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Archive mensuelle de janvier 2014

Hollande, ou la laïcité à genoux.

Nous connaissons tous l’expression  ‘aller à Canossa’. Et, ceux d’entre nous qui ne sont pas tout à fait incultes savent qu’elle fait référence à un épisode moyenâgeux. On peut comprendre qu’à l’époque un empereur du Saint-Empire romain germanique s’humilie devant un successeur de Pierre. Le problème, c’est que nous sommes en 2014, pas en 1077.

On ne peut donc que s’étonner que le ‘capitaine de pédalo’ aille, de son plein gré, se faire remonter les bretelles par ce cher François.

J’ai l’esprit large et je ne souhaite pas stigmatiser le pêcheur repentant. Que le président de la République aille demander l’absolution pour ses frasques sexuelles ne me choque pas. Mais, si je ne m’abuse, le citoyen Hollande ne donne pas l’impression d’être un chrétien fervent. Ni de respecter sans faillir le commandement ‘tu ne commettras pas l’adultère’ ? Par contre, et je ne crois pas m’abuser non plus, l’ex premier secrétaire  du PS est bien devenu  le président d’une  république laïque.

 

Dès lors, les défenseurs de la séparation des Églises et de l’État, de la laïcité me semblent en droit d’attendre de ce président un minimum de cohérence.

On ne doit pas rejeter complètement l’idée du dialogue. En 2014, il ne peut plus être question de diabolisation.  En présidant pendant dix ans l’initiative ‘Une âme pour l’Europe – éthique et spiritualité’, j’ai beaucoup appris dans ce domaine. Faire dialoguer la transcendance et l’immanence ou la liberté de penser et le dogme est compliqué. Mais, en aucun cas, ce dialogue ne saurait être asymétrique.

Nous ne sommes pas d’accord sur des choses fondamentales (la transcendance, le péché originel, le libre arbitre), nous pouvons nous retrouver sur des enjeux importants (la tension entre les choix éthiques et les choix économiques, par ex.), mais, à aucun moment, je ne pourrais accepter d’être traité avec mépris parce que je ne crois pas en un être supérieur ou en un texte sacré. Autrement dit, les fondements de mon éthique sont différents des vôtres, mais ils ne sont en rien inférieurs.

J’en reviens donc à Hollande et à son pèlerinage à Canossa. Quoiqu’il se dise, les médias ont déjà fait leur travail. Hollande  ne va pas rencontrer le Pape et discuter avec lui d’égal à égal, il va rencontrer l’incarnation de quelque chose qui le dépasse (et donc, d’une certaine manière qui dépasse les citoyens qu’il représente).

Il ne va pas dire au Papz que la pertinence de l’opinion de François (ce type sympa qui n’a jamais désavoué les dictateurs de son pays) sur le mariage gay ou l’euthanasie n’a pas plus de pertinence que  l’avis de Nabila sur le boson d’Englert et consorts. Il ne va pas dialoguer, il va s’humilier et boire la bonne parole. Il ne va pas défendre ses choix, il va cirer les mules.

Après avoir renié le socialisme, Hollande renie aujourd’hui la laïcité et ça, c’est impardonnable.

Souvenons-nous donc des paroles du Semeur :

Rome tremble et chancelle devant la vérité

Groupons-nous autour d’elle contre la Papauté.

 

Églises, normes éthiques et légitimité.

Ces jours derniers, la presse est pleine des échos de diverses offensives (concertées ?) lancées contre des libertés décrochées – de haute lutte – ces dernières années. L’éventail est large et bigarré. Il va, comme en Espagne, de modifications radicales de législations récentes à des prises de position paternalistes à propos de l’avortement ou de l’euthanasie (la déclaration des évêques belges sur la fin de vie ou l’interview de Tommy Scholtès de ce 23 janvier à propos de l’avortement). Parfois, les choses dérapent dans le ridicule (le député espagnol condamnant la masturbation masculine assimilée à l’avortement) voire dans l’odieux, les militants de Civitas huant la présidente de l’ADMD lors de ses apparitions publiques.

 

Cette tendance doit interpeller les défenseurs des droits de l’homme qui semblent s’être un peu endormis sur leurs lauriers.

 

Plusieurs questions se posent en effet.

 

S’agit-il d’une initiative concertée ?

Sans craindre de tomber dans le complotisme,on peut répondre par l’affirmative. On assiste ces derniers mois à une résurgence de l’alliance des dogmatismes qui étaient restés un peu en retrait depuis les années nonante, mais qui n’ont jamais vraiment désarmé.

L’Église catholique est incontestablement celle qui a subi les défaites les plus nettes. Elle se trouve aujourd’hui de nouveaux alliés. Au premier rang l’intégrisme musulman, bien entendu. Malheureusement, l’expression de celui-ci occulte trop le rôle des églises orthodoxes des pays de l’ancien bloc soviétique. Il est d’autant plus légitime pour celles-ci de vouloir effacer les erreurs et les horreurs des dictatures communistes qu’on ajoute au combat pour la démocratie, une dose de réhabilitation morale. C’est aussi pour ces églises, une manière de se refaire une légitimité en essayant de faire oublier leur collusion avec les régimes passés. En miroir, on eut d’ailleurs que Poutine fait tout pour faire oublier son passé d’officier du KGB en cassant de l’homosexuel ou de la FEMEN.

 

Qu’est-ce qui motive ces remises en question ?

Pour moi, la réponse est finalement assez simple, il s’agit de la manifestation de la peur – commune à toutes les religions dogmatiques – de la liberté individuelle, de l’autonomie de choix de l’individu.

La thèse de ceux qui disent les hommes et les femmes sont maîtres de leurs choix sexuels et reproductifs, les femmes décident de leur maternité, les gens en fin de vie choisissent le terme de celle-ci est inaudible au camp des religieux. Ils ont – depuis bien longtemps – développé un arsenal d’arguments à mes yeux tous aussi spécieux les uns que les autres.

 

La sortie ridicule du député à propos de la masturbation masculine n’est peut-être pas aussi inutile que l’on pourrait penser. Comme tout argument excessif, il se retourne assez facilement contre celui qui l’utilise. Partons de l’idée que la vie est sacrée et qu’il faut donc, en effet, condamner l’avortement. Dès lors, l’idée de condamner le gaspillage de vie potentielle que constitue une éjaculation consécutive à une masturbation relève d’une certaine logique. L’étape suivante – la condamnation de la pratique ou sa pénalisation – se heurte vite à une impasse : que faire en effet des règles ? Va-t-on mettre les femmes à l’amende pour un avortement mensuel ou risquer des procès pour discrimination en ne condamnant que les hommes qui se branlent ?

 

Quoi qu’apparemment plus respectable et mieux argumentée, la position des évêques à propos de l’euthanasie ne convainc pas plus. Elle occulte, comme de nombreuses autres du même tonneau, le fait que la loi ne contraint personne. Comme pour l’avortement, il s’agit d’une loi de liberté qui permet, mais n’oblige pas. Ici aussi, on pourrait demander aux Évêques d’aller au bout de leur logique et de punir le suicide ! Mais, bien entendu, faire confiance à l’individu et lui permettre de faire des choix, c’est s’exposer à ce que cet individu se mettre à contester le dogme, à critiquer les textes, etc. Triste constat, en 2014, la pensée libre est toujours une menace pour ceux qui prétendent détenir la Vérité.

 

Ceci nous amène au dernier problème, celui de la légitimité. Car enfin tous ceux qui prétendent imposer, à ceux qui ne les partagent pas, leurs normes éthiques d’où tiennent-ils cette autorité ? Sont-ils meilleurs que les 300 salopes du manifeste, sont-ils supérieurs à Hugo Claus, à Christian de Duve ou à mon amie Lily Boeykens ? Qu’attendent-ils de l’interdiction de l’avortement, un meilleur recrutement pour les orphelinats catholiques ? Et de la prolongation à tout prix de la vie souffrante, quelques conversions de dernière minute ?

 

Que prônent ces champions de l’éthique ? Le retour à l’aiguille à tricoter, les suicides brutaux ?

 

Je n’interdis à aucun croyant sincère de vivre conformément à ses convictions. Je souhaite seulement que ceux qui s’arrogent le droit de fixer des normes généralisables balayent devant leur porte. Et pour ne prendre que l’exemple de l’Église catholique, je n’ai aucun scrupule à contester la légitimité d’une institution dominée par des hommes célibataires quand elle veut régenter ce qui se passe dans nos alcôves ou qui veut nous dicter ce qui est bien ou mal tout en étant incapable d’éradiquer les faits de mœurs dont se rendent coupables certains de ses prêtres.

 

Il faut regarder (YouTube, gay marriage  NZ) ce député néo-zélandais qui – dans un discours aussi drôle qu’intelligent – plaidait en faveur du mariage gay. Si vous votez cette loi cela ne bouleversera pas fondamentalement l’équilibre social. Tout ce que vous aurez fait, c’est accorder une liberté supplémentaire à ceux qui souhaitent en profiter. Et il concluait, en citant le Deutéronome : « n’ayez pas peur ».

 

La peur est mauvaise conseillère, c’est donc le devoir des amis de la liberté de se mobiliser contre le retour de ceux qui agitent les épouvantails.




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