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Archive mensuelle de janvier 2011

Enseignement : quand le recrutement énerve.

Recherche Rock star teachers.

La Ville de Bruxelles s’est lancée dans une campagne de recrutement innovante pour trouver de nouveaux profs (tract visible sur ). Cette initiative lui attire les foudres des bien-pensants. Aux premiers rangs de ces imprécateurs Yves Reinkin, député Ecolo à la CFWB et le site enseignons.be.
Le dépliant qui déclenche cette polémique est, je le concède bien volontiers, un peu curieux et on peut éventuellement en critiquer la forme. Mais ce qui lui est reproché surtout serait de porter préjudice à l’image de la profession, ce qui est bien plus curieux.
Le document vise à recruter des ’Rock star teachers’ et – comme toute initiative semblable – présente la profession sous son aspect le plus sympathique. Il souligne la stabilité de l’emploi, l’attractivité du salaire, divers avantages matériels (assurance soin de santé, gratuité d’accès aux bibliothèques, etc.). En outre, le dépliant signale à ceux qui n’auraient pas encore le titre requis ou qui sont encore en formation que des emplois leur sont accessibles en période de pénurie. Enfin – et cela constitue sans doute la justification de son existence – le triptyque annonce la vacance de 25 emplois de profs de langues, de 18 de profs de maths et sciences et de 20 profs de cours techniques spécialisés pour le réseau de la Ville.

Pourquoi tant de haine ?

J’ai reçu un exemplaire du dépliant il y a plus de deux mois. Il m’avait été remis par un des chefs d’école avec lesquels je travaille. Il trouvait l’initiative intéressante et totalement justifiée dans le contexte actuel. Je suis donc d’autant plus étonné de la volée de bois vert qui lui est infligée aujourd’hui. Pourtant, les arguments utilisés sont connus. J’ose même dire qu’ils participent aux fondements du malaise que connaît la profession.
Que reproche-t-on à la campagne de la ville ? En fait, celle-ci fait – assez banalement – la promo d’un métier comme un autre. Si vous comparez le tract en question avec d’autres campagnes de recrutement pour d’autres métiers du secteur public, vous ne verrez guère de différences. A l’évidence, certains aspects difficiles du métier sont absents, mais qui a déjà vu une pub pour recruter des pompiers avec une mention « vous avez X% de chances de mourir carbonisé ». Bien entendu tous les enseignants ne sont pas nommés au bout de cinq ans, n’empêche que nombre d’ entre eux le sont. Parler d’emploi stable n’est donc pas de la publicité mensongère. La Ville offre effectivement un accès gratuit au réseau des hôpitaux publics de la région. Cet avantage fait partie de la compétition que se livrent les employeurs (y compris des pouvoirs publics) et fait partie de la liberté de ces employeurs. Tout cela ne satisfait manifestement pas nos critiques, pire même, ils sont choqués et voient dans cette initiative une dévalorisation de la profession. De plus, les avantages soulignés par la Ville seraient manifestement insuffisants puisque de nombreux enseignants quittent la profession avant cinq ans !?

En fait ces réactions très émotionnelles sont aussi révélatrices. J’ai 42 ans de carrière et je crois pouvoir porter un regard assez juste sur ce métier et son évolution. L’enseignement a, depuis très longtemps, constitué un environnement protégé. Choisir l’enseignement – comme le reste de la fonction publique – c’est choisir un emploi stable. C’est aussi – à la différence des autres emplois de la fonction publique – choisir de rester hors du monde des adultes. Malheureusement, les enseignants n’ont pas pris conscience des changements sociaux intervenus. Pour pouvoir échapper au monde, il faut encore que celui-ci respecte la spécificité de l’univers dans lequel on veut fonctionner. Or, l’école s’est radicalement transformée ces vingt dernières années. Elle s’est ouverte à toutes sortes d’influences et de contraintes. De l’évaluation externe à la multiplication des recours, de la mission de transmission des savoirs à celle d’assurer le bien être de l’élève, l’école est aujourd’hui beaucoup plus exposée qu’hier aux défis d’une société moderne. Il n’y a pas de doute que ces changements ont insécurisé la profession. On doit cependant regretter qu’elle ait réagi surtout en préférant – chaque fois que c’était possible – les protections statutaires à une vraie revalorisation, notamment salariale.

Je l’ai déjà dit et répété sur ce blog, il faut avoir le courage de reconnaître qu’au sein de la fonction publique, les enseignants bénéficient d’un statut extrêmement protecteur. Que cette situation – couplée à la difficulté – réelle, je n’en disconviens pas – d’évaluer cette profession protège de manière absurde des enseignants médiocres, voire franchement mauvais. Certes, ceux-ci sont loin d’être majoritaires, mais il faudrait peut-être cesser de faire croire que l’enseignement est la seule profession où, une fois diplômé, on peut mener une carrière paisible pendant 30 ou 35 ans.
Le politique porte une lourde responsabilité. Entre moins d’enseignants mieux payés et plus d’enseignants moins bien payés, entre une formation courte mais sélective et des formations rallongées aux exigences réduites, le politique a choisi. On est donc progressivement passé d’une profession qui protégeait la flamme de l’intelligence (et qui se prenait donc – même inconsciemment – pour une élite) à une profession qui a développé une mentalité de citadelle assiégée. La démarche de la Ville vise a résoudre le problème, réel et urgent, de la pénurie. Les réactions occultent cette réalité et – sur les forums – il se trouve toujours quelqu’un pour rappeler qu’il ne trouve pas d’emploi depuis des années. Mon expérience dans les commissions de gestion des emplois montre que ces cas sont rares et clairement liés, dans certains cas, à un manque évident de flexibilité. J’ai récemment offert un emploi d’institutrice maternelle à une enseignante diplômée de Tournai mais habitant Tourcoing. Je l’ai remerciée d’accepter de se mettre au service d’enfants schaerbeekois. Bien évidemment, elle deviendra prioritaire par rapport à quelqu’un qui pleurniche parce qu’il ne veut pas faire 30 kilomètres pour trouver du boulot, mais à qui la faute.
Pour les titres, le problème est le même. La règlementation concernant les titres est largement obsolète. On semble s’être remis au travail récemment. On ne peut qu’espérer que l’on fera preuve de pragmatisme. Est-il normal de refuser de réaffecter un AESS en histoire de l’art dans des heures d’histoire parce que l’on veut protéger la spécificité des titres des AESS histoire ? Il est clair que les candidats recrutés après un avis préalable ou grâce à l’article 20 n’ont pas tous les compétences requises. Mais cela vaut aussi pour les diplômés.

Face à la réalité à laquelle la Ville de Bruxelles (comme la plupart des PO Bruxellois) est confrontée, je regrette de devoir dire que les propositions d’enseignons.be – qui en appelle à la ministre ! – sont pitoyables. « Enseignons.be dénonce cette publicité mensongère. Si des centaines de jeunes profs quittent le métier chaque année, c’est que les « avantages » vantés par la ville de Bruxelles ne suffisent manifestement pas. Travaillons sur la formation initiale, accélérons les nominations, offrons un vrai soutien aux enseignants qui oeuvrent dans les établissements difficiles. Mais cela exige un véritable travail… alors que recruter des profs « low cost » semble plus facile. »

Le site fait un mauvais procès à la Ville. Le PO qui recruterait des profs « low cost » n’y gagne rien puisqu’il s’agit d’emplois subventionnés. Et, s’il y a des statistiques à propos du décrochage des enseignants, les départs s’expliquent-ils par l’attractivité des avantages offerts ou par le fait que certains jeunes enseignants n’auraient peut-être jamais du recevoir leur diplôme ? Et que propose concrètement le site ? Rien. Ce n’est pas le discours Yniaka, Yfautkon qui va me permettre de trouver demain les trois ou quatre enseignants dont j’aurai besoin pour assurer les remplacements.
Encore une fois, je constate qu’au lieu de faire face aux réalités, ceux qui prétendent défendre la profession préfèrent noircir le tableau à l’excès pour pouvoir entonner la complainte de l’enseignant qui souffre.

Le pape donne ses consignes au monde – cléricalisme pas mort !

L’audience accordée ce 10 janvier 2011 par Benoît XVI ne fera sans doute pas la une des journaux et c’est bien dommage. Si quelqu’un doutait encore de la pertinence du combat anticlérical, la lecture du message adressé solennellement par le Pape aux ambassadeurs accrédités au Vatican devrait lui ôter ses derniers scrupules. Si après la lecture de ce texte surréaliste, il ne vous prend pas l’envie de chanter ‘à bas la calotte’, c’est que vous avez définitivement renoncé à penser par vous-même. Pour vous en convaincre, voici un résumé que j’ai veillé soigneusement à rendre le moins caricatural possible.
Lire la suite de ‘Le pape donne ses consignes au monde – cléricalisme pas mort !’




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