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Archive mensuelle de février 2013

Dutroux reste en taule. Quelle surprise ?

Ainsi, l’info du jour c’est donc la non-libération de Marc Dutroux. On ne peut que s’extasier devant la capacité des medias à faire une info avec rien. 

Parce que, enfin,  qui pouvait vraiment prendre au sérieux l’hypothèse d’une libération de Dutroux aujourd’hui ? Qui, sauf les citoyens lambda, lobotomisés par la lecture quotidienne de la DH (la liste peut être complétée par le nom d’autres supports qui contribuent avec constance à l’abrutissement collectif) ou la consultation, tout aussi assidue, des JT de RTL ou de la RTBF (tiens, si on les fusionnait ces deux-là, ça ferait des économies d’échelle !) ont pu croire que ce monsieur allait sortir libre du TAP ?

Mais si vous vous demandez encore si ceci est innocent, permettez-moi de vous livrer quelques clés d’interprétation.

1° Semer le doute quant à l’intégrité de la justice est une manière de saper la démocratie. Certes, comme tout système, la justice a ses faiblesses. Mais reconnaissons d’abord que, depuis de trop nombreuses années, le politique prive cette institution des moyens nécessaires à sa modernisation, garante de son efficacité. Il n’empêche qu’une justice indépendante est, sans doute, le premier rempart d’une société libre.

Pour revenir à Dutroux, rappelons qu’il y a des règles. Le cas Dutroux est, a priori, simple. Ou c’est un monstre qui n’a plus sa place dans la société, et alors il fallait être cohérent et réclamer pour lui la peine de mort, ou c’est un détenu – certes problématique – mais qui doit suivre le sort commun et qui doit bénéficier des garanties que notre système judiciaire lui accorde. Parmi celles-ci le droit de demander sa libération, à charge pour lui de prouver qu’il remplit les conditions pour l’obtenir.

Tout le monde aurait sans doute compris qu’un des parents d’une des victimes de Dutroux ait empoigné une arme et ait tué celui-ci. Mais la justice a été inventée – justement – pour mettre fin à la vengeance personnelle, à la loi du talion et à d’autres systèmes du même type. Pourquoi  les medias sont-ils incapables d’expliquer au citoyen de base que la justice moderne crée une médiation entre le délit, le délinquant et la société ? Et pourquoi semble-t-il si difficile d’expliquer que, plus les victimes auront leur mot à dire, moins on ira dans le sens d’un progrès, mais, au contraire, plus on retournera vers des pratiques moyenâgeuses.

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Des enseignants mieux formés et mieux payés? Et si on commençait par les directions ?

Le système scolaire belge est-il  vraiment cul par-dessus tête ? Il flirte en tout cas avec le surréalisme national. Depuis des semaines, on nous rebat les oreilles avec la prolongation des études pour les enseignants formés aujourd’hui  en trois ans. Chacun y va, bien évidemment, de sa brillante idée en se souciant généralement comme d’une guigne de savoir si celle-ci est réaliste ou pas et si elle aura un impact réel sur l’efficience globale du système.

Querelle des anciens et des modernes, 5 au lieu de 3, 3 plus 2, 3 plus 1 plus 1, autant de formules qui font les beaux jours de la titraille dans les medias. Et sur quoi se focalise la discussion, sur le barème 501, qui se retrouve – bien malgré nous – propulsé au rang de graal pédagogique ?  Comme dans la quête arthurienne, le mythe se superpose à la réalité et l’illusion nourrit le fantasme. Le barème 501, rappelons-le, sert – en gros -aujourd’hui, de référence pour rémunérer les agrégés de l’enseignement secondaire supérieur (AESS) quand ils enseignent dans le secondaire supérieur. Ce qui veut dire – et que tout le monde feint d’ignorer – que plein de licenciés ou de masters ne sont pas actuellement payés selon ce barème. Soit ces universitaires ne sont pas agrégés, soit – quand bien même ils le seraient – ils n’enseignent pas dans le secondaire supérieur, mais dans l’inférieur.

A partir de là le mythe prend le dessus sur la réalité. Sans que l’on discute de la manière de résoudre la situation que je viens de décrire, nombre de bonnes âmes se mettent à fantasmer sur le fait qu’un instituteur, maternel ou primaire, ou un agrégé de l’enseignement secondaire inférieur (AESI ou régent comme on disait autrefois) toucheraient au saint Graal, s’ils décrochaient un Master en science de l’éducation.

Comme tout mythe, celui-ci se fonde sur une réalité de départ. Un jour, quelqu’un de responsable a eu la brillante idée de décider qu’un instituteur masterisé en science de l’éducation pourrait prétendre au mythique barème 501. Face à cette belle initiative, le vieux cynique que je suis opposera deux constats et une question. Un, remarquons d’abord que les enseignants qui veulent décrocher leur master n’ont –pour la plupart – rien de plus pressé que d’exploiter les nombreuses facilités que leur offre le statut pour prendre toute forme possible de congé, sans aucune considération pour le bon fonctionnement de leur école, ou le bien-être de leurs élèves. Deux, je n’ai pas encore pu acquérir la conviction absolue qu’un porteur de master fasse nécessairement un meilleur enseignant que celui qui en est dépourvu. Loin de moi de contester l’intérêt de la formation, mais enseigner relève d’une alchimie complexe, irréductible à la simple possession d’un parchemin académique (les mots pédant et cuistre sont dans le vocabulaire français depuis suffisamment longtemps pour nous fournir des garde-fous bien utiles).

Mais cette disposition absurde a un effet pervers donc presque personne ne parle. L’instit mastérisé gagne plus que  son chef ! Je ne connais aucune autre administration ou entreprise où un subalterne gagne davantage que les échelons supérieurs de la hiérarchie et surtout pas à l’issue d’un processus d’acquisition d’une certification qui déforce le système. Dans ce cas particulier, l’enseignement est vraiment un des seuls secteurs professionnels où on peut avoir le beurre, l’argent du beurre … et le sourire de la crémière.   Dans toutes les administrations vous serez payé au niveau du poste que vous occupez, indépendamment de toute référence à vos diplômes.

Mis à part cette curiosité administrative, il ne fait aucun doute que l’on renforce ainsi un des dysfonctionnements majeurs de notre système éducatif. Il faudra bien un jour prendre vraiment conscience qu’aucun système ne fonctionne sans une hiérarchie reconnue dans ses missions, sans des cadres justement  rémunérés par rapport aux responsabilités qu’ils assument.

L’instit qui décroche son master continue à donner ses 24 périodes de cours, à faire ses préparations (enfin on espère) et à être présent aux concertations. Pour un salaire inférieur, son chef devra mobiliser de multiples compétences (j’en ai identifié 13 dans la description de fonction que j’ai établie dans mon PO), affronter des parents hostiles, des enseignants pas toujours motivés et des montagnes de paperasse !  Mon expérience me pousse à dire que la race des héros est une espèce menacée. On trouve encore quelques bons candidats, davantage, hélas, de naïfs ou de futurs mauvais chefs.

A qui la faute ? Aux syndicats, qui n’aiment pas plus les chefs d’établissement qu’ils n’aiment les PO et qui n’admettraient pas pour un empire qu’il faut mette quelques euros pour revaloriser une fonction stratégique.  Au politique, qui charge la barque à longueur d’année, mais reste sourd aux revendications qu’elles soient financières (un meilleur salaire)  ou organisationnelles (l’aide administrative).

Or, et il faudra bien l’admettre un jour, on n’améliorera pas la qualité de l’enseignement sans consacrer vraiment des efforts significatifs aux cadres de l’enseignement. Faire peser la responsabilité – centrale – du pilotage pédagogique sur une profession en manque de reconnaissance, négligée voire niée est pire qu’un crime, c’est une faute.

PS : à ceux qui seraient curieux je précise que je n’ai jamais été chef d’établissement.




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