux heures de cours de religion  et diluera la citoyenneté dans la grille de ses autres cours.

-          Les concessions accordées à la CSC en matière de période transitoire et de préservation de l’emploi ouvrent la porte à la présence accrue des professeurs de religion pour donner le cours de citoyenneté.

-          La dégradation des conditions de travail des professeurs de cours philosophiques poussera de nombreux maîtres de morale à devenir ou redevenir titulaires de classe.

-          L’effet conjugué de la pénurie et les dispositions législatives (inchangées depuis 1959) renforcera l’attribution des emplois de maître de morale à des diplômés du libre confessionnel.

-          Les pauvres profs de morale qui se croyaient aux avant-postes de la laïcité se retrouvent lâchés par une institution dont le mot d’ordre semble être ‘circulez, y rien à voir’.

-          La généralisation du cours de citoyenneté (deux heures pour tous les élèves dans tous les réseaux) se réalisera … en 2060, peut-être.

Comment n’avoir pas vu que le premier piège consistait à vouloir imposer le cours de citoyenneté à tous les réseaux. Le SEGEC aurait peut-être été moins virulent si on s‘était limité à l’enseignement officiel, mais la stratégie – brillamment mise en place par la ministre – ne  pouvait aboutir qu’à la situation actuelle.

Voilà ce qui arrive quand le pseudo pilier laïque oublie son histoire, accepte les compromis (comme les partis qui le financent) et échange ses idéaux contre un plat de lentilles. La laïcité organisée, qui se rêvait comme un contre-pouvoir, se retrouve – notamment en pratiquant avec beaucoup d’habileté la langue de bois – dans un courant ‘mainstream’  où la consigne semble être ‘pas de vagues’.

Laïcité, mouvance plurielle.

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Cours philosophiques, si le chaos vous dépasse … .

 

L’arrêt de la Cour constitutionnelle autorisant la dispense des cours philosophiques semble avoir plongé les autorités de l’enseignement dans un tourbillon d’incohérences. Certes, il faut être légaliste et tenir compte de cette décision. M. de Pascale a obtenu de la Cour que ces enfants ne soient pas contraints de s’inscrire à l’un des six cours dits « philosophiques », d’autres parents feront sans doute la même demande. Fallait-il pour autant que les décideurs se mettent à courir comme des poules sans têtes en pratiquant ce que d’aucuns appellent le « panic management » et essayer de régler, en deux coups de cuiller à pot, un problème vieux de 50 ans ?

Certains se demanderont peut-être si cette précipitation à remplacer un système inefficace et complexe par un système encore plus bancal ne serait pas – par hasard – un mauvais coup porté en douce à l’enseignement officiel. Je me garderai bien de me livrer, comme ces mauvais esprits, à une analyse caricaturale et j’essayerai donc d’aller un peu plus loin dans la réflexion.

1° se pose-t-on les bonnes questions ?

Le hasard fait que la décision de la cour constitutionnelle tombe quelques semaines après l’attentat contre Charlie hebdo. La conséquence de cette coïncidence c’est que tout le monde plaque sur la réaction à l’arrêt et au débat sur le sort futur des cours philosophiques la question du « vivre ensemble ». Disons tout de suite que je récuse cet argument. La question du « vivre ensemble » n’a rien à voir dans ce débat et ne devrait pas servir d’argument, même à ceux qui, comme moi, envisagent sans trop de regrets la disparition de ces fameux cours. On fait grand cas de l’impact négatif de la séparation des élèves au moment des cours. Peut-on m’expliquer alors pourquoi les Anglais (avec leur cours unique de « religious education » et les Français qui ont totalement exclu cette problématique de leur enseignement public connaissent plus ou moins les problèmes de vivre ensemble que nous ? Les erreurs de diagnostic permettent rarement d’appliquer la bonne thérapie, exit donc la question – tellement sexy médiatiquement – du « vivre ensemble ».

Soulignons aussi que mon expérience, pour subjective qu’elle soit, ne me pousse pas à considérer que l’existence des cours philosophiques générait des tensions entre les élèves et, surtout, que leur disparition ferait disparaître celles qui existent parfois.

 

2° se préoccupe-t-on des problèmes organisationnels ?

Dans ce dossier très complexe, tout le monde s’ingénie à éviter les questions dites de détail qui justifient pourtant une réforme bien nécessaire.

a)      La question du coût. Pour une classe de 25 élèves, on peut avoir simultanément six enseignants, ce qui fait un encadrement moyen d’un enseignant pour 4 élèves. Ce luxe – quel que soit l’intérêt que l’on trouve à ces cours – est-il encore supportable aujourd’hui ? Mme Onkelinx s’était posé la question en son temps. Hélas, la solution qu’elle a proposée a certes réduit les coûts, mais en rendant l’encadrement asymétrique (par des regroupements d’élèves par degré pour les cours minoritaires) elle a surtout compliqué l’organisation des horaires.

b)      On l’oublie très souvent, la question des cours philosophiques est étroitement liée à celle de la reconnaissance des cultes. À l’exception des anglicans, tous les cultes reconnus ont leur cours. Si on reconnaît d’autres cultes demain (ce qui n’a rien d’improbable) combien de cours philosophiques devra-t-on organiser, huit, neuf ?

c)       Parmi tous ceux qui discutent savamment de l’avenir des cours philosophiques, combien sont confrontés à cet exercice redoutable que constitue la confection des horaires dans une école ? Je vais essayer d’être aussi clair que possible pour les profanes. Imaginez une sixième primaire bruxelloise qui a une grille horaire hebdomadaire de 28 périodes. Vous commencez par placer dans la grille toutes les contraintes : le bassin de natation n’est accessible que le jeudi matin, la grande salle de gym que le lundi matin, etc.).  Votre prof de néerlandais se partage entre deux écoles. Votre prof de religion israélite et celui de religion orthodoxe n’ont respectivement que 6 et 10 heures de cours dans votre école, mais ils doivent tous les deux prester en 6è. Après-ça ne vous étonnez pas que le titulaire de cette classe ne verra ses élèves que le lundi à partir de 13h30.

Cette contrainte, qui pèse exclusivement sur l’enseignement officiel (le libre confessionnel n’organise qu’un seul cours qui peut être donné par le titulaire de classe) n’est jamais prise en compte, face aux revendications de l’enseignement libre en matière d’égalité, comme une de ces « différences objectives » pourtant mentionnées dans la constitution.

 

3° Des remèdes pires que le mal ?

Il est incontestable que la Cour constitutionnelle n’a pas rendu la tâche de la ministre plus facile, mais …. .

Mais, dès lors que cette décision tombe en même temps que la réflexion (initiée par l’audition de trois constitutionalistes au parlement de la CFWB) sur l’avenir des cours philosophiques, fallait se précipiter ? Fallait-il perdre son sang-froid au point de dire (et de faire) n’importe quoi ?

Les PO ont, légitimement, posé – dès la publication de la décision « de Pascale » – la question de savoir ce qu’on allait faire des élèves dispensés. La réponse de la Ministre était claire (et la circulaire actuelle ne se démarque pas de cette philosophie) : que les P0 se débrouillent.

On arrive maintenant avec un cours qui de cours « de rien » devient un cours de « n’importe quoi » et tout ça parce qu’un père d’élève (que je trouve par ailleurs très sympa et dont je respecte la démarche) a obtenu une décision juridique importante. Et que nous sort la ministre de son chapeau ? Un cours qui ressemble au cours de morale comme deux gouttes d’eau. Je ne veux pas donner de conseils à M. de Pascale (ou à ses avocats), mais moi je retournerais au CC en argumentant sur le ton de « vous ne vous foutez pas un peu de moi, là ?).

Ce qui est assez clair, c’est que Mme la Ministre propose :

-          De créer un nouveau cours (sans programme et sans définition des titres requis)

-          De demander aux PO de faire preuve “ d’initiative et de créativité ” (il y avait longtemps !).

 

4° Cherchez à qui le crime profite.

-          La suppression complète des cours philosophiques et leur remplacement par un cours unique (une évolution qui s’est – partiellement – mise en place en Angleterre), est un débat compliqué parce qu’il y a des avantages et des inconvénients (je les ai évoqués plus haut) au système actuel. Les cours philosophiques ne font pas que séparer, ils peuvent parfois mettre les identités en dialogue et désamorcer certains radicalismes.

-          J’ai souligné les inconvénients du système actuel au niveau organisationnel. Mais la proposition de la Ministre aggrave ceux-ci au lieu de les résoudre. Ajouter un septième cours, respecte – et encore j’ai des doutes – la décision de la CC, mais va rendre ces problèmes-là encore plus complexes. Sans parler du mépris affiché à l’égard des profs de morale en copiant leur cours alors que le nouveau système va générer des pertes d’emplois.

 

-          Arrêtons aussi de dire n’importe quoi. Les profs de morale disent que le “ cours de rien ” est un clone du cours de morale et ils ont raison. Mais si cela est vrai, quel est encore la justification de la demande de dispense ? je rappelle que la dispense avait déjà été accordée par la chambre flamande du Conseil d’état (arrêt Sluys – 1985) à la demande de parents Témoins de Jéhovah. Mais ici, les parents demandeurs se revendiquent de n’adhérer à aucune religion ou conviction. La Cour a décidé –à tort à mon sens – que le cours de morale était “ engagé ”, quelle garantie avons-nous que le nouveau cours inventé par la Ministre le soit moins ?

 

-          Arrêtons aussi de nous moquer du monde. Certains titulaires de cours de religion défendent leur part de marché en disant “ mais nous aussi nous sensibilisons nos élèves à la citoyenneté ‘et Jésus n’occupe qu’une place marginale dans nos cours’’. Dont acte, mais si cela est vrai, où est encore la spécificité des cours de religion et pour quoi s’opposer à un cours unique ?

 

-          Enfin, je voudrais faire un sort à ce que d’aucuns présentent comme une évidence : l’organisation des cours philosophiques dans l’enseignement officiel. Il est assez interpellant de voir, dans une société aussi sécularisée que la nôtre, que certains trouvent insupportable la disparition des cours de religion dans l’enseignement officiel. L’école publique doit donc, selon ces beaux esprits, continuer à se compliquer la vie en organisant – avec les difficultés évoquées plus haut – des cours philosophiques, alors que les réseaux confessionnels vivent heureux dans leur confort. En effet, on peut s’interroger sur la ségrégation que génèrent, les cours philo, mais qui remettra en cause la ségrégation que génèrent les réseaux ?

 

5° Comment conclure ?

Si le chaos nous dépasse, feignons d’en être les organisateurs devrait sans doute être érigé en devise du politique. La suppression des cours philosophiques et leur remplacement par autre chose (un cours de philo, de citoyenneté, etc.) est en débat depuis 30 et depuis 30 ans le politique oscille entre impuissance et hésitation.

Mais est-il scandaleux de s’interroger sur les raisons qui poussent certains acteurs du système scolaire à défendre le modèle actuel ? Que les profs de religion et de morale défendent leur emploi, quoi de plus normal. Mais que des gens proches de l’enseignement libre confessionnel (ou de l’église) fassent de même ne surprendra que les naïfs ou que ceux qui ne connaissent pas bien l’article 24 de la Constitution. Celui impose à l’enseignement officiel d’offrir aux élèves le choix entre les cours de religion ou de morale, mais il garantit aussi … le subventionnement des cours de religion des réseaux confessionnels ! Si vous réduisez-le volume des cours philosophiques de deux à une heure hebdomadaire dans l’officiel (la deuxième heure étant remplacée par une heure de cours commun de citoyenneté), comment justifier la subvention de deux heures de cours de religion dans les écoles confessionnelles ? Les supporters du réseau confessionnel peuvent bien utiliser toutes les belles idées à propos du vivre ensemble, en fait, ils protègent surtout l’emploi au sein de leur réseau.

Quand je vous disais que le dossier n’est pas simple !

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Charlie hebdo. Ils vaincront (peut-être), mais ils ne convaincront jamais.

 

Face au drame d’hier, les mots manquent et certaines indignations paraissent être très en dessous de ce qui sous-tend cet acte de barbarie.

L’attentat contre les tours jumelles de New York, barbare lui aussi, était un acte ignominieux dirigé contre des personnes et des bâtiments. Il me semble que le massacre de Charlie Hebdo, quoiqu’il fasse moins de victimes, ajoute un degré dans l’horreur, car il assume – sans la moindre ambiguïté – sa volonté d’être un crime contre l’intelligence et la culture.

À défaut de trouver quelque chose de pertinent à dire sur cette actualité, je me suis souvenu d’un épisode de la guerre d’Espagne que je veux apporter à la réflexion sur la barbarie d’aujourd’hui et, accessoirement, sur celle de toujours.

Le 12 octobre 1936, trois mois après le début de la rébellion franquiste, « jour de la race », le général Milan Astray poussa, dans le grand amphithéâtre de l’université de Salamanque, le cri de ralliement de la Légion étrangère espagnole : ‘Viva la muerte’. Salamanque se trouvait déjà à ce moment en zone nationaliste et le cri fut repris avec enthousiasme par les phalangistes présents.

Le philosophe Miguel de Unamuno, recteur de l’université répliqua alors en des termes qui aujourd’hui prennent un sens qui n’a rien perdu de sa pertinence.

« Vous attendez tous ce que je vais dire. Vous me connaissez et savez que je ne peux garder le silence. Il y a des circonstances où se taire, c’est mentir. Car le silence peut être interprété comme un acquiescement. […]

« Je viens d’entendre un cri nécrophile et insensé : vive la Mort ! Et moi, qui ai passé ma vie à façonner des paradoxes qui ont soulevé l’irritation de ceux qui ne les comprenaient pas, je dois vous dire en ma qualité d’expert que ce paradoxe barbare est pour moi répugnant.

Le général Milan Astray est un infirme. Disons-le sans arrière-pensée discourtoise. Il est invalide de guerre. Cervantes l’était aussi. Malheureusement, il y a aujourd’hui en Espagne, beaucoup trop d’infirmes. Et il y en aura bientôt encore plus, si Dieu ne nous vient pas en aide.

Je souffre à la pensée que le général Milan Astray pourrait établir les bases d’une psychologie de masse. Un infirme qui n’a pas la grandeur spirituelle d’un Cervantes recherche habituellement son soulagement dans les mutilations qu’il peut faire subir autour de lui. »

À ces mots Milan Astray n’y tint plus. « Mort aux intellectuels, s’écria-t-il, viva la muerte ! ». Une clameur l’assura du soutien des phalangistes (…). « À bas les intellectuels hypocrites ! Traîtres !  » s’exclama José Maria Perman (…). Unamuno poursuivit :

« Cette université est le temple de l’intelligence. Et je suis son grand prêtre. C’est vous qui profanez cette enceinte sacrée. Vous vaincrez parce que vous possédez plus de force brutale qu’il n’en faut. Mais vous ne convaincrez pas. (Venceréis porque tenéis sobrada fuerza bruta; pero no convenceréis). Car, pour convaincre, il faudrait que vous ayez des arguments. Or, pour cela, il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la Raison et le Droit avec vous. Je considère comme inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne. J’ai terminé. » »

Ce qu’a dit Unamuno ce jour là vaut aussi pour les assassins d’hier. Ce sont des infirmes et des imbéciles. ils ont fait plus que 12 victimes en essayant de tuer l’intelligence, mais ils constateront que celle-ci, ainsi que l’aspiration à penser librement survit, depuis des siècles aux persécutions des fanatiques. Cabu, Wolinski et leurs copains sont morts, c’est aux vivants de préserver la flamme.

 

Frank Andriat ministre. La naïveté au pouvoir ?

 

Moi ministre de l’Enseignement, le nouvel opus de Frank Andriat, ne me convainc pas plus que ‘Les profs au feu’ qui avait connu un joli succès l’an dernier.

Si le pamphlet confirmait l’opinion selon laquelle tout ce qui est excessif est insignifiant, ce livre-ci renforce une autre analyse : tout ce qui est insignifiant est excessif.

Le nouvel ouvrage de Frank Andriat part d’une bonne intention et on ne peut que saluer la volonté du pyromane de se transformer en capitaine des pompiers. Mais, hélas, les défauts qui faisaient que, l’an dernier, le pamphlet n’était guère plus qu’un pétard mouillé sont toujours aussi présents.

Le pamphlet s’accommode assez bien de la mauvaise foi, des raccourcis et des caricatures. Par contre, proposer une vision pour l’enseignement est un exercice autrement difficile et là l’élève Andriat est loin de mériter la grande distinction.

La cause de cet échec était déjà en germe dans l’ouvrage précédent. Frank est plein de préjugés, il ne connaît pas suffisamment le système qu’il veut réformer et il est intimement persuadé qu’on gère avec de bons sentiments.

La lecture des dix chapitres de son ouvrage fait immédiatement penser aux formules Yaka, Yfaukon. Dans un  des chapitres clés (en tout cas selon moi) : ‘je défendrais une école de l’excellence pour tous’, on ne trouve ni  idée claire, ni un peu concrète. Cette tête de chapitre est en fait un slogan (que certains médias vont répéter comme des perroquets), mais on chercherait en vain une piste de mise en œuvre de cet objectif.

D’autres recommandations ne sont guère plus sérieuses parce qu’elles sont déconnectées de la réalité du monde d’aujourd’hui. Je ne suis pas un fanatique de PISA, ni des évaluations externes (certificatives ou non), mais il est excessif de jeter l’enfant avec l’eau du bain. Il y a des enseignements positifs à tirer de ces dispositifs, encore notre auteur devrait-il en faire une analyse pertinente au lieu de rester au niveau du cliché.

Notre réformateur veut changer le système, encore faudrait-il qu’il le connaisse.

Ce n’est pas son parcours professionnel qui peut l’y aider. École primaire, secondaire, université, retour comme prof dans la même école secondaire, des années de carrière à mi-temps pour pouvoir écrire, on est loin d’un parcours risqué et riche d’expériences diverses.  Certes, il se prévaut d’avoir rencontré plein d’enseignants, mais chacun sait la valeur toute relative que l’on peut accorder aux témoignages. Par contre, notre candidat ministre n’a jamais approché l’enseignement qualifiant, n’a jamais été inspecté, ne participe qu’exceptionnellement à des formations. Prof dans une de ces bonnes écoles comme il les aime, il ne s’est jamais vraiment frotté aux élèves difficiles. Cela ne lui interdit évidemment pas de témoigner ni de proposer, mais cela lui ôte le droit de le faire à partir de son expérience personnelle. Frank Andriat est peut-être un témoin du système, mais il faut reconnaître qu’il est un témoin indirect d’un nombre important de réalités de l’enseignement.

Frank Andriat est présenté comme un ‘témoin privilégié’, je partage ce vocable, mais je lui donne évidemment un tout autre sens.

Cette expérience très imparfaite de la réalité de l’école se cumule à un autre défaut de l’auteur, déjà présent dans précédent ouvrage qui devient caricatural dans celui-ci : le goût immodéré pour le préjugé.

Notre auteur a des amis, les profs, dont il a une vision idyllique.  Ils sont la solution, le recours et le socle de toutes les réformes proposées dans le bouquin. Ils sont victimes d’un système qui les écrase. Il faut laisser faire les profs et tout ira bien. Ces collègues sont d’ailleurs si extraordinaires qu’on cherchera en vain dans cette déclaration de politique générale la plus petite allusion à la formation initiale ou continuée.

Il a aussi des ennemis. Et Decroly, Freinet et Montessori savent qu’ils sont nombreux. Il y a les ‘pédagogues’, les ‘technocrates’, les ‘politiques’, l’OCDE, les ‘Inspecteurs’, etc. Ces catégories sont évidemment floues et ne font pas l’objet d’identifications claires. Ignorance des finesses du fonctionnement ou prudence, je ne saurais dire, mais je soupçonne toutefois une  tendance à critiquer tout le monde joint à un grand souci de ne vexer personne. Il n’en reste pas moins qu’une part importante du bouquin devient pontifiante à force de critiques qui ne s’adressent en fait à on ne sait trop qui.

Cette fois-ci, notre auteur s’est bien gardé d’en remettre une couche sur les inspecteurs, ces ayatollahs. Mais on sent bien qu’il ne les aime guère. Il a d’ailleurs des idées pour eux, il veut les renvoyer ‘sur le terrain’ une année sur deux. C’est dans ce passage (p. 57 à 59) que Frank Andriat révèle les côtés les moins sympathiques de son approche. Quand il écrit, sans rire : « une année sur le terrain à affronter le réel et une année dans leur bureau climatisé [souligné par moi] pour réfléchir à des théories plus efficaces, Andriat démasque son ignorance, son mépris et son poujadisme. Personne ne lui demande d’être toujours d’accord avec les pédagogues ou les inspecteurs, mais l’argument du bureau climatisé n’a qu’un objectif : flatter la démagogie des enseignants de base. Quand on sait que mes collègues de l’inspection de la CFWB n’ont pas de bureau et travaillent dans les écoles, dans les trains ou chez eux, on ne peut que mesurer l’étendue de l’ignorance de notre futur ministre.

En maudissant les ‘pédagogues’, Andriat se maudit d’ailleurs lui-même. Il est agrégé de l’enseignement secondaire supérieur, cela fait de lui – volens nolens - un pédagogue. On peut dès lors regretter surtout son incapacité à dialoguer. Enseignant, puis inspecteur, je ne me suis pas transformé en valet servile de la première théorie pédagogique qui passe. J’ai toujours voulu être, comme beaucoup d’autres, un ‘enseignant réflexif’. Andriat n’essaye pas de déconstruire l’institution, il plaque sur elle des réflexions dignes du café du commerce.

Il rend, de plus, un très mauvais service à la profession. Beaucoup d’enseignants ont un rapport étrange avec la réalité. Leur expérience avec le monde de l’entreprise, de l’économie, du chômage est parfois très limitée, leur maîtrise du fonctionnement de nos institutions aussi, ce qui est interpellant quand on sait qu’une de leur mission est de former des citoyens. En s’inscrivant sans nuance dans le discours dominant (tous nuls, tous pourris… tous contre nous), il ne fait que renforcer l’image négative de la profession alors que celle-ci est exercée au quotidien par de nombreux collègues qui trouvent encore de la satisfaction dans ce qu’il font. Mais peut-être faudrait-il obliger les profs-écrivains  à revenir, un an sur deux, enseigner à temps plein en professionnel ou dans le spécialisé ?

Sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur. N’est, hélas, pas Figaro qui veut. Les répliques du barbier frappent juste, les pontifiantes rodomontades de notre super prof tombent à plat, il va falloir trouver un autre candidat pour ce ministère.

Bataille de Braine-l’Alleud – bicentenaire reporté à 2023 !

La Belgique est un pays extraordinaire. Le seul capable de se tirer une balle de mousquet dans le pied en passant à côté d’une opportunité majeure à cause de l’ego démesuré de politiciens de village.

En deux jours, la presse s’est fait l’écho de deux mauvaises nouvelles à propos du bicentenaire de la bataille de Waterloo ?

La première concerne l’annulation de l’attribution du marché pour le mémorial de Waterloo. Je n’ai pas approfondi les nombreux rebondissements de cette malencontreuse saga. La seule leçon vraiment importante à en tirer c’est qu’à 16 mois de la commémoration personne ne peut dire  qui assumera la mise en œuvre de ce projet clé. Rivalités, conflits d’intérêts et l »inébranlable optimisme du ministre de tutelle sont quelques-uns des ingrédients de cet imbuvable feuilleton.

La deuxième info est encore – involontairement – plus drôle. Vous ne le saviez pas, moi non plus, mais le génialissime bourgmestre de Braine-l’Alleud vient de décider que la bataille de Waterloo, ça n’existe pas ! Disciple d’Orwell, l’immortel auteur de 1984, il entend réécrire l’histoire. On ne dira donc plus ‘Lion de Waterloo’, mais ‘Butte du Lion (de Braine-l’Alleud)’ et ‘bataille de Waterloo’, mais ‘bataille de Braine l’Alleud’   .

Attention, ne me faites pas dire  ce que n’ai pas dit, le mayeur de Braine est un homme raisonnable. Waterloo Bridge et Waterloo Station ne seront pas débaptisées. Il faut bien reconnaître que, pour un anglais, B l’A c’est plus difficile à prononcer que Waterloo.

Bien entendu, comme tout potentat local, notre édile prétend protéger les intérêts –économiques – de sa communauté. Il va donc, en toute logique, intimer au Michelin l’ordre de ne plus faire allusion à Waterloo – un nom connu dans le monde entier – parce que les touristes pourraient ne pas louer de chambre dans un hôtel de sa belle commune. Évidemment, celle-ci dispose d’un stock illimité de chambres, il n’y pas moyen (sur Booking.com, p. ex.) de déterminer un rayon dans lequel effectuer sa recherche, etc. Comme si, à Stonehenge, tout le monde logeait dans le B&B le plus proche !

Alphonse Allais disait que les Anglais étaient des gens bizarres. Alors que les Français donnent aux rues et aux places des noms de victoires (Marengo, Iéna, Austerlitz, etc.), les Anglais leur donnent des noms de défaites (Waterloo, Trafalgar). Nous, nous sommes gouvernés par des génies …

Pour conclure, rappelons à ceux qui l’ignorent que la bataille de Waterloo ne porte ce nom que parce que la dépêche de Wellington annonçant la victoire était datée de Waterloo. Dommage pour Braine-l’Alleud. Mais, comme dit un des personnages de l’Homme qui tua Liberty Valance, ‘quand la légende devient la vérité, alors il faut publier la légende’. Et dire que Blücher aurait voulu qu’on parle de la ‘Bataille de la Belle-Alliance’. On se demande ce qu’en auraient pensé les mayeurs de Braine et de Waterloo.

Hollande, ou la laïcité à genoux.

Nous connaissons tous l’expression  ‘aller à Canossa’. Et, ceux d’entre nous qui ne sont pas tout à fait incultes savent qu’elle fait référence à un épisode moyenâgeux. On peut comprendre qu’à l’époque un empereur du Saint-Empire romain germanique s’humilie devant un successeur de Pierre. Le problème, c’est que nous sommes en 2014, pas en 1077.

On ne peut donc que s’étonner que le ‘capitaine de pédalo’ aille, de son plein gré, se faire remonter les bretelles par ce cher François.

J’ai l’esprit large et je ne souhaite pas stigmatiser le pêcheur repentant. Que le président de la République aille demander l’absolution pour ses frasques sexuelles ne me choque pas. Mais, si je ne m’abuse, le citoyen Hollande ne donne pas l’impression d’être un chrétien fervent. Ni de respecter sans faillir le commandement ‘tu ne commettras pas l’adultère’ ? Par contre, et je ne crois pas m’abuser non plus, l’ex premier secrétaire  du PS est bien devenu  le président d’une  république laïque.

 

Dès lors, les défenseurs de la séparation des Églises et de l’État, de la laïcité me semblent en droit d’attendre de ce président un minimum de cohérence.

On ne doit pas rejeter complètement l’idée du dialogue. En 2014, il ne peut plus être question de diabolisation.  En présidant pendant dix ans l’initiative ‘Une âme pour l’Europe – éthique et spiritualité’, j’ai beaucoup appris dans ce domaine. Faire dialoguer la transcendance et l’immanence ou la liberté de penser et le dogme est compliqué. Mais, en aucun cas, ce dialogue ne saurait être asymétrique.

Nous ne sommes pas d’accord sur des choses fondamentales (la transcendance, le péché originel, le libre arbitre), nous pouvons nous retrouver sur des enjeux importants (la tension entre les choix éthiques et les choix économiques, par ex.), mais, à aucun moment, je ne pourrais accepter d’être traité avec mépris parce que je ne crois pas en un être supérieur ou en un texte sacré. Autrement dit, les fondements de mon éthique sont différents des vôtres, mais ils ne sont en rien inférieurs.

J’en reviens donc à Hollande et à son pèlerinage à Canossa. Quoiqu’il se dise, les médias ont déjà fait leur travail. Hollande  ne va pas rencontrer le Pape et discuter avec lui d’égal à égal, il va rencontrer l’incarnation de quelque chose qui le dépasse (et donc, d’une certaine manière qui dépasse les citoyens qu’il représente).

Il ne va pas dire au Papz que la pertinence de l’opinion de François (ce type sympa qui n’a jamais désavoué les dictateurs de son pays) sur le mariage gay ou l’euthanasie n’a pas plus de pertinence que  l’avis de Nabila sur le boson d’Englert et consorts. Il ne va pas dialoguer, il va s’humilier et boire la bonne parole. Il ne va pas défendre ses choix, il va cirer les mules.

Après avoir renié le socialisme, Hollande renie aujourd’hui la laïcité et ça, c’est impardonnable.

Souvenons-nous donc des paroles du Semeur :

Rome tremble et chancelle devant la vérité

Groupons-nous autour d’elle contre la Papauté.

 

Églises, normes éthiques et légitimité.

Ces jours derniers, la presse est pleine des échos de diverses offensives (concertées ?) lancées contre des libertés décrochées – de haute lutte – ces dernières années. L’éventail est large et bigarré. Il va, comme en Espagne, de modifications radicales de législations récentes à des prises de position paternalistes à propos de l’avortement ou de l’euthanasie (la déclaration des évêques belges sur la fin de vie ou l’interview de Tommy Scholtès de ce 23 janvier à propos de l’avortement). Parfois, les choses dérapent dans le ridicule (le député espagnol condamnant la masturbation masculine assimilée à l’avortement) voire dans l’odieux, les militants de Civitas huant la présidente de l’ADMD lors de ses apparitions publiques.

 

Cette tendance doit interpeller les défenseurs des droits de l’homme qui semblent s’être un peu endormis sur leurs lauriers.

 

Plusieurs questions se posent en effet.

 

S’agit-il d’une initiative concertée ?

Sans craindre de tomber dans le complotisme,on peut répondre par l’affirmative. On assiste ces derniers mois à une résurgence de l’alliance des dogmatismes qui étaient restés un peu en retrait depuis les années nonante, mais qui n’ont jamais vraiment désarmé.

L’Église catholique est incontestablement celle qui a subi les défaites les plus nettes. Elle se trouve aujourd’hui de nouveaux alliés. Au premier rang l’intégrisme musulman, bien entendu. Malheureusement, l’expression de celui-ci occulte trop le rôle des églises orthodoxes des pays de l’ancien bloc soviétique. Il est d’autant plus légitime pour celles-ci de vouloir effacer les erreurs et les horreurs des dictatures communistes qu’on ajoute au combat pour la démocratie, une dose de réhabilitation morale. C’est aussi pour ces églises, une manière de se refaire une légitimité en essayant de faire oublier leur collusion avec les régimes passés. En miroir, on eut d’ailleurs que Poutine fait tout pour faire oublier son passé d’officier du KGB en cassant de l’homosexuel ou de la FEMEN.

 

Qu’est-ce qui motive ces remises en question ?

Pour moi, la réponse est finalement assez simple, il s’agit de la manifestation de la peur – commune à toutes les religions dogmatiques – de la liberté individuelle, de l’autonomie de choix de l’individu.

La thèse de ceux qui disent les hommes et les femmes sont maîtres de leurs choix sexuels et reproductifs, les femmes décident de leur maternité, les gens en fin de vie choisissent le terme de celle-ci est inaudible au camp des religieux. Ils ont – depuis bien longtemps – développé un arsenal d’arguments à mes yeux tous aussi spécieux les uns que les autres.

 

La sortie ridicule du député à propos de la masturbation masculine n’est peut-être pas aussi inutile que l’on pourrait penser. Comme tout argument excessif, il se retourne assez facilement contre celui qui l’utilise. Partons de l’idée que la vie est sacrée et qu’il faut donc, en effet, condamner l’avortement. Dès lors, l’idée de condamner le gaspillage de vie potentielle que constitue une éjaculation consécutive à une masturbation relève d’une certaine logique. L’étape suivante – la condamnation de la pratique ou sa pénalisation – se heurte vite à une impasse : que faire en effet des règles ? Va-t-on mettre les femmes à l’amende pour un avortement mensuel ou risquer des procès pour discrimination en ne condamnant que les hommes qui se branlent ?

 

Quoi qu’apparemment plus respectable et mieux argumentée, la position des évêques à propos de l’euthanasie ne convainc pas plus. Elle occulte, comme de nombreuses autres du même tonneau, le fait que la loi ne contraint personne. Comme pour l’avortement, il s’agit d’une loi de liberté qui permet, mais n’oblige pas. Ici aussi, on pourrait demander aux Évêques d’aller au bout de leur logique et de punir le suicide ! Mais, bien entendu, faire confiance à l’individu et lui permettre de faire des choix, c’est s’exposer à ce que cet individu se mettre à contester le dogme, à critiquer les textes, etc. Triste constat, en 2014, la pensée libre est toujours une menace pour ceux qui prétendent détenir la Vérité.

 

Ceci nous amène au dernier problème, celui de la légitimité. Car enfin tous ceux qui prétendent imposer, à ceux qui ne les partagent pas, leurs normes éthiques d’où tiennent-ils cette autorité ? Sont-ils meilleurs que les 300 salopes du manifeste, sont-ils supérieurs à Hugo Claus, à Christian de Duve ou à mon amie Lily Boeykens ? Qu’attendent-ils de l’interdiction de l’avortement, un meilleur recrutement pour les orphelinats catholiques ? Et de la prolongation à tout prix de la vie souffrante, quelques conversions de dernière minute ?

 

Que prônent ces champions de l’éthique ? Le retour à l’aiguille à tricoter, les suicides brutaux ?

 

Je n’interdis à aucun croyant sincère de vivre conformément à ses convictions. Je souhaite seulement que ceux qui s’arrogent le droit de fixer des normes généralisables balayent devant leur porte. Et pour ne prendre que l’exemple de l’Église catholique, je n’ai aucun scrupule à contester la légitimité d’une institution dominée par des hommes célibataires quand elle veut régenter ce qui se passe dans nos alcôves ou qui veut nous dicter ce qui est bien ou mal tout en étant incapable d’éradiquer les faits de mœurs dont se rendent coupables certains de ses prêtres.

 

Il faut regarder (YouTube, gay marriage  NZ) ce député néo-zélandais qui – dans un discours aussi drôle qu’intelligent – plaidait en faveur du mariage gay. Si vous votez cette loi cela ne bouleversera pas fondamentalement l’équilibre social. Tout ce que vous aurez fait, c’est accorder une liberté supplémentaire à ceux qui souhaitent en profiter. Et il concluait, en citant le Deutéronome : « n’ayez pas peur ».

 

La peur est mauvaise conseillère, c’est donc le devoir des amis de la liberté de se mobiliser contre le retour de ceux qui agitent les épouvantails.

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