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Archive mensuelle de septembre 2010

Cinq années d’études pour les pédagogues. Des instituteurs à rallonge ?

Le projet Marcourt est bien accueilli. Il n’y a pas grande surprise à constater que le passage des études de 3 à 5 ans pour les instituteurs et les « régents » (agrégés de l’enseignement secondaire inférieur – AESI) fait l’objet d’un large consensus. Malheureusement, force est de constater que les consensus s’obtiennent d’autant plus facilement si le flou est maintenu. Le plan Marcourt, pour sympathique qu’il soit, n’est rien de plus que la mise en place d’une réflexion, d’une table ronde.  Cette structure de réflexion et de dialogue devra faire des propositions concrètes, c’est là que l’on verra s’il est possible de dépasser le stade confortable des bonnes intentions.

Du Bachelor au Master.

On peut légitimement douter de la pertinence de l’allongement des études pour les instituteurs et les régents, mais il faut bien admettre que personne ne s’opposera à l’air du temps. Les instituteurs seront donc promus au rang des professeurs du secondaire. Mais, dans notre système administratif, l’égalité de diplôme implique l’égalité de salaire. La CGSP a déjà abattu ses cartes dans ce domaine et, pour une fois, je partage son point de vue. La conséquence est évidente. Il faut mobiliser les économistes pour chiffrer les coûts de cette évolution. Ajoutons que l’on n’échappera pas à une réflexion sur le statut et le sort des collègues diplômés avant la réforme. Admettons que celle-ci produise ses premiers effets en 2016, que fera-t-on des enseignants diplômés jusqu’en 2015? Quels barèmes appliquera-t-on ? Chacun sait qu’un enseignant sur quatre quitte le métier avant de compter cinq ans d’ancienneté. Va-t-on ajouter à ce phénomène un zeste de concurrence financière ? Et si l’on met en place des passerelles, si l’on valorise des formations continuées, où trouvera-t-on l’argent dans une Communauté française notoirement impécunieuse ? Ce qui se résume en une première question, les moyens de la réforme existent-ils ?

L’enseignement supérieur est-il prêt ?

Cinq ans d’études au lieu de trois, d’accord. Mais organisées et encadrées par qui ? Les formations destinées aux instituteurs et aux AESI étaient, jusqu’ici confiées aux hautes écoles (depuis 1996). Elles-mêmes héritières de structures très décentralisées, les anciennes « écoles normales » ont tenté, avec beaucoup de difficultés, de conserver leur taille humaine. En 1968, ma formation était largement due à un professeur de pédagogie qui donnait cours à 4 élèves ! Aux meilleurs temps de l’école normale de Schaerbeek, la promotion record comptait 2 élèves et, jusqu’à mon époque, elle n’a jamais dépassé 8 élèves. Les enseignants des hautes écoles doivent croire que je délire, tant les chiffres que je cite sont éloignés de leur réalité d’aujourd’hui. Le système des enveloppes fermées appliqué depuis le début aux hautes écoles les a étranglés progressivement. L’encadrement des étudiants a été sacrifié sur l’autel budgétaire et tout pousse aux concentrations budgétaires. Les maîtres de stage courent désespérément derrière le temps pour superviser leurs étudiants. Comme, de surcroît, la réforme de Mme Dupuis a supprimé la fonction de maître d’application et les « écoles d’application » (des écoles maternelles ou primaires chargées d’accueillir de manière structurelle des étudiants en formation encadrés par des enseignants aguerris), les stages se font au petit bonheur, dans des classes dont les titulaires ont pour principal mérite la bonne volonté plutôt que la compétence. La situation des universités n’est pas plus brillante et l’anonymat y est encore plus grand. Or, le métier d’enseignant requiert une pratique sur le terrain. Ce qui nous amène à une deuxième question. Comment organiser l’enseignement supérieur pédagogique de manière à articuler la formation pratique et la formation théorique ?  Les cadres actuels devront être profondément modifiés, c’est sur. Mais il faudra aussi y mettre les moyens financiers, ce qui nous ramène à notre première question.

Le public est-il prêt ?

On se préoccupe peu en Communauté française d’une réalité inquiétante qui se résume en quelques vérités incontournables, mais qui apparemment dérangent énormément. 1° dans toute une série de domaines, le métier d’enseignant connaît une pénurie significative de candidats. 2° les formations d’instituteurs primaires et d’AESI sont majoritairement des formations de deuxième choix. C’est-à-dire que les étudiants qui s’y inscrivent le font après avoir subi un échec dans des filières « plus nobles ». 3° les formations d’instituteurs maternels et primaires attirent un nombre significatif d’étudiant issus de 7è professionnelle. Sans jeter l’opprobre sur ces filières, force est de constater que ces étudiants manifestent une série de faiblesses problématiques comme la pauvreté du vocabulaire, un niveau insuffisant de maîtrise du langage ou un rapport ambigu à la culture.

Ceci nous amène à nous poser une troisième question. Sans examen d’admission, les élèves les moins bien formés par le secondaire tiendront-ils la distance d’une formation plus longue ? Question d’autant plus cruciale que l’allongement des études s’accompagnera d’un rapprochement avec les universités et donc, immanquablement, d’un renforcement des aspects théoriques de la formation. Il serait pourtant dangereux de croire naïvement qu’un licencié en sciences de l’éducation fait nécessairement un bon prof.

En conclusion, la réflexion (re)lancée par M. Marcourt ne manque évidemment pas d’intérêt. Mais la question des moyens mobilisés pour cette réforme est centrale. Comme le sont celles relatives à la revalorisation du métier d’enseignant et celle d’une réflexion approfondie sur la formation initiale des maîtres. Comme disait l’autre, il y a du pain sur la planche.

     




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