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Archive mensuelle de novembre 2009

Touche pas à mon crucifix. Ecole et religion

L’arrêt de la Cour Européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg de ce 3 novembre a réveillé les cléricaux de tout poil. J’en veux pour preuve la réaction du Professeur Marcus Helmons dans la Libre Belgique du 25 novembre[1]. Cet éminent juriste (les juristes sont toujours éminents, comme les serviteurs sont toujours dévoués) se livre à une brillante démonstration qui prouve à quel point les convictions religieuses handicapent l’exercice du libre examen. Ainsi donc, le professeur Helmons trouve le jugement prononcé par sept (pas moins !) de ses collègues rien moins que stupéfiant. L’argumentation utilisée pour critiquer le jugement me paraît – avec tout le respect du aux 35 ans d’enseignement du professeur Helmons – proprement surréaliste.  Notre éminent juriste s’étonne, par exemple, du fait que l’arrêt ait été rendu à l’unanimité des 7 juges alors que les usages en vigueur à Strasbourg autorisent le recours au système de l’avis dissident (dissenting opinion). Vous et moi, qui n’avons pas été professeurs d’université, pourrions déduire de ce constat que l’évidence de la décision s’est imposée sans problème parce que la requête introduite par les plaignants a paru pleinement  justifiée. Ce n’est pas le cas de notre juriste. Se transformant en spécialiste du calcul des probabilités, il prédit que si la cour plénière se prononçait (46 juges), les choses se passeraient autrement. Je n’ai aucun talent de voyant mais je connais assez les statistiques pour savoir, qu’en effet la probabilité d’avoir un avis différent sur 46 est supérieur à celui d’en avoir un sur 7. Je glisserai rapidement sur les considérations émises par le Pr Helmons qui visent surtout à limiter la liberté d’interprétation des juges qui composent la Cour. J’éviterai aussi de commenter trop longuement l’affirmation de M. Hemons qui remarque que : ‘C’était aussi l’époque où la majorité des états s’efforçait de modifier la législation quand celle-ci était considérée comme incompatible avec la Convention européenne. On ne peut pas en dire autant de nos jours’ . cette analyse revient en fait à dire que les tribunaux ont tort quand le nombre de délinquants refusant de respecter la loi augmente. Tout cela pourrait se résumer à une querelle de juristes sur le rôle et le contenu des arrêts de la Cour de Strasbourg mais en fait il s’agit d’autre chose.  Le professeur Helmons ne fait qu’habiller de juridisme un cléricalisme d’une autre époque qu’on résumera par la formule ‘touche pas à mon crucifix’A en croire le Pr Helmons, ‘le crucifix a perdu beaucoup de sa signification religieuse dans notre société’.  Disons tout de suite qu’il assaisonne cette affirmation pour le moins audacieuse (si le crucifix n’a plus vraiment de signification religieuse, quelle symbolique porte-t-il encore ?), d’un réserve prudente en ajoutant ‘quitte à le regretter’. On sent d’ailleurs bien qu’il le regrette. 

M. Helmons décide ensuite d’enfourcher ce qui, de son propre aveux, constitue un de ses dadas favoris : les racines chrétiennes de l’Europe. Je n’aurai pas, moi, l’audace d’affirmer que ces  racines chrétiennes ne font pas partie de l’héritage européen. Par contre je soutien que cet héritage-là ne fonde que partiellement cette identité. L’héritage des Lumières et de l’anticléricalisme font aussi partie celle-ci. Notre professeur juriste démasque d’ailleurs très clairement sa conception du pluralisme.  Il refuse un espace public (les écoles officielles) neutre qui ne privilégie aucune tradition ou aucune identité religieuse pour permettre la cohabitation harmonieuse de toutes les convictions. Il lui préfère sans équivoque un espace fortement imprégné de symboles connotés qui ne font plus consensus dans notre société interculturelle. Pour justifier son choix, il se livre à des amalgames absurdes (personne n’a jamais demandé que l’on rase Vézelay ou qu’on jette les tableaux à sujets religieux à la décharge), ou il invoque des traditions qui ne sont qu’une piètre excuse à son conservatisme viscéral. Le psychologue que je suis est bien tenté de rappeler à cet éminent juriste qu’il n’y a pas de papillon sur la feuille, juste une tache d’encre et que les menaces contre les églises romanes sont dans sa tête et non dans l’arrêt de la Cour, mais peut être faut-il voir dans cette affirmation totalement gratuite une trace du passé. Regrette-t-il de ne pas avoir siégé dans un tribunal de l’Inquisitton ? elle, au moins savait comment protéger l’identité chrétienne.

Après analyse juridique d’une rare pauvreté, on a droit ici à un plaidoyer pour un cléricalisme d’un autre âge. Le Pr Helmons trouve l’arrêt de Strasbourg stupéfiant, je trouve son article décevant.



[1] Helmons, Marcus, Un arrêt stupéfiant,  La Libre Belgique, p. 51, 25/11/2009 

Des tickets pour l’Olympique de Marseille ?

Un idéal que tout dément 

 

 

  

Mort au mérite. Finissons-en avec l’effort. Puisque tout se paye, payons. Mais alors que tout le monde paye. Après tout, la régularisation par le marché n’est=elle pas La solution idéale ? 

Ainsi donc, les élèves assidus auront droit à une billet pour un match de l’Olympique de Marseille (et évidemment pas pour une représentation de Cosi Fan Tutte). A l’annonce de cette nouvelle, certains (une minorité) s’indignent. La majorité se pose la question, incontournable dans notre monde moderne : cette mesure est-elle efficace pour lutter contre l’absentéisme ? Bonne question en effet. Il importe plus aujourd’hui de savoir que les élèves sont présents à l’école que de savoir ce qu’ils y font ou ce qu’ils y apprennent. La question du contrôle social par l’institution scolaire prend ainsi le pas sur la question de la transmission de la connaissance. Il vaut mieux que les jeunes glandent à l’intérieur de l’école que dans la rue. 

Je constate donc que la récompense ira aux élèves pour leur présence aux cours et pas pour leur participation à ceux-ci. Il ne s’agit donc pas de demander aux jeunes d’acquérir des savoirs ou une formation, il s’agit de diminuer les chiffres de la petite délinquance. 

Voilà donc la noble mission que les enseignants vont se voir confier. D’ailleurs, le ‘Décret Missions’ n’assigne-t-il pas comme objectif prioritaire à l’école de ‘promouvoir la confiance en soi et le développement de la personne des élèves’ ? Or qu’est-ce qui peut mieux développer la confiance en soi – aux yeux de certains psys – que de céder à tous les caprices de l’’enfant roi ? 

Je souhaite cependant que l’on aille au bout de cette logique libérale. Si l’école publique doit payer les élèves pour qu’ils acceptent de bénéficier de ses bienfaits, il n’y a guère de doute qu’ elle fait fausse route. La Poste libéralisée ou Belgacom ne payent pas leurs clients pour qu’ils continuent à recourir à leur services. Au contraire, ils augmentent le prix de ceux-ci en les raréfient. Votre bureau de poste ferme, soyez heureux de trouver un Point Poste qui sera peut-être aussi efficace, peut-être pas, mais qui sera surtout plus cher. 

Que l’on en finisse donc avec une école publique réduite à un rôle de gigantesque garderie, dont la mission première est le bonheur des élèves et non leur instruction. Je plaide pour une vraie régularisation par le marché et un retour à l’enseignement privé et payant. 

Vous voulez apprendre, vous voulez une vraie formation, et bien payez ! Plus besoin de se casser la tête sur les plages horaires des profs. Ceux  qui voudront gagner plus donneront davantage cours, les clients payeront au prorata de leur satisfaction. 

En fait, ma proposition n’a que des avantages. Elle résout le problème du sous financement de la CFWB en faisant payer les utilisateurs ; elle remet au centre du débat la question de la motivation des élèves (pourquoi, en effet, condamner les jeunes à ‘l’enseignement forcé’ jusqu’à 18 ans alors qu’il est si simple de glander,ou de dealer) ?  Et, en fin de compte, elle met fin à une énorme hypocrisie. Si l’école a raté sa mission prioritaire, si le système a raté son objectif au point qu’il faille payer ses bénéficiaires pour qu’ils daignent l’utiliser, il est temps de bazarder cette relique du passé. 

 

Il y a quelques années un ami parlait de la question de l’enseignement et de la profession en disant ‘nous sommes les défenseurs d’un idéal que tout dément ‘. Les billets d’entrée aux matches de l’O.M. ne sont pas une anecdote, ils révèlent l’agonie d’un système. Si celui-ci est mourant, il est peut-être sage de ne pas prolonger son agonie. Sinon, il est temps de lui infliger une thérapie de choc en se recentrant sur une série de valeurs bien éloignées des distributions de sucettes aux assidus. 

 

 




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