Enseignement de la citoyenneté : Etienne Michel vise juste.

À l’occasion de l’Université  d’été du SEGEC, son patron, Etienne Michel, revient sur l’organisation du cours de citoyenneté – voulu par Mme la Ministre MILQUET (CDH) – dans les différents réseaux d’enseignement. Il en profite – après tout c’est son rôle – pour vanter la supériorité de l’approche de l’école confessionnelle dans ce domaine. (Lire l’article de la Libre Belgique ci-dessous)

Le système mis en place après l’arrêt Di Pascale est particulièrement byzantin et ne contente personne, surtout parmi les professeurs des cours ‘dits philosophiques’ (morale et religions) de l’enseignement officiel. En amputant ces cours d’une heure sur les deux existantes, le cabinet Milquet – quasi entièrement composé de personnes ayant travaillé au SEGEC – compromet l’emploi des enseignants chargés de ces cours, complique leurs conditions de travail et désorganise, un peu plus, les horaires des écoles officielles.

Le nouveau système prévoit donc pour les élèves de l’officiel une heure de cours d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté (EPC) et une heure de cours philosophique (morale ou religion). Les élèves dispensés d’un cours philosophique suivront une deuxième heure d’EPC. L’enseignement catholique a convaincu – sans trop de difficulté sans doute – Mme Milquet de préserver la spécificité (certains diraient les privilèges) de cette école confessionnelle qui est devenue au fil du temps l’enseignement de référence dans une communauté française où la croyance religieuse est pourtant en recul constant.

L’argument principal mis en avant par le SEGEC est simple. Mieux vaut, dit l’enseignement catholique, intégrer la formation à la citoyenneté à la formation générale plutôt que d’en faire un cours distinct.

On ne peut qu’être d’accord avec cette approche et il semble tout à fait pertinent d’utiliser tout le processus éducatif pour former les élèves à la citoyenneté et au vivre ensemble. Nous serions donc tentés d’applaudir sans réserve la position d’Étienne Michel, sauf que … .

Sauf qu’une analyse un peu plus approfondie incite à mettre de fameux bémols à la vision du SEGEC.

La justification – qui ne me convainc pas, mais c’est un autre débat – invoquée par la ministre pour instaurer le cours d’EPC est de renforcer le ‘vivre ensemble’, il me semble, à cet égard, particulièrement malvenu de la part du patron des écoles catholiques de donner des leçons à l’enseignement officiel (pluraliste par essence) dans ce domaine. Je ne critique pas l’enseignement catholique de vouloir fonder son enseignement sur les évangiles – pas davantage que l’enseignement islamique ne fonde le sien sur le Coran – je dis seulement que fonder son enseignement sur un dogme religieux ne peut se comparer à un enseignement qui intègre des notions comme la laïcité (politique), la neutralité et/ou le pluralisme, voir elle le libre examen, une méthode philosophique que la Cour Constitutionnelle semble confondre, avec beaucoup de légèreté, confondre avec une doctrine.

Autre outrecuidance dans le discours de M. Michel, reprocher à l’enseignement officiel un système mis en place par un cabinet CDh ‘piloté’ par le SEGEC ! Car le dispositif byzantin mis en place par le cabinet Milquet – et curieusement cautionné par le PS et le CAL – est surtout un mauvais compromis, destiné à préserver la présence dans l’enseignement public des cours de religion. Plus encore, la volonté de la ministre de garantir – fut-ce a pris d’un gros mensonge – l’emploi des professeurs de religion conduit à permettre à des professeurs de cours de religion d’enseigner l’EPC. Ainsi X, professeur d’histoire, dont on ne connaît pas et dont on n’a pas à connaître les convictions philosophiques, ne pourra pas donner EPC. Par contre Y, professeur de religion protestante et peut-être créationniste, pourra lui donner le cours au même titre que Z, professeur de religion islamique et conférencier régulier dans des réunions des Frères musulmans.  On est loin de l’idéal du ‘vivre ensemble’, on est même loin de la ‘neutralité’.

Enfin, M. Michel s’inscrit en matière de citoyenneté dans une approche communautariste et sectaire. Comme la plupart des responsables religieux européens, il veut nous convaincre qu’il existe un lien fondamental entre l’éducation à la citoyenneté et l’identité religieuse. Son raisonnement, qui a convaincu Mme Milquet et le gouvernement de la CFWB, nous ramène des siècles en arrière, cette époque du Cujus regio, ejus religio où il était impossible d’être citoyen si on ne partageait pas la religion du souverain. Il a sauvé le financement du cours de religion catholique dans ses écoles, il a ‘noyé’ l’éducation dans l’ensemble des cours d’un réseau dont la mission est bien d’évangéliser et pas d’enseigner la pensée critique[i], il est mal placé pour défendre une vision vraiment pluraliste de l’enseignement de la citoyenneté et des religions, telle que peut par exemple le proposer le NEF[ii]. Il est surtout très mal placé pour critiquer l’école publique dont le but principal n’est, effectivement, pas d’endoctriner les enfants dès l’école maternelle.

Malgré tous ces bémols, j’en arrive néanmoins en conclusion à donner – partiellement au moins – raison à Etienne Michel. Si l’enseignement de la citoyenneté est une compétence transversale qui doit imprégner tous les cours, pourquoi en serait-il autrement dans l’enseignement catholique que dans l’enseignement officiel ?

J’invite donc tous les défenseurs de la laïcité politique à suivre jusqu’au bout la logique du SEGEC. L’EPC doit être prise en charge par tous les enseignants de l’officiel et les cours dits philosophiques doivent disparaître. Ceci permettra à l’enseignement officiel de consacrer deux heures de plus à la formation générale, de supprimer les perturbations et les contraintes générées par ces cours et d’être en plein accord avec son projet éducatif être l’école de tous. Il est grand temps de sortir de l’hypocrisie et pour les défenseurs de la laïcité de se poser une question fondamentale ; allons-nous nous protéger de la montée d’un islamisme qui menace nos valeurs en nous jetant, comme Gribouille, dans les bras des défenseurs de l’identité chrétienne, ou allons-nous retrouver la force de réaffirmer que la laïcité politique est la seule garantie d’une pluralisme apaisé et  la seule protection contre les tentations cléricales, même quand celles-ci se couvrent du masque soft de la « culture » ou de la « tradition chrétienne » ?

Rentrée: « L’enseignement de la citoyenneté est plus riche adossé à d’autres savoirs »

BELGIQUE

La fédération des pouvoirs organisateurs de l’enseignement catholique (SEGEC) a tenu vendredi son université d’été à Louvain-la-Neuve, mettant au cœur de cette journée une spécificité de sa rentrée scolaire en primaire: la citoyenneté intégrée de manière transversale dans différents cours, plutôt que dans un nouveau cours comme c’est le cas dans l’officiel. Comme tous les autres P.O., ceux du SEGEC doivent se conformer au nouveau référentiel « interréseaux » de citoyenneté, qui s’impose dans l’enseignement fondamental dès cette rentrée et arrivera dans le secondaire à la rentrée 2017.

L’enseignement officiel a prévu un cours d’éducation à la philosophie et la citoyenneté (EPC) en substitution d’une heure (voire deux) de religion et de morale. Dans l’enseignement catholique, le référentiel est décliné dans des cours existants. Pour le primaire, quatre cours sont concernés: éveil, français, math et religion.

L’éveil (histoire, géographie, initiation technologique et scientifique ainsi qu’initiation aux médias) constitue « un lieu très privilégié » pour ce référentiel citoyen, explique Étienne Michel, directeur général du SEGEC. En math, « lorsqu’on propose un exercice, on peut très bien amener des références sur des populations via la démographie », illustre-t-il encore.

Et d’insister sur la transversalité. « Depuis le décret Missions (1997), on a considéré la citoyenneté comme un des quatre grands objectifs de l’école. Peut-on enseigner la citoyenneté pour elle-même, comme on enseigne les maths, les sciences ? L’enseignement de la citoyenneté est plus riche quand on l’adosse à d’autres savoirs », juge-t-il. « C’est l’ensemble du projet éducatif ou de l’établissement qui doit contribuer à la citoyenneté ».

Cette différence de régime entre les enseignements officiel et catholique s’explique, selon le patron du SEGEC, dans le fait que, « dans la laïcité militante, la notion de citoyenneté est difficilement conciliable avec des références convictionnelles et religieuses », que ce courant veut voir relever de la sphère privée uniquement. Or, « toute l’histoire de l’éducation chrétienne montre au contraire l’intérêt de conjuguer la préoccupation de la citoyenneté avec des références convictionnelles ».

L’argument ne cache-t-il pas une volonté de préserver deux heures de religion attaquées par d’aucuns ? Pour Étienne Michel, ces visions du monde ne sont pas « en contradiction majeure », car le référentiel de citoyenneté sera appliqué partout, malgré des modalités un peu différentes. Mais « c’est certain que dans le monde laïc, il y a eu une volonté de réduire la part de l’enseignement de la religion dans l’enseignement officiel, ce qui ne nous est pas apparu d’une pertinence évidente au vu de la tradition chrétienne de l’éducation ».

BELGA Publié le vendredi 19 août 2016 à 16h23 

 [i] « L’école chrétienne a donc la conviction qu’elle n’humanise en plénitude qu’en ouvrant à Dieu et au Christ. La mission de l’école chrétienne est ainsi une vocation toujours à remplir. » Mission de l’école chrétienne, Conseil général de l’enseignement catholique, 2007

[ii] Cadre européen de référence sur les conditions d’un enseignement public interculturel de qualité relatif aux religions et autres convictions. PEPIN, L., L’enseignement relatif aux religions dans les systèmes scolaires européens, Tendances et enjeux, Network of European Foundations – NEF, 2009

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